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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Lanceurs d'alerte » : encore une chronique ollé-ollé dans le Monde de M. SF

16 Juin 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme

« Lanceurs d'alerte » : encore une chronique ollé-ollé dans le Monde de M. SF

 

 

(Source et source)

 

 

C'est « Les limites du droit de dire la vérité » dans l'édition papier datée des 6 et 7juin 2021 et « Santé, environnement : "Où s’arrête le droit de dire la vérité, et où commence le dénigrement ?" » dans la version électronique.

 

En chapô dans cette dernière :

 

« Après la condamnation de l’association Alerte aux toxiques ! et de l’application Yuka, notre journaliste Stéphane Foucart pointe le flou régnant entre la diffusion d’informations sanitaires essentielles et l’application du droit. »

 

C'est un résumé bien curieux, enfin bien dans le style... les allégations et agissements que la justice a considérés comme des dénigrements des filières viticole bordelaise et charcutière deviennent par la magie de l'écriture des « informations sanitaires essentielles ».

 

D'entrée, le lecteur est enfumé.

 

Sauf erreur, c'est aussi la première fois que le Monde évoque la condamnation de l'association « Alerte aux Toxiques ! » et de Mme Valérie Murat. Pourtant, le Monde avait relayé précédemment, sans beaucoup de recul et d'esprit critique, le laïus de l'association sous la plume de M. Stéphane Mandard, spécialiste du colportage de la prose militante. Ce fut : « Des traces de pesticides dans des vins certifiés "haute valeur environnementale" », avec en chapô :

 

« Vingt-deux bouteilles ont été analysées. Toutes contiennent des résidus de substances potentiellement perturbateurs endocriniens ou cancérogènes. A la différence du label bio, cette certification ne garantit pas le non-recours aux pesticides. »

 

Compte tenu des contraintes de longueur, l'affaire est plutôt correctement relatée – mais avec une bonne louche d'arguments disculpatoires :

 

« Le tribunal a estimé que la communication de l’association, "volontairement anxiogène", relevait sans équivoque d’un "dénigrement fautif ". En particulier, les taux de substances retrouvés dans les bouteilles testées étaient très bas, de l’ordre d’une fraction des seuils réglementaires autorisés, ce qui n’était pas mentionné dans le communiqué de l’association. Mais celle-ci s’attachait plutôt à dénoncer, sur la foi de ses analyses, ce qu’elle considérait comme une forme de tromperie : la HVE ne garantissait pas, selon elle, les profonds changements de pratiques suggérés par l’intitulé du label ou vantés par le ministère de l’agriculture. »

 

Pour l'édification des lecteurs, il aurait cependant été utile de préciser la « fraction »...

 

Dans « Le label "haute valeur environnementale" fait de l'ombre au "bio" ? Diffamons-le ! », nous avions écrit :

 

« Les Laboratoires Dubernet ont également indiqué les limites maximales de résidus pour les raisons de cuve (également applicables aux vins, contrairement aux dires de l'activiste) et la fraction de LMR pour chaque quantification. Cela oscille de 0,0 % (lire : moins de 0,05 % – au-dessus on aurait arrondi à 0,1 %) et 1,4 % des LMR respectives.

 

Le Château Vieux Cassan a été épinglé dans le Monde pour du folpel à 0,5363 mg/L. Cela représente 2,7 % de la LMR. Du reste, il y aurait 7 résidus... mais seulement 2 quantifiables. »

 

 

Voilà donc les « informations sanitaires essentielles ».

 

 

Les résultats des analyses de vins présentés en leur temps par « Alerte aux Toxiques ». Notez les quatre dernières colonnes...

 

 

C'est suivi par une bonne louche de critique de la Haute Valeur Environnementale. La note (qui serait) confidentielle a été postée sur la toile. On nous remet une louche dans la chronique après le « La certification agricole "HVE" sous le feu d’une nouvelle critique » du 25 mai 2021 :

 

« Dans le cas de la viticulture - qui représente plus de 8o % des exploitations bénéficiant du label -, la HVE n'apporte simplement aucun bénéfice environnemental.

 

Un chiffre établi par l'OFB dans son bref rapport permet de donner la mesure de ce qu'il faut bien appeler une arnaque : le budget consacré aux pesticides et aux intrants de synthèse ne doit pas excéder 30 % du chiffre d'affaires de l'exploitation pour que celle-ci puisse bénéficier du tampon HVE. [...] »

 

Peut-être, s'agissant du poste pesticides, noyé dans le poste « intrants »... Mais c'est attaquer l'ensemble de la certification sur la base d'une insuffisance alléguée pour un secteur de l'activité agricole... et pour un élément de la certification...

 

 

(Source)

 

 

(Source)

 

 

Par ailleurs, le cahier des charges de la HVE contient des dispositions sur la réduction du recours aux pesticides (de synthèse...).

 

 

(Source)

 

 

On ne peut donc que souscrire à l'opinion de M. Patrick Vincourt.

 

Rappelons qu'à part l'interdiction des pesticides et des engrais de synthèse, le cahier des charges de l'agriculture biologique ne prévoit aucune obligation de résultat et aucune infrastructure agro-environnementale. Les exploitations en agriculture biologique qui adopteraient également le label HVE en sont même dispensées.

 

 

(Source)

 

 

L'auteur de la chronique interpelle le lecteur :

 

« On laisse ici au lecteur le soin de trouver le commentaire approprié. »

 

Une forte parole que nous pouvons faire nôtre...

 

Il en arrive presque à la conclusion, s'il n'y avait pas l'affaire Yuka. L'utilisation de parenthèses est astucieuse :

 

« Le 25 mai, le tribunal de commerce de Paris a condamné l'application Yuka à verser 20 000 euros de dommages et intérêts à la Fédération française des industriels charcutiers traiteurs. L'avertissement, par l'application d'information nutritionnelle, des risques liés aux charcuteries traitées aux sels de nitrites (et le lien vers une pétition demandant le retrait de ces additifs) a été considéré comme une forme de dénigrement. [...]

 

Voici comment, sous la plume de Mme Mathilde Gérard, le Monde a annoncé la chose en chapô dans « L’application Yuka condamnée en première instance pour "acte de dénigrement" envers la fédération des charcutiers » :

 

« Le tribunal de commerce de Paris a considéré que le renvoi, depuis l’application d’information nutritionnelle, vers une pétition appelant à bannir les additifs nitrités, constituait un "acte de dénigrement". Yuka a fait appel de la décision. »

 

C'est tout aussi clair dans le texte de l'article :

 

« En cause : le lien mis dans l’application, lors du scan de produits de charcuterie contenant des additifs nitrités, vers une pétition commune de l’association Foodwatch, la Ligue contre le cancer et Yuka, appelant à interdire ces composants. Pour le tribunal de commerce, l’application, téléchargée par 15 millions de personnes en France, dont 6 millions d’utilisateurs réguliers (qui scannent un produit au moins une fois par mois), fournit "aux consommateurs des informations ambiguës (…) en oubliant notamment de mentionner la validation légale de la composition des produits mal notés par elle".

 

[…]

 

[…] Le tribunal, dans sa décision du 25 mai, condamne Yuka à 20 000 euros de dommages et intérêts et enjoint à l’application de retirer le lien vers sa pétition. »

 

Ce qui était essentiel devient donc incident. Cela permet, d'une part, de bassiner le lecteur sur les dangers allégués des nitrites – et les « informations sanitaires essentielles » et, d'autre part, de vitupérer la Fédération :

 

« L'argumentaire des charcutiers est peu ou prou identique à celui des viticulteurs du Bordelais : puisque notre produit est légal, il est sûr. Et toute critique ou mise en garde à son endroit ne peut relever que d'une volonté de nuire plus ou moins mensongère. »

 

Le procédé est, disons, remarquable...

 

La péroraison se trouve curieusement au milieu du texte :

 

« Tout cela pose évidemment quelques questions. La parole d'une administration publique ou d'une agence réglementaire doit-elle être considérée par la justice, la presse, ou la société civile, comme vraie ou vérace par défaut ? Où s'arrête le droit de dire la vérité, et où commence le dénigrement ? Peut-on encore suggérer qu'une substance cancérogène est susceptible de provoquer le cancer ? La liberté, disait Orwell, c'est d'abord celle de dire que deux et deux font quatre. En matière de santé ou d'environnement, ce combat reste à mener. »

 

Là, on hésite entre l'éclat de rire et la consternation.

 

À voir certaines décisions de justice – dans lesquelles les juges substituent leurs opinions aux faits scientifique avérés –, les articles d'une presse militante, complaisante ou suiviste et les agissements de la « société civile », on se demande comment cela a pu être écrit et validé par la rédaction.

 

 

Quel délire : un « scandale sanitaire parfaitement légal » (source)

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MARC FAURE 17/06/2021 18:34

Bonjour, pourquoi ce journal accepte la publicité, l'argent des contribuables ? Ils choisissent la publicité en fonction de leur label écolo ?

Justin 17/06/2021 08:35

Une vidéo qui détaille le bio et les effets sur la santé et la nature
Thibault Fiolet: Quoi dans mon assiette
L'alimentation bio et la santé (pesticides, contaminants...) : que disent les études scientifiques ?
https://www.youtube.com/watch?v=5Ym8q6jHOzQ
00:00 Le bio en Europe et aux USA
04:05 Comparaison de la qualité nutritionnelle du bio/conventionnel
05:35 Variations naturelles de teneurs nutritionnelles
06:55 Le bio et les pesticides
08:53 Le bio, les mycotoxines et l’antibiorésistance
10:00 Le bio et les polluants organiques persistants
12:07 Essais cliniques sur le bio et la réduction de l’exposition aux pesticides
13:51 Bio et la santé (études observationnelles)
15:03 Les consommateurs bio
17:01 La relation de causalité

Hbsc Xris 17/06/2021 02:23

Pour faire vendre, l'argument santé est vieux comme le monde et les publicitaires en ont largement fait usage. J'ai déjà ici fait référence au publicitaire US Albert Lasker, un type qui inventa le jus d'oranges (3 oranges pour faire un grand verre), une boisson qu'il ne serait venu l'idée à personne de consommer, il y a un peu plus d'un siècle. Le lobby bio fait abondamment usage de cet argument santé. Malheureusement, aujourd'hui, le monde bio ne parvient plus à étendre sa clientèle avec ce seul argument santé. Il faut donc démontrer par tous les moyens possibles que les autres produits sont mauvais, que ce soit pour la santé du consommateur ou pour la planète. Rien n'interdit en droit français le dénigrement qui n'est pas ciblé nominativement. A contrario, le code de la consommation interdit le discrédit ou le dénigrement des marques, noms commerciaux, autres signes distinctifs, biens, services, activité ou situation d'un concurrent. Je pense que c'est ce qui a été appliqué ici. Il est juste de souligner que la norme HVE peut être plus exigeante que les cahiers des charges des différents label bio. Je m'y étais intéressé pour l'élevage en plein air, et quel surprise de découvrir que le bio est extrêmement flou sur l'élevage en plein air, par exemple : les bêtes doivent être au pâturage aussi souvent que possible... Cela veut dire quoi 2h par jour pendant les 3 mois favorables, 10h par jour toute l'année ?

max 16/06/2021 14:36

Dans le tweet de Horel les deux premiers à répondre sont Daniel Corcos, une personne qui prétend que la mammographie cause le cancer du sein (et qui se retrouve régulièrement sous les tweet de Foucart sans avoir été bloqué) et Tristan Chaudon, anthroposophe haut placé en France, antivax notoire et pro charlatanisme en générale et qui fait une pub pour réaction19 au passage. Les deux vont dans le sens de Horel. C'est marrant comme Horel et Foucart attire tous les complotiste, charlatant et sectaire.