Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les cultures GM augmentent-elles l'utilisation des pesticides ?

12 Mai 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Pesticides

Les cultures GM augmentent-elles l'utilisation des pesticides ?

 

Eva Greenthal*

 

 

 

 

Ma note : pas terrible l'article, mais il rappelle quelques faits élémentaires et illustre la qualité de la production qui peut émaner de ces entités à la dénomination ronflante.

 

 

C'est une question polarisante sans réponse simple.

 

Les pesticides – substances utilisées pour détruire ou repousser les parasites – sont l'un des nombreux outils de lutte contre les parasites et maladies que les agriculteurs utilisent pour prévenir les pertes de récolte et accroître l'efficacité de la production agricole. Bien qu'ils offrent des avantages importants aux agriculteurs, les pesticides chimiques peuvent présenter des niveaux de risque variables pour les humains et l'environnement en fonction de leurs propriétés et de la manière dont ils sont utilisés [ma note : les pesticides « non chimiques », si tant est que cela existe, aussi].

 

Vous avez peut-être vu des scientifiques et des défenseurs de différentes obédiences argumenter dans un sens ou dans l'autre – soit les cultures génétiquement modifiées (GM) augmentent l'utilisation des pesticides, soit les cultures GM diminuent l'utilisation des pesticides.

 

Le problème avec ces déclarations générales est que le terme « pesticides » est une vaste catégorie qui comprend les herbicides (pesticides utilisés pour détruire les mauvaises herbes), les insecticides (pesticides utilisés pour repousser les insectes), et bien d'autres encore. En outre, les différentes cultures génétiquement modifiées présentent des caractéristiques différentes et sont conçues pour interagir de différentes manières avec des herbicides ou des insecticides spécifiques. [ma note : cet article fait l'impasse sur les OGM résistants à une maladie (par exemple les pommes de terres résistantes au mildiou). Il en existe, même si leur diffusion au niveau mondial est encore limitée.]

 

Les cultures génétiquement modifiées avec une tolérance à des herbicides permettent aux agriculteurs de pulvériser ces herbicides spécifiques pour tuer les mauvaises herbes autour d'une plante, mais permettent à la plante de survivre. Les cultures modifiées pour résister à des insectes produisent leurs propres pesticides biologiques, qui sont toxiques pour les insectes mais (idéalement) pas pour les humains. Les détails ont leur importance. Il est donc nécessaire d'examiner chaque produit au cas par cas.

 

Au Center for Science in the Public Interest (CSPI), nous avons entrepris de répondre à la question de savoir si les cultures génétiquement modifiées augmentent l'utilisation des pesticides, et nous avons plongé dans les méandres des données disponibles. Notre nouveau rapport, « In the Weeds : Understanding the Impact of GE Crops on Pesticide Use » identifie les questions spécifiques auxquelles il faut répondre pour évaluer l'impact de ces cultures sur l'empreinte chimique de l'agriculture, et commence à répondre à ces questions.

 

Nous posons la question suivante :

 

  • Quel a été l'impact de l'adoption de cultures résistantes à des insectes sur l'utilisation d'insecticides ? Et

 

  • Quel a été l'impact de l'adoption de cultures tolérantes à des herbicides sur l'utilisation d'herbicides ?

 

Voici nos principales conclusions :

 

  • Les impacts des cultures transgéniques sur l'utilisation des pesticides doivent être examinés au cas par cas : culture par culture et pesticide par pesticide, avec une attention particulière aux effets de substitution et à leurs implications sur la toxicité nette des pesticides appliqués sur chaque culture.

     

  • Il n'y a pas de réponse simple à la question de savoir si l'impact net des cultures GM sur l'utilisation des pesticides a été bénéfique ou négatif.

     

  • Le débat sur l'utilisation des pesticides et les produits transgéniques ne devrait s'appliquer qu'aux cultures transgéniques dont les caractéristiques sont liées à l'utilisation des pesticides, et non aux caractéristiques sans rapport avec l'utilisation de pesticides, comme les pommes et les pommes de terre qui ne brunissent pas.

 

  • Les cultures génétiquement modifiées résistantes à des insectes ont été associées à une réduction significative des pulvérisations d'insecticides dans toutes les cultures modifiées avec des caractéristiques de résistance à des insectes.

 

  • L'impact des cultures génétiquement modifiées tolérantes à des herbicides sur l'utilisation des herbicides dépend de la culture, du caractère et du ou des herbicides considérés.

 

  • La première génération de cultures tolérantes à des herbicides a été conçue pour résister à la pulvérisation de l'herbicide glyphosate, qui est relativement moins toxique que la plupart des autres herbicides chimiques couramment utilisés.

 

  • Depuis que les cultures tolérantes au glyphosate ont été largement adoptées au début des années 1990, l'utilisation du glyphosate et de l'ensemble des herbicides a augmenté dans le maïs, le soja et le cotonnier (ainsi que dans les cultures non génétiquement modifiées comme le blé et l'orge).

 

  • Cependant, les tendances dans l'utilisation des herbicides sont mieux mesurées par les changements dans la toxicité (volume x toxicité) plutôt que par le volume seul, car l'adoption de cultures tolérantes à des herbicides a modifié la gamme d'herbicides utilisés.

 

  • La toxicité aiguë (ou à court terme) de l'ensemble des herbicides utilisés après l'introduction des cultures transgéniques a diminué pour les trois principales cultures (maïs, soja et cotonnier) et la toxicité chronique (ou à long terme) des herbicides a diminué de 78 % pour le soja, mais a augmenté de 7 % pour le maïs et de 91 % pour le cotonnier.

 

 

 

 

Notre rapport appelle à la prudence dans l'utilisation des pesticides à l'avenir, en notant les tendances récentes qui pourraient menacer les progrès réalisés avec l'adoption des cultures transgéniques. Comme nous l'avons vu pour la Covid, les organismes ont la capacité de s'adapter à des circonstances changeantes. Si les organismes peuvent développer une résistance à n'importe quel pesticide (et pas seulement à ceux associés aux cultures GM), l'adoption de cultures GM a, dans certains cas, accéléré l'évolution de la résistance. Les mauvaises herbes ont développé une résistance aux herbicides utilisés avec les cultures GM tolérantes à ces herbicides, et les insectes ont développé une résistance aux bioinsecticides produits par certaines cultures GM résistantes à des insectes.

 

Pour éviter la perte des avantages mentionnés ci-dessus, il faut mettre en œuvre des pratiques de lutte intégrée contre les parasites afin d'atténuer ces menaces. Les produits à caractères empilés (qui sont des produits GM avec de multiples gènes introduits fournissant de multiples nouveaux caractères) sont de plus en plus courants et représentent une approche potentiellement prometteuse pour lutter contre la résistance émergente des mauvaises herbes et des insectes, mais ils pourraient également entraîner une augmentation du volume et de la toxicité des applications de pesticides [ma note : dans le cas des PGM tolérantes à des herbicides ; dans le cas de la lutte contre les amuvaises herbes, la comparaison devrait se faire entre la nouvelle situation (tolérance à deux ou plusieurs herbicides et la situation antérieure (tolérance à un seul herbicide), ainsi que la situation initiale (pas de tolérance aux herbicides considérés)].

 

Enfin, et c'est peut-être le plus inquiétant, les dernières cultures tolérantes à des herbicides sont conçues pour être utilisées avec des herbicides tels que le 2,4-D et le Dicamba qui sont considérablement plus toxiques que le glyphosate. Leur adoption et leur impact sur la toxicité nette des applications d'herbicides doivent être surveillés de près.

 

Nous vous invitons à en savoir plus en lisant notre nouveau rapport. Le Projet Biotechnologie du CSPI continuera à surveiller l'impact de la biotechnologie agricole sur la santé humaine et environnementale, et à plaider pour des pratiques qui protègent la santé et le bien-être des agriculteurs et des travailleurs agricoles, l'environnement et le public.

 

______________

 

* Mme Eva Greenthal est une Senior Science Policy Associate ; son travail au CSPI se concentre sur l'étiquetage des aliments, l'intégrité scientifique, la biotechnologie, et plus encore. Cet article a été initialement publié sur le site du CSPI.

 

Source : Do GMO crops increase the use of pesticides? – Alliance for Science (cornell.edu)

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article