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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'empereur - le CIRC – est nu

24 Juin 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #CIRC

L'empereur - le CIRC – est nu

 

Susan Goldhaber MPH*

 

 

Alors que nous sommes en pleine réévaluation de la question de savoir si le laboratoire de virologie de Wuhan, en Chine, était la véritable source du virus à l'origine de la pandémie de Covid-19, une théorie que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), de nombreux scientifiques américains et les médias ont rejetée pendant plus d'un an, une autre question mérite un réexamen complet : l'évaluation du glyphosate par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC).

 

 

Cette question n'est pas nouvelle. En fait, l'ACSH a publié de nombreux articles à ce sujet au fil des ans, en commençant en 2017 [1]. Actuellement, il n'y a pas de processus d'examen transparent pour les évaluations du programme des monographies du CIRC, même lorsqu'il existe des contre-preuves claires provenant de nombreuses autres organisations respectées. Ainsi, l'évaluation du glyphosate par le CIRC est devenue le document central de litiges à plusieurs milliards de dollars qui ont finalement abouti à un règlement de 11 milliards de dollars en 2020 qui a résolu la majeure partie des poursuites prétendant que le Roundup (glyphosate) causait le cancer.

 

J'espère que nous sommes enfin arrivés à un endroit où quelques scientifiques influents et intègres auront le courage de s'exprimer et d'exiger que l'évaluation du glyphosate par le CIRC en 2015 soit rétractée ou révisée.

 

 

Contexte

 

Le Roundup (glyphosate) est le désherbant le plus vendu au monde et est utilisé depuis plus de 45 ans. Il est efficace contre une grande variété de mauvaises herbes et présente une toxicité moindre par rapport à d'autres produits qu'il a remplacés (comme l'atrazine et l'alachlore).

 

En 2015, le CIRC a classé le glyphosate comme « probablement cancérogène pour l'homme ». Le CIRC, basé à Lyon, en France, est une unité semi-autonome de l'OMS, l'agence sanitaire des Nations Unies. Depuis 1971, le CIRC a évalué plus de 1.000 produits chimiques ou substances à inclure dans la série des « Monographies du CIRC sur l'identification du risque cancérogène pour l'homme ». Les deux tiers du financement du programme des monographies du CIRC proviennent d'agences américaines, avec des subventions du National Cancer Institute (NCI) et du National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS) totalisant près d'un million de dollars par an.

 

L'objectif du programme des monographies du CIRC est d'évaluer les preuves scientifiques disponibles afin de déterminer la probabilité qu'un produit chimique provoque le cancer. L'évaluation est effectuée par un « groupe de travail d'experts internationaux indépendants ». Mais dans quelle mesure sont-ils vraiment indépendants ? La plupart des scientifiques américains dépendent des subventions et des contrats des agences américaines telles que le NCI et le NIEHS qui soutiennent le CIRC. Il serait téméraire de s'exprimer contre le CIRC, ce qui pourrait menacer leur réputation dans la communauté scientifique et, par conséquent, leur gagne-pain.

 

 

Que disent les autres agences ?

 

Le CIRC est la seule agence qui a conclu que le glyphosate présente un risque cancérigène. Voici une liste d'agences qui ont conclu que le glyphosate n'est pas cancérigène :

 

  • Agence Américaine de Protection de l'Environnement

  • Santé Canada

  • Autorité Européenne de Sécurité des Aliments

  • Agence Européenne des Produits Chimiques

  • Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture

  • Agence française de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail

  • Institut Fédéral allemand pour l'Évaluation des Risques

  • Autorité Australienne des Pesticides and des Médicaments Vétérinaires

  • Office Fédéral de la Sécurité Alimentaire et des Affaires Vétérinaires (Suisse)

  • Autorité de Protection de l'Environnement (Nouvelle-Zélande)

  • Agence Nationale de Surveillance de la Santé (Brésil)

  • Commissions de Sécurité Alimentaire du Japon

  • Association pour le Développement Rural (Corée du Sud)

 

« Nos scientifiques n’ont pas ménagé leurs efforts pour effectuer cet examen. Ils ont consulté toutes les données et les informations pertinentes provenant du gouvernement fédéral, des gouvernements provinciaux, d’organismes de réglementation étrangers, de rapports scientifiques publiés et de plusieurs fabricants de pesticides. Ils ont notamment examiné les études désignées sous le nom de "Monsanto Papers". Pendant son évaluation du glyphosate, Santé Canada a aussi consulté de nombreuses études individuelles et données scientifiques brutes, y compris des études supplémentaires sur le cancer et la génotoxicité. Pour s’assurer de l’impartialité de l’évaluation des renseignements, Santé Canada a choisi un groupe de 20 de ses scientifiques qui n’avaient pas participé à la réévaluation de 2017. »

 

Santé Canada

 

Toutes les autres agences ont mené des examens détaillés similaires. Alors pourquoi le CIRC a-t-il été la seule agence à considérer le glyphosate comme un « cancérogène probable pour l'homme » ?

 

 

Sur quoi se fonde la classification du CIRC ?

 

1.  Preuve chez l'homme : Le CIRC a exclu les résultats de l'étude la plus importante et la plus complète sur l'exposition humaine au glyphosate, l'Agricultural Health Study, dirigée par des scientifiques du NCI. Cette étude a examiné 54.000 applicateurs de pesticides en Iowa et en Caroline du Nord. La raison invoquée pour ne pas inclure cette étude est que lorsque le groupe de travail du CIRC s'est réuni en 2015, les résultats n'étaient pas encore publiés. Lorsque les résultats ont finalement été publiés en 2018, l'article n'a signalé aucune augmentation significative de 20 types de tumeurs différentes, dont le lymphome non hodgkinien. Cependant :

 

  • Au moins un membre du groupe avait vu les résultats non publiés et savait qu'ils ne trouvaient aucune preuve d'un lien entre le glyphosate et le cancer, mais a choisi de ne pas révéler cette information lors de la réunion.

 

  • On se demande pourquoi les données sur le lymphome non hodgkinien n'ont pas été publiées avant la réunion du CIRC, alors que des projets de documents contenant ces données avaient été préparés.

 

2.  Les résultats des études sur les animaux ont résulté d'un picorage (cherry picking) : Le CIRC a principalement fondé son évaluation de la cancérogénicité potentielle du glyphosate sur plusieurs études sur des rongeurs. Au sein d'une même étude, les experts du CIRC ont ignoré les résultats ne montrant aucune augmentation de l'incidence des tumeurs et ont sélectionné quelques résultats positifs.

 

3  Changements dans les versions préliminaires : Les versions provisoires de l'évaluation du CIRC sur le glyphosate ont montré que les conclusions négatives sur le glyphosate en tant qu'agent causateur de tumeurs dans les études animales ont été remplacées ou supprimées et que des déclarations neutres ou positives ont été ajoutées à leur place dans la version finale.

 

4.  Danger vs. Risque : Contrairement à la grande majorité des agences scientifiques, le CIRC mesure le danger : en examinant si la substance chimique pourrait causer le cancer dans n'importe quelle circonstance, au lieu du risque : en déterminant la probabilité qu'un produit chimique cause le cancer. Pour une discussion plus complète, voir mon article précédent sur cette question.

 

 

Réponse de la communauté scientifique

 

La réponse de la communauté scientifique favorable au CIRC a été d'essayer de gagner le débat public en accusant les critiques du CIRC d'être dans la poche des entreprises.

 

Au lieu d'accueillir et de traiter les critiques du CIRC, dans une lettre et un commentaire publiés en 2015 dans la revue Environmental Health Perspectives, 124 scientifiques affirment que les critiques du CIRC par une « minorité bruyante » peuvent dénigrer le processus qui a bien servi la santé publique pendant de nombreuses années. Il est facile de comprendre pourquoi tant de scientifiques ont signé cette lettre. Leurs moyens de subsistance dépendent souvent des subventions du NCI et du NIEHS, les agences qui soutiennent le CIRC, et les critiques impliquant un examen de conscience ne sont jamais les bienvenues dans la communauté scientifique.

 

Prenez une minute pour examiner les conflits d'intérêts signalés dans cette lettre. Pour commencer :

 

« Ce travail a été réalisé sans financement direct, mais a été soutenu en partie par le programme de recherche intra-muros du NIH (NCI et NIEHS) » [c'est nous qui soulignons].

 

De nombreux signataires servent aujourd'hui de témoins experts pour des plaignants dans des litiges portant sur une multitude de produits chimiques et leurs effets. D'autres ont fait partie ou continuent de faire partie des groupes de travail du CIRC sur les monographies.

 

L'un des principes fondamentaux énoncés par le CIRC est que les experts scientifiques qui servent dans ses groupes de travail doivent être indépendants, sans conflit d'intérêts. Ce principe a été utilisé pour interdire aux scientifiques qui travaillent pour l'industrie de faire partie de leurs groupes de travail.

 

« Peu importe la force de la voix, peu importe le nombre de personnes qui se prononcent, cela ne rend pas l'affirmation vraie. Mais comment le savoir ?

 

Un signe révélateur est que votre voix est supprimée ou vilipendée lorsque vous essayez de remettre cette voix en question. »

 

Charles Glassman, médecin

 

Les conflits d'intérêts ne sont pas simplement d'ordre financier, mais peuvent souvent être motivés par des convictions. L'exclusion délibérée des scientifiques ayant des intérêts conflictuels en faveur du glyphosate pour cause de « partialité » dans l'étude du CIRC sur le glyphosate en est un exemple. Mais lorsque vous sélectionnez vos experts, vous facilitez la pensée de groupe, un autre biais qui étouffe le discours qui est au cœur de la science et de ces délibérations.

 

Il est beaucoup plus facile de signer une lettre de soutien que d'examiner les critiques qui pourraient entraîner des changements dans un processus qui a profité à quelques scientifiques triés sur le volet (ceux choisis pour faire partie des groupes de travail du CIRC) au fil des ans. Malgré tout le va-et-vient autour de la question de savoir qui a été rémunéré financièrement et par qui, il est important de reconnaître qu'aucun argument scientifique n'a été avancé pour justifier les actions prises par le CIRC sur le glyphosate.

 

 

Conclusions

 

Les Etats-Unis, en tant que principal bailleur de fonds du programme des monographies du CIRC, devraient insister pour que le CIRC développe un processus transparent de révision et d'appel. En outre, les États-Unis doivent s'assurer que la politique du CIRC en matière de conflits d'intérêts est modifiée pour inclure les conflits tels que le travail en tant que consultant en litiges dans les procès. Enfin, comme indiqué précédemment, l'évaluation du glyphosate par le CIRC doit être rétractée ou révisée.

 

« L'exclusion systématique par le CIRC des chercheurs ayant des conflits d'intérêts réels ou perçus avec l'industrie diminue la probabilité que les arguments les plus solides défendant un agent suspect contre les allégations de cancérogénicité soient présentés et discutés lors des délibérations du groupe de travail, et augmente ainsi la probabilité que l'agent soit classé comme présentant un danger cancérogène pour l'homme, quelle que soit la force ou la faiblesse des preuves soutenant cette conclusion. »

 

R. Tarone, Conflicts of interest, bias, and the IARC Monographs Program (conflits d'intérêts, partialité et le programme des monographies du CIRC)

 

 

[1] Who is Afraid of Roundup?

EPA Refutes Study Claiming Glyphosate Boosts Cancer Risk

Claims That Criticism Of IARC Are Industry-Driven Do IARC More Harm Than Good

Roundup Cover Up? Glyphosate Funny Business At IARC

Round Up Cover-Up, Part 2: Why Did IARC Exclude Selective Evidence?

 

 

Sources :

 

Reuters In glyphosate review, WHO cancer agency edited out “non-carcinogenic findings”

 

Reuters Cancer agency left in the dark over glyphosate evidence

 

IARC Monographs on the Identification of the of the Carcinogenic Risk to Humans   

 

_____________

 

* Source : The Emperor - IARC - Has No Clothes | American Council on Science and Health (acsh.org)

 

 

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H
A propos de cancer... c'est une maladie assez bien connue dans les siècles et millénaires passés, mais les historiens de la médecine ne sont bien sûr pas en mesure d'avancer des chiffres de prévalence, et traditionnellement, on estime que les taux de cancers étaient nettement plus bas avant le XIXème siècle que depuis. Voilà une étude britannique sur un cimetière entre le 6ème et le 16ème siècle qui révèle que les cancers pourraient avoir été beaucoup plus communs qu'on le pensait : https://gizmodo.com/scans-of-medieval-skeletons-show-cancer-has-been-common-1846798227 A confirmer bien sûr par d'autres études similaires.
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M
Les gendarmes se retrouvent à devoir poursuivre ceux qui achètent du glyphosate en ligne. Ce n'est pas comme si ils avaient des affaires plus urgentes comme la drogue ou le trafique d'armes. Merci Mr Labbé.
https://www.francetvinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/video-le-glyphosate-produit-star-et-illegal-des-sites-de-vente-en-ligne_4677009.html
Spoiler qui n'en n'est pas vraiment un, l'article nul et partisan.
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I
Après ceux qui achètent en ligne du glypho sont souvent des particuliers pour qui le glyphosate a été interdit
Cela dit c'est drôle de voir ceux qui accusent Déméter d'être une cellule fasciste soutenir des actions de la gendarmerie contre ceux qui achètent des produits en ligne
U
Le CIRC connaissait l'étude AHS puisqu'il en a utilisé les résultats préliminaires. Il a précipité son rapport au sujet du glyphosate pour ne pas avoir à tenir compte de la seule étude vraiment significative. C'est dire la valeur de ses conclusions.
Et s'il y a eu des retards délibérés à la publication du rapport AHS, il devrait peut-être y avoir une enquête à ce sujet.
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I
Tien tient

Ce cher Bionel le Biotausaurus gros malin serait-il de retour pour nous faire rigoler ?
Et vous comment Bioccop, Léa nature, Carrrefour Bio, et autre lobbyste du bio vous rémunère ? Bien j'espère que vous puissiez acheter du quinoa bio en quantité nécessaire pour les barbecues avec Génération Future
B
C'est marrant on vous voit partout vous, le physicien. Toujours à la gamelle des phytos et des OGM, comme ce bon vieux Seppi. Vous êtes réglés comment, par Lydia ou PayPal ? Vous allez pouvoir changer les housses du camping car pour cet été