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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Des scientifiques de l'UE font pression pour que l'agriculture biologique autorise les cultures biotechnologiques

25 Juin 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #OGM, #Union européenne

Des scientifiques de l'UE font pression pour que l'agriculture biologique autorise les cultures biotechnologiques

 

AGDAILY reporters*

 

 

Image : rzoze19, Shutterstock

 

 

Les progrès de la biotechnologie ont permis aux agriculteurs d'accéder à des variétés de plantes qui ne ressemblent à rien de ce que les producteurs utilisaient dans les générations précédentes. Si l'utilisation de produits phytosanitaires de synthèse est souvent mise en avant lorsqu'on parle de plantes génétiquement modifiées, il est important de comprendre que la tolérance à des pesticides n'est pas la seule caractéristique de ces plantes – en fait, ce n'est qu'une infime partie de leurs capacités. Les techniques de sélection modernes, par exemple, ont permis de créer des semences plus résistantes à la sécheresse et capables de produire leurs propres insecticides, comme le Bt (Bacillus thuringiensis). Ainsi, avec autant d'applications des cultures biotechnologiques en dehors de l'utilisation de la protection des cultures, de nombreux agriculteurs sont contraints de composer avec le fait que ces semences ne sont pas autorisées dans les pratiques de l'agriculture biologique.

 

Des scientifiques de l'Union Européenne espèrent changer cela.

 

Une équipe de recherche internationale, dont des scientifiques de l'Université et de la Recherche de Wageningen (WUR), aux Pays-Bas, affirme que si l'Union Européenne n'autorise pas l'utilisation des nouvelles techniques de sélection telles que l'édition des gènes dans l'agriculture biologique, la stratégie européenne « de la ferme à la table » ne tiendra probablement pas sa promesse de progresser vers la réalisation des Objectifs de Développement Durable. Dans un article publié dans Trends in Plant Science, les auteurs lancent un appel urgent à la réunion de ces deux méthodes agricoles, affirmant que l'agriculture biologique et la biotechnologie moderne ont toutes deux leurs atouts spécifiques pour contribuer aux ODD – la combinaison des deux approches pourrait libérer d'importantes synergies.

 

En 2015, la communauté internationale a défini les Objectifs de Développement Durable qui répondent aux défis globaux auxquels le monde est confronté, tels que la Faim Zéro, l'Action Climatique et la Vie sur Terre. La Commission Européenne s'est engagée en faveur de ces objectifs, qui doivent être atteints en 2030. En mettant en œuvre sa stratégie « de la ferme à la table », la Commission Européenne souhaite en même temps stimuler le développement de la surface en agriculture biologique de l'UE, dans le but d'atteindre 25 % de la superficie agricole totale en agriculture biologique d'ici 2030. Toutefois, si les restrictions européennes actuelles sur l'utilisation des nouvelles techniques de sélection restent en place, cette augmentation ne garantira en aucun cas une plus grande durabilité, affirment les scientifiques.

 

Cette approche n'est pas nouvelle, surtout en dehors des États-Unis, où le lobby de l'agriculture biologique n'est pas aussi agressif et financé qu'ici. De nombreux agronomes affirment que les secteurs biologique et non biologique ne sont pas aussi éloignés l'un de l'autre que le public est amené à le croire, et la communauté scientifique reconnaît depuis longtemps que ces secteurs continuent à s'enseigner mutuellement les meilleures pratiques agricoles, dans le but de faire progresser le monde vers une plus grande sécurité alimentaire en 2050.

 

 

 

 

Des gains environnementaux au niveau local, des pertes au niveau mondial

 

L'agriculture biologique peut avoir un effet bénéfique sur la protection de l'environnement et la biodiversité au niveau local. Toutefois, par rapport à l'agriculture conventionnelle, l'agriculture biologique offre également des rendements plus faibles. Par conséquent, il faut davantage de terres pour produire la même quantité d'aliments de haute qualité, et la conversion de terres naturelles en terres agricoles est l'un des principaux facteurs du changement climatique mondial et de la perte de biodiversité.

 

« La demande mondiale d'aliments de haute qualité augmente. Une augmentation de l'agriculture biologique dans l'UE peut donc entraîner une expansion des terres agricoles ailleurs dans le monde, ce qui pourrait entraîner des coûts environnementaux supérieurs à tout avantage environnemental local dans l'UE », explique le coauteur de l'étude, Justus Wesseler, professeur d'économie agricole et de politique rurale à la WUR. En d'autres termes, l'augmentation prévue de la production biologique dans l'UE risque d'aboutir à des systèmes alimentaires moins, et non plus, durables.

 

 

Les synergies possibles entre l'agriculture biologique et la biotechnologie agricole.

 

 

Outils de précision dans l'amélioration des plantes

 

Dans leur publication dans Trends in Plant Science, les auteurs affirment donc que la réalisation à la fois de l'objectif de 25 % de terres agricoles en régie biologique et des Objectifs de Développement Durable n'est possible que si la législation européenne est modifiée et que l'utilisation de la biotechnologie moderne et des nouvelles techniques de sélection est autorisée, en particulier dans la production biologique.

 

« Cela est particulièrement vrai pour l'édition des gènes, un nouvel outil de précision utilisé dans la sélection végétale », explique Richard Visser, professeur d'amélioration des plantes à la WUR. « L'édition des gènes offre des possibilités uniques de rendre la production alimentaire plus durable et d'améliorer encore la qualité, mais aussi la sécurité, des aliments, en particulier dans les cultures qui font l'objet d'une pollinisation croisée et/ou d'une multiplication végétative. Avec l'aide de ces nouveaux outils moléculaires, il est possible de développer des plantes plus robustes qui fournissent des rendements élevés pour une nutrition de haute qualité, même avec moins d'engrais. »

 

 

Les pesticides contenant du cuivre dans l'agriculture biologique

 

L'édition des gènes est également utilisée pour obtenir des plantes résistantes à des champignons qui se développent en agriculture biologique sans pesticides contenant du cuivre. Le cuivre peut être particulièrement toxique pour le sol et les organismes aquatiques, mais son utilisation pour lutter contre les champignons est néanmoins autorisée en agriculture biologique en raison de l'absence d'alternatives non chimiques à ce jour.

 

Selon M. Visser, « l'agriculture biologique et l'édition des gènes pourraient donc très bien se compléter et, combinées, contribuer à une plus grande durabilité locale et mondiale. »

 

 

Surmonter des préjugés profondément ancrés

 

Les auteurs s'attendent à ce que la mise en œuvre du changement juridique soit peu probable dans le cadre des réalités politiques actuelles. « De nombreux décideurs politiques et groupes d'intérêt européens et nationaux semblent préférer les politiques de coexistence, où la production biologique et la biotechnologie moderne sont strictement séparées », déclare M. Wesseler.

 

Les chercheurs espèrent qu'une meilleure communication pourra progressivement venir à bout de certains préjugés profondément ancrés chez les décideurs politiques et le grand public.

 

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* Source : EU scientists press for organic farming to allow biotech crops | AGDAILY

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