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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Interdiction des OGM : de nombreux agriculteurs veulent tellement des plantes génétiquement modifiées qu'ils les cultivent illégalement

29 Juin 2021 Publié dans #OGM

Interdiction des OGM : de nombreux agriculteurs de pays en développement veulent tellement des plantes génétiquement modifiées qu'ils les cultivent illégalement

 

Cameron English*

 

 

Image : Wikipedia

 

Les pays qui interdisent les cultures biotechnologiques ne sont pas nécessairement exempts d'OGM. Il y a une leçon inspirée de la prohibition pour les régulateurs et les groupes d'activistes de ces pays, s'ils sont prêts à écouter.

 

 

Si vous vous souvenez de votre cours d'histoire des États-Unis au lycée, vous savez que la prohibition a été un échec cuisant. La consommation d'alcool a fortement baissé au début des années 1920 pour ensuite remonter en flèche au cours des années suivantes, accompagnée d'un marché noir massif et d'une augmentation de la violence des gangs. La leçon à retenir est assez claire : les lois ne sont pas des formules magiques ; écrire des mots sur un bout de papier n'incite pas nécessairement les gens à modifier leur comportement.

 

Le même phénomène est à l'œuvre dans plusieurs pays qui restreignent l'accès des agriculteurs aux cultures génétiquement modifiées (GM). Heureusement, aucun émule d'Al Capone ne tue aujourd'hui des gangsters rivaux pour le droit de vendre des semences biotechnologiques, mais il existe un marché noir pour cette technologie, et de nombreux agriculteurs en profitent ouvertement.

 

Enfreindre la loi devrait toujours être désapprouvé, bien sûr, mais ces agriculteurs rebelles sont de puissants témoins du fait que l'opposition à la biotechnologie agricole est presque toujours politique – littéralement, ce sont les politiciens et les lobbyistes qui maintiennent les restrictions en place. Les preuves scientifiques et les intérêts des agriculteurs sont rarement les facteurs de motivation dans ces cas. Examinons quelques exemples.

 

 

Producteurs de coton indiens : qu'ils nous arrêtent !

 

Nous commençons notre tour du monde par l'Inde. À proprement parler, la culture de plantes génétiquement modifiées n'y est pas illégale ; plus de 95 % du coton du pays est produit à partir de plantes résistantes à des insectes (Bt). Les chercheurs indiens ont développé d'autres cultures génétiquement modifiées qui profitent aux agriculteurs et aux consommateurs, notamment la moutarde à haut rendement et l'aubergine Bt. Les producteurs de coton indiens sont impatients de cultiver des variétés résistantes à des insectes et des herbicides. Les cultures dotées de ces caractéristiques « empilées » sont extrêmement utiles pour les agriculteurs qui doivent lutter contre des parasites qui réduisent les rendement, mais les régulateurs qui ont le pouvoir d'approuver ces cultures et d'autres cultures génétiquement modifiées ne le feront tout simplement pas.

 

Selon une étude récente, l'Inde se trouve dans cette impasse en grande partie parce que les institutions qui développent et promeuvent les cultures biotechnologiques ne sont pas « convenablement reliées » à celles qui réglementent ces cultures. Le résultat, notent les chercheurs, est le suivant.

 

« Même après un débat approfondi et la création de nouvelles institutions, il existe une situation persistante d'antagonisme et de faible confiance du public dans la technologie GM comme solution viable aux problèmes agricoles de l'Inde. Cette situation a entravé le processus d'innovation et de mise en œuvre, malgré les essais en champ réussis de nombreuses cultures GM indigènes. »

 

De nombreux agriculteurs du pays ont réagi à cette situation avec une frustration prévisible. À partir de 2019, par exemple, un groupe de producteurs de coton a organisé des manifestations au cours desquelles ils ont publiquement semé les variétés tolérantes à un herbicide et résistantes à des insectes dont l'accès légal leur a été refusé. Lorsque l'État leur a ordonné d'arrêter, ils ont redoublé d'efforts : « Laissez le gouvernement nous arrêter ! »

 

 

« Nos frontières sont poreuses » : des plantes GM du Kenya se retrouvent en Ouganda

 

L'Ouganda a passé des années et dépensé plusieurs millions de dollars pour développer une expertise en matière de biotechnologie des cultures. Malgré cet investissement public substantiel, le pays a échoué à plusieurs reprises depuis 2004 à promulguer des règlements qui permettraient aux agriculteurs de cultiver des plantes génétiquement modifiées. Consciente de la nécessité d'une loi, l'Autorité Nationale de Gestion de l'Environnement (NEMA) est en train de rédiger une « mesure provisoire » pour guider les agriculteurs jusqu'à ce que le parlement du pays adopte une législation permanente.

 

L'effort de la NEMA est motivé par un constat simple : « Nos frontières sont poreuses, ce qui se trouve au Kenya se retrouvera en Ouganda. » C'est ce qu'a fait observer en juillet dernier le Dr James Kasigwa, directeur de la biosécurité au ministère des sciences, des technologies et des innovations. Les agriculteurs ont dit la même chose. Un producteur de manioc anonyme a déclaré au Genetic Literacy Project en juin 2020 :

 

« Les agriculteurs vivant dans les districts frontaliers de ces pays n'ont aucun problème à partager les semences ; nous le faisons depuis longtemps. Je sais que les variétés de manioc génétiquement modifiées sont résistantes [au virus de la striure brune du manioc], ce qui constitue un défi pour un certain nombre d'agriculteurs qui cultivent cette plante. Habituellement, lorsque je plante des variétés résistantes, je suis capable de récolter deux tonnes par hectare. Mais lorsque la maladie provoque la pourriture, je ne peux pratiquement rien récolter. »

 

 

Un moratoire pas si efficace que ça au Pérou

 

Si le mouvement anti-OGM américain a perdu beaucoup d'influence ces dernières années, on ne peut pas en dire autant des groupes d'activistes dans d'autres pays. Au Pérou, la communauté scientifique locale s'est engagée dans une féroce bataille de relations publiques avec les lobbyistes de l'alimentation biologique qui veulent maintenir le statut du pays en tant que « patrie ancestrale de l'alimentation biologique produite à partir de semences indigènes ». En janvier, le pays a prolongé de 15 ans son interdiction de la culture de plantes génétiquement modifiées.

 

Cependant, le Pérou en tant que patrie ancestrale de l'alimentation biologique n'est guère plus qu'un mythe marketing. Le pays importe avidement du maïs et du soja génétiquement modifiés depuis de nombreuses années. Rien qu'en 2018 et 2019, le Pérou a importé 3,7 millions de tonnes de maïs des États-Unis, dont la grande majorité est génétiquement modifiée. En remontant au moins jusqu'en 2009, les agriculteurs de tout le Pérou ont réutilisé le maïs importé résistant à des insectes en le croisant avec une variété locale connue sous le nom de « Pato », généralement utilisée pour l'alimentation animale. On ne sait pas exactement comment ni pourquoi cette pratique a commencé, mais les agriculteurs ont rapidement remarqué que leurs cultures étaient moins vulnérables aux attaques des ravageurs, et ils ont donc continué à cultiver ce maïs amélioré. [1]

 

La partie la plus intéressante de l'histoire est que les entreprises de biotechnologie, les régulateurs et les groupes anti-OGM savent tous que cela se passe et personne ne veut s'en occuper. Les entreprises ne veulent pas être associées à quoi que ce soit d'illégal ; les régulateurs péruviens ne veulent pas s'occuper de questions politiques incendiaires ; et le mouvement anti-OGM ne veut pas renoncer à son discours de marketing.

 

Quelle meilleure preuve pourrait-il y avoir de l'innocuité et de l'efficacité des cultures génétiquement modifiées ?

 

___________

 

Cameron English, directeur de Bioscience

 

Cameron English est auteur, éditeur et co-animateur du podcast Science Facts and Fallacies. Avant de rejoindre l'ACSH, il était rédacteur en chef du Genetic Literacy Project.

 

[1] Le maïs contient en fait un ancien trait de résistance à des insectes que Monsanto a mis sur le marché dans les années 1990. S'ils avaient accès à des variétés plus récentes, les agriculteurs obtiendraient probablement des résultats encore meilleurs.

 

Source : GMO Prohibition: Many Farmers Want GE Crops So Badly, They'll Grow Them Illegally | American Council on Science and Health (acsh.org)

 

 

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