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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Une étude pionnière examine les risques potentiels de l'utilisation de moustiques génétiquement modifiés pour lutter contre la malaria en Afrique

7 Mai 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM

Une étude pionnière examine les risques potentiels de l'utilisation de moustiques génétiquement modifiés pour lutter contre la malaria en Afrique

 

Mark Lynas*

 

 

Image : Shutterstock/mycteria

 

 

Le groupe de recherche à but non lucratif Target Malaria a publié une étude inédite sur les risques potentiels de la dissémination de moustiques transgéniques (porteurs d'un forçage génétique) destinés à lutter contre la transmission du paludisme en Afrique.

 

Le forçage génétique est une méthode qui consiste à utiliser de nouvelles techniques d'édition de gènes pour modifier les caractéristiques héréditaires de la descendance d'une espèce cible. Chez les moustiques, l'objectif serait de répandre la stérilité dans la population, ce qui entraînerait une réduction du nombre de moustiques et la suppression de la transmission du paludisme.

 

Cependant, la puissance potentielle de la technologie du forçage génétique a également suscité des craintes quant à d'éventuelles conséquences involontaires. Le nouvel article de Target Malaria adopte une approche de « formulation de problèmes » pour évaluer 46 différents risques plausibles qui pourraient survenir pour la santé humaine ou l'environnement suite à la libération de moustiques transgéniques.

 

Selon les chercheurs, l'exercice a révélé que, dans de nombreux cas, plus la population de moustiques est réduite par les moustiques transgéniques, moins les dommages potentiels sont susceptibles de se réaliser. En outre, les inconvénients potentiels les plus courants qui ont été identifiés concernaient l'augmentation de la transmission de maladies humaines ou animales.

 

L'article envisage la libération d'individus transgéniques porteurs d'un forçage génétique de l'espèce Anopheles gambiae, vecteur du paludisme, l'un des principaux moustiques vecteur de la maladie en Afrique de l'Ouest. L'Organisation Mondiale de la Santé estime qu'en 2019, il y a eu 229 millions de cas de paludisme dans le monde, occasionnant 409.000 décès. L'OMS précise également que 94 % des cas de paludisme ont eu lieu dans la région africaine.

 

Si des moustiques transgéniques porteurs d'un forçage génétique étaient lâchés en Afrique, on suppose que la suppression des populations de moustiques sauvages qui en résulterait réduirait la transmission du paludisme et sauverait de nombreuses vies humaines. Ces efforts sont particulièrement importants étant donné que les méthodes de contrôle conventionnelles utilisant des insecticides et des médicaments antipaludiques deviennent moins efficaces en raison de l'évolution de la résistance des moustiques.

 

En 2018, des chercheurs de l'Imperial College de Londres ont publié un rapport dans la revue Nature Biotechnology montrant que la technologie de forçage génétique de l'équipe était efficace à 100 % pour supprimer les populations d'Anopheles gambiae dans une expérience en cage. L'article de Target Malaria est destiné à amorcer le processus d'« évaluation de la recherche environnementale » qui doit être mené à bien avant que les moustiques transgéniques ne soient relâchés dans l'environnement dans les zones touchées par le paludisme.

 

L'article, publié dans le Malaria Journal, s'intitule : « Systematic identification of plausible pathways to potential harm via problem formulation for investigational releases of a population suppression gene drive to control the human malaria vector Anopheles gambiae in West Africa » (identification systématique des voies plausibles vers des dommages potentiels via la formulation de problèmes pour les disséminations expérimentales d'un forçage génétique de suppression de population pour contrôler le vecteur humain du paludisme Anopheles gambiae en Afrique de l'Ouest).

 

L'analyse s'appuie sur les publications d'une série de quatre ateliers régionaux tenus en Afrique, ainsi qu'un autre aux États-Unis, entre 2016 et 2019, organisés par le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique de l'Agence de Développement de l'Union Africaine (AUDA-NEPAD) et par la Fondation pour les Instituts Nationaux de la Santé (FNIH). Elle a également été complétée par une évaluation approfondie de la littérature et un dialogue permanent avec de nombreux experts scientifiques, des risques et de la réglementation.

 

« À notre connaissance, notre article représente la première identification systémique et complète des dommages potentiels que les moustiques génétiquement modifiés pourraient causer à l'environnement et la santé humaine, s'ils étaient libérés », a écrit le Dr John Connolly, responsable des sciences réglementaires chez Target Malaria.

 

« Nous espérons qu'il stimulera également un engagement plus large sur l'utilisation de la suppression de population par génie génétique pour contrôler les vecteurs du paludisme en Afrique. Avec un demi-million de décès causés par le paludisme chaque année, de nouveaux outils sont cruellement nécessaires. »

 

_______________

 

* Source : Pioneering study examines potential risks of using gene drive mosquitoes to control malaria in Africa - Alliance for Science (cornell.edu)

 

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ange et démon 08/05/2021 16:25

bonjour,
il y a quelque chose que je ne comprends pas dans cet article: "En outre, les inconvénients potentiels les plus courants qui ont été identifiés concernaient l'augmentation de la transmission de maladies humaines ou animales." (Most potential harms involved increased human (n = 13) or animal (n = 13) disease transmission) ; si d'un coté l'élimination de la Malaria est obtenue, en contre partie ça augmente d'autres maladies?
c'est assez inquiétant si c'est vrai

Seppi 11/05/2021 08:40

@ ange et démon le samedi 08 mai 2021, 16:25

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Cela m'avait surpris aussi, mais je n'ai pas cherché à en savoir plus.