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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

OGM : « Laissez les agriculteurs décider ! »

17 Juin 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique, #OGM

OGM : « Laissez les agriculteurs décider ! »

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

Image : producteurs de pommes de terre à Lusaka, en Zambie. Shutterstock/africa924

 

 

Selon une scientifique sud-africaine, il est grand temps que les gouvernements africains donnent la priorité aux intérêts des agriculteurs et leur permettent d'utiliser des cultures génétiquement modifiées (GM) pour le bien du continent.

 

« Laissez les agriculteurs décider », a déclaré Jennifer Thomson, professeur émérite au département de microbiologie de l'Université du Cap. « Cela ne devrait pas être aux politiciens de dire oui ou non. Donnez-le aux agriculteurs. »

 

Mme Thomson, qui a fait ses commentaires lors d'une session de webinaire en direct de l'AfS qui a passé en revue son dernier livre, « GM Crops and the Global Divide », a exhorté les gouvernements à reconsidérer leur position sur la technologie GM et à cesser de bloquer l'accès des agriculteurs à cette technologie.

 

 

« Les agriculteurs sont avisés », a-t-elle déclaré. « Si cela ne fonctionne pas, ils ne les sèmeront pas. Laissez les agriculteurs choisir. C'est une technologie tellement puissante et elle peut sauver des gens et des moyens de subsistance. »

 

Actuellement, seuls les agriculteurs du Soudan du Sud, du Kenya, du Nigeria, d'Eswatini et d'Afrique du Sud cultivent des plantes génétiquement modifiées sur les 54 pays du continent. Mme Thomson accuse les militants anti-OGM d'être responsables de la lenteur de la reprise, même si ceux qui cultivent ces plantes ont réalisé des rendements plus élevés et réduit l'utilisation de pesticides et les coûts des intrants.

 

« C'est la faute des militants », fait-elle observer. « Ils ont rendu les réglementations si lourdes et si coûteuses que seules les multinationales peuvent se permettre [de faire passer ces cultures du concept à la commercialisation]. Il est tout simplement trop coûteux de procéder à des essais en serre et en plein champ […]. Ce n'est pas la faute des multinationales mais des militants anti-OGM qui ont rendu la réglementation si lourde. »

 

Mme Thomson exhorte les gouvernements africains à s'intéresser aux biotechnologies agricoles et à investir davantage dans le développement de cultures destinées aux petits exploitants du continent. Elle les encourage à ne pas suivre les traces des gouvernements européens, qui peuvent se permettre de limiter les options car leurs citoyens bénéficient déjà de la sécurité alimentaire.

 

« Cela a commencé comme une guerre commerciale […]. Ils ne voulaient pas que les cultures GM américaines inondent le marché en Europe parce qu'ils pouvaient en produire suffisamment », a-t-elle expliqué. « Puis ils ont dit, vous pouvez les acheter [les produits GM], mais vous ne pouvez pas les cultiver. Il n'y a absolument aucune logique [là-dedans]. Je peux comprendre pourquoi les communautés européennes sont si opposées aux OGM. Leurs fermes sont des champs massivement productifs avec toutes sortes d'engrais et d'activateurs de croissance [...]. Mais en Afrique, le sol est si vieux que nous n'avons pas de nutriments dans le sol. »

 

Mme Thomson a critiqué les groupes qui encouragent les agriculteurs à continuer d'appliquer des méthodes archaïques à l'agriculture, insistant sur le fait que tous les agriculteurs veulent se développer et devenir des producteurs à plus grande échelle – et non rester de petits agriculteurs de subsistance. « Donc, penser que c'est mignon d'être petit, c'est peut-être mignon en France, mais ce n'est pas cool en Afrique... être mignon n'est pas ce dont nous avons besoin en Afrique », a-t-elle déclaré.

 

 

Une nouvelle forme de colonialisme

 

Le nouveau livre de Mme Thomson, « GM Crops and the Global Divide », traite de l'histoire de la technologie GM dans l'espace médical et agricole. Il explore également les raisons pour lesquelles la technologie GM n'est pas aussi populaire en Europe qu'en Amérique, détaille certains des avantages économiques et environnementaux des cultures GM et examine le rôle que joue le monde développé pour contrecarrer les efforts d'introduction des cultures GM en Afrique.

 

La conclusion de son livre est la suivante : si de nombreuses organisations des « pays développés » expriment un sentiment anti-OGM, de nombreux pays du « monde en développement » en prendront note. « L'une des façons de résumer les effets de l'Occident sur le reste du monde est peut-être de dire que les "nantis" les plus riches, qui n'ont pas besoin d'"en avoir" [des cultures GM] parce qu'ils ont déjà assez de nourriture, empêchent les "démunis" qui ont besoin d'en avoir d'améliorer leur sécurité alimentaire. Le fait que l'Occident empêche ces agriculteurs de tester si les semences améliorées amélioreront leur vie et celle des consommateurs est moralement préoccupant », a-t-elle écrit.

 

Mme Thomson a développé ce point lors du webinaire. « Ce qui se passe, c'est que l'Occident impose ses croyances et sa façon de gérer ses aliments aux pays en développement […]. L'Occident impose à l'Afrique sa façon de penser et son mode de fonctionnement. Toutes sortes d'aides viennent d'Europe […]. Donc, les gens en Afrique écoutent ce que les Européens ont à dire. Et c'est une nouvelle forme de colonialisme », a-t-elle déclaré à Sarah Evanega, directrice de l'AfS, lors du webinaire.

 

Elle a critiqué les affirmations de certains militants selon lesquelles les cultures GM ne devraient pas être autorisées en Afrique parce qu'elles sont « contre-nature ».

 

« Si votre argument est que les cultures génétiquement modifiées ne sont pas bonnes parce qu'elles ne sont pas « naturelles", alors vous devriez regarder tout ce que vous achetez au supermarché […]. Vous devez vous rendre compte à quel point tout ce que vous mangez est "non naturel" », a-t-elle noté.

 

La microbiologiste a également critiqué le mouvement de l'alimentation biologique pour avoir mis à l'index les cultures génétiquement modifiées, en demandant : « Qu'y a-t-il de plus biologique qu'un morceau d'ADN ? Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi le mouvement de l'agriculture biologique ne se jette pas là-dessus […]. Cela résoudrait beaucoup de leurs problèmes [...] » a-t-elle ajouté.

 

 

La voie à suivre

 

Mme Thomson a déclaré que l'Afrique a besoin de « dirigeants qui innovent et encouragent leur peuple à innover » si le continent veut tirer parti de la technologie des OGM pour favoriser son développement. Elle souhaite que les gouvernements veillent à ce que la surréglementation n'entrave pas l'innovation.

 

« Elle [la technologie OGM] a besoin d'un système de réglementation », a-t-elle déclaré. « Je ne suis pas contre les réglementations, mais je suis contre les réglementations excessives [...]. Les réglementations doivent être raisonnables [...]. Elles doivent fonctionner au cas par cas [...]. La décision doit être basée sur la science [...]. Les réglementations ne doivent pas constituer des barrières. Elles doivent garantir la sécurité. »

 

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* Source : GM crops: 'Let the farmers decide' - Alliance for Science (cornell.edu)

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