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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un entretien avec Mme Christiane Lambert nécessaire, mais pas suffisant, dans le Journal du Dimanche

21 Mai 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

Un entretien avec Mme Christiane Lambert nécessaire, mais pas suffisant, dans le Journal du Dimanche

 

Glané sur la toile 668

 

 

(Source)

 

 

C'est intitulé – c'est sans nul doute le choix de la rédaction : « Christiane Lambert, présidente de la FNSEA : "N'importons pas l'agriculture dont nous ne voulons pas" ».

 

Il y aurait sans doute eu mieux.

 

Le discours de Mme Christiane Lambert est rodé. Pour le constat :

 

« Nous importons beaucoup. Et de plus en plus : 60% des fruits que nous mangeons sont importés, la moitié des volailles, 40% des légumes et même un quart de la viande bovine. Au rythme actuel, dans deux ans, la France va devenir importatrice nette de produits agricoles. Du jamais-vu depuis quarante-cinq ans. Si rien n'est fait, la France ne sera plus capable de subvenir seule à ses besoins alimentaires dès 2023. Nous demeurons le premier producteur européen, mais uniquement grâce aux céréales. Quant à notre excédent commercial de près de 8 milliards d'euros, il ne subsiste que grâce au vin. En valeur, la part des exportations alimentaires françaises dans les exportations totales de la zone euro s'est ainsi réduite de six points depuis vingt ans. Et notre dépendance vis-à-vis de l'Europe s'accroît : les importations augmentent plus vite et notre déficit se creuse chaque année davantage. »

 

Mais est-ce suffisant et vraiment pertinent ?

 

Il est clair que notre souveraineté alimentaire ne se conçoit pas comme une autosuffisance en vase clos – comme certains, particulièrement dans les milieux écolo-gauchistes, l'imaginent – mais implique des échanges.

 

Il doit être clair aussi que la balance commerciale n'est pas un indicateur pertinent. Dégager un surplus, grâce essentiellement aux vins et spiritueux et aux céréales, ne remplit pas nos assiettes avec des produits d'origine France.

 

On peut dès lors critiquer l'affirmation selon laquelle « Si rien n'est fait, la France ne sera plus capable de subvenir seule à ses besoins alimentaires dès 2023. » C'est déjà le cas ! Quand elle importe l'essentiel ou une fraction importante de ses besoins en fruits et légumes et en viande, elle est confrontée à un gros problème.

 

À notre sens, le discours de celle qui est à la tête de « la FNSEA, le premier syndicat agricole » de la France – n'en déplaise aux grincheux, c'est le premier, par la grâce du vote démocratique – et de la FNSEA elle-même mérite d'être plus musclé et plus présent dans les médias.

 

L'entretien a été accordé au JDD dans le contexte suivant :

 

« En parallèle de la Semaine de l'agriculture, elle va orchestrer un rendez-vous national consacré à la souveraineté alimentaire, le 18 mai prochain. Un grand débat auquel participeront Emmanuel Macron ou encore le commissaire européen Thierry Breton. Un enjeu stratégique, mais menacé par une baisse continue des exportations françaises. »

 

Là, c'est le JDD qui se trompe. La souveraineté alimentaire n'est pas menacée par la baisse de nos exportations, mais par celle de la production.

 

Mme Christiane Lambert et la FNSEA – tout comme du reste la Coordination Rurale – ont raison de marteler que cette situation navrante trouve son origine dans les décisions, et notamment la bien-pensance, françaises :

 

« Quelles sont les causes de cette dégradation?

 

Elles sont évidemment multiples. Parmi elles, la volonté affichée de favoriser une montée en gamme a creusé ce déséquilibre. Miser sur les labels et la qualité, c'est une démarche très louable. Mais l'essentiel de la population se nourrit aujourd'hui avec du milieu de gamme. […] Nous devons produire pour tous les marchés et pour tous les budgets. Nous constatons aussi un décalage entre les discours officiels de certains élus et leurs décisions concrètes sur le terrain, en particulier dans la restauration collective. »

 

Elle produit ici un argument intéressant :

 

« Les règles du jeu sont-elles identiques en Europe?

 

Non, malheureusement. Un producteur d'oeufs que je connais vient par exemple de démonter l'ensemble de ses cages, pour ne produire qu'avec des poules élevées en liberté. Mais son équipement a été racheté par des élevages étrangers, dont nous importerons un jour les oeufs, en dépit des normes nationales. » [...] »

 

Ben oui ! Il serait temps de regarder les choses en face. Et, pour cela, il faut les montrer. Encore et encore.

 

 

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B
Le national socialisme n'est pas un mouvement de droite à ce que je sache.
Répondre
J
Je proteste contre le terme "écolo-gauchiste". Je ne vois pas ce que l'orientation politique vient faire là-dedans. Les idéologies naturalistes anti-science ne sont pas propres à la gauche (d'ailleurs certaines de ces notions -- voir les origines du "bio" contre l'agriculture moderne -- viendraient plutôt de milieux très à droite).
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H
Ce n'est pas faux, une partie importante des origines du bio peut être tracé très à droite. Rudolf Steiner était fondamentalement lié à la vieille aristocratie allemande, un milieu dans lequel il enseignait et dans lequel il vivait confortablement. Ce ne sont pas de véritables agriculteurs qu'il attira en 1924 dans ces célèbres cours d'agriculture (comme le veux la légende) où il inventa ce qu'on a appelé la biodynamie, mais des aristocrates allemands, qui avaient encore de grandes propriétés et quelques éléments de l'aristocratie européenne. Il fallait parler allemand, être assez riche pour faire le voyage et abandonner une activité pendant quelques semaines, et trouver un hébergement. Après la 1ère WW, l'aristocratie allemande était en pleine crise morale et financière, beaucoup des puissants junkers avaient perdu leurs grands domaines à l'est de l'europe et certains étaient obligés de travailler... Inimaginable ! Ils nourrissaient une haine de la néo bourgeoisie allemande qui fondait une partie de sa richesse croissante sur les avancées de la technologie et de la chimie. Pour revenir au XXIème siècle, le mouvement écolo-catho actuel inspiré en partie du livre "Nos limites" est puissant et bien structuré avec une audience forte parmi une frange de catholiques radicaux de France qui rejettent le progrès.