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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le partenariat UE-Afrique, le Parlement Européen et le néocolonialisme

8 Mai 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Union européenne, #Afrique, #Politique

Le partenariat UE-Afrique, le Parlement Européen et le néocolonialisme

 

 

 

Le 25 mars 2021, le Parlement Européen a adopté une « Résolution ... sur une nouvelle stratégie UE-Afrique – un partenariat pour un développement durable et inclusif » qui a son fondement premier dans une « communication conjointe du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et de la Commission du 9 mars 2020 intitulée "Vers une stratégie globale avec l’Afrique" (JOIN(2020)0004) ».

 

La communication conjointe est fortement axée sur – cela ne vous étonneea guère – le « vert ». L'ordre n'est pas anodin :

 

« Afin de renforcer l’alliance stratégique de l’UE avec l’Afrique, la Commission européenne et le haut représentant de l’Union proposent d’engager des discussions avec les partenaires africains en vue de définir ensemble, lors du prochain sommet UE-UA, une nouvelle stratégie globale de l’UE avec l’Afrique, qui pourrait reposer sur cinq partenariats:

 

  1. partenariat pour une transition verte et l’accès à l’énergie;

  2. partenariat pour la transformation numérique;

  3. partenariat pour une croissance et des emplois durables;

  4. partenariat pour la paix et la gouvernance; et

  5. partenariat en matière de migration et de mobilité. »

 

L'agriculture y est peu mentionnée. Voici le paragraphe clé :

 

« L’UE et l’Afrique doivent unir leurs efforts pour atteindre l’objectif de développement durable "faim 'zéro'" et relever les défis qui se posent dans les domaines de la nutrition et de la sécurité alimentaire en encourageant la mise en place de systèmes agroalimentaires sûrs et durables. Un partenariat dans le domaine de l’agriculture favoriserait le développement de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, encouragerait la production locale et intégrerait les préoccupations liées à la biodiversité. Il s’agit notamment de fixer des normes sanitaires et phytosanitaires et de protéger les ressources naturelles. Les échanges commerciaux entre l’UE et l’Afrique jouent un rôle déterminant en favorisant les possibilités de mettre en place des systèmes alimentaires durables. »

 

Ce texte de 20 pages – c'est la limite statutaire pour certains documents de la Commission – a donné lieu à un déluge de remarques et de propositions du Parlement Européen. Si on n'a pas épuisé l'alphabet pour les considérants, ce ne sont pas moins de 190 paragraphes de fond.

 

Il faut être partenaires « pour le développement humain et économique », « pour une croissance durable et inclusive », « pour un pacte vert UA-UE », « pour une agriculture durable et résiliente », « pour faire de la transition numérique un levier d’inclusion et de développement », « en faveur d’une mobilité et d’une migration mutuellement bénéfiques » et « en matière de sécurité ».

 

Le chapitre agriculture est reproduit ci-dessous dans son intégralité.

 

Ce sera – presque – sans commentaires. Ce prêchi-prêcha de parlementaires dont la grande majorité n'a que des notions limitées des réalités de l'agriculture, de l'Afrique et de l'agriculture agricaine, est à vomir.

 

On peut toutefois être intrigué par le paragraphe 131, issu de la Commission de l'Agriculture et du Développement Rural. On y découvre que la Convention Internationale pour la Protection des Obtentions Végétales (Convention UPOV) est affreusement machiste et pénaliserait « les femmes qui travaillent dans l’agriculture de subsistance » (pas les hommes, curieusement...). La « solide protection offerte [...] aux nouvelles variétés de plantes » ? Il doit y avoir deux douzaines de variétés protégées dans les pays membres de l'Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI – essentiellement des pays francophones de l'Afrique subsaharienne)... Quant au Kenya, avec ses 450 et quelques variétés protégées, cela concerne majoritairement les plantes ornementales.

 

Ce paragraphe illustre à merveille la grande porosité du Parlement Européen aux gesticulations militantes les plus grotesques et, en dernière analyse, les plus abjectes. La protection des obtentions végétales – tout comme les accords commerciaux – joue un rôle très limité dans l'agriculture de subsistance.

 

À part ça, l'agriculture est aussi mentionnée au paragraphe 71 (c'est nous qui graissons :

 

« 71. souligne qu’il importe de tenir compte de l’ensemble des causes structurelles et des facteurs externes de l’insécurité et de la pauvreté en Afrique, en se penchant sur les causes profondes des conflits, de la faim, du changement climatique, des inégalités, du manque de services de base et des modèles agricoles inappropriés, et en promouvant des solutions aux conflits qui soient politiques et inclusives, et en adoptant une approche globale visant à alléger les souffrances des couches les plus vulnérables de la population;

 

On aimerait savoir quels sont ces « modèles »...

 

Après une référence à l'« agriculture durable » au paragraphe 101, voici le 104 :

 

« 104.  souligne que des stratégies d’adaptation devraient encourager un changement de modèle dans les pays africains, fondé sur des solutions basées sur la nature; recommande de promouvoir la participation inclusive des parties prenantes dans l’élaboration et la mise en œuvre des contributions déterminées au niveau national, des plans nationaux d’adaptation et des plans nationaux d’investissement agricole, entre autres éléments;

 

Un chef-d'oeuvre de bien-pensance condensée...

 

Pour conclure avant la bien-pensance diarrhéique sur l'agriculture, le groupe IDG, auquel sont affiliés nos eurodéputés du Rassemblement National, a déposé une proposition de résolution de substitution fortement axée sur l'immigration. Elle a évidemment été balayée. L'agriculture y est mentionnée... zéro fois.

 

______________

 

Extrait de la résolution

 

 

Partenaires pour une agriculture durable et résiliente

 

120.  insiste sur l’importance centrale des secteurs agricole et alimentaire dans l’économie et dans la création de perspectives d’emploi décent et durable dans les zones rurales; souligne qu’il s’agit dans la plupart des cas de petites exploitations et d’exploitations familiales; souligne qu’il est important de promouvoir et de renforcer les mesures et les instruments destinés à améliorer la qualité et la diversification des produits, la modernisation durable des pratiques agricoles ainsi que la mise en place de conditions de travail sûres et de mesures visant à améliorer la résilience des agriculteurs; estime que le développement d’un secteur agricole durable et des zones rurales devrait être au cœur des relations entre l’Union européenne et l’Afrique;

 

121.  se félicite que le nouveau partenariat UE-Afrique encourage le développement de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement; rappelle que la capacité de l’agroécologie à réconcilier les dimensions économique, environnementale et sociale du développement durable a été reconnue dans les rapports historiques publiés par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), ainsi que par la banque internationale pour la reconstruction et le développement et l’évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement (IAASTD) menée par la FAO; insiste sur l’importance de promouvoir l’agroécologie, l’agroforesterie, la production locale et des systèmes alimentaires durables, qui mettent l’accent sur le développement de circuits d’approvisionnement courts, dans le cadre des politiques nationales mais aussi dans les enceintes internationales, afin de garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle de tous et d’accroître la productivité du secteur agricole de manière durable ainsi que sa résilience aux changements climatiques;

 

122.  invite l’Union européenne à tenir compte des conclusions de la task force pour l’Afrique rurale sur la nécessité d’investir dans les chaînes alimentaires africaines, et en particulier dans les biens à valeur ajoutée; invite l’Union européenne et les États membres à œuvrer activement avec les États africains à la mise en place de synergies entre la stratégie UE-Afrique et les politiques du pacte vert pour l’Europe, et notamment la dimension extérieure de la stratégie «De la ferme à la table»;

 

123.  souligne que l’utilisation de pesticides dans l’agriculture intensive en Afrique peut non seulement causer des dommages environnementaux, mais aussi nuire à la santé des travailleurs qui ne disposent que d’un accès très limité à la formation en matière de protection des cultures et aux soins de santé; demande la mise en place d’enseignements et de formations concernant les stratégies durables en matière de protection des cultures et les alternatives aux pesticides, et invite à réduire autant que possible l’exposition aux substances dangereuses; dénonce le fait que l’Union européenne applique une politique du «deux poids, deux mesures» en matière de pesticides en permettant l’exportation, vers les pays africains et d’autres pays tiers, de substances dangereuses interdites sur son territoire; demande que l’on modifie les règles de l’Union européenne actuellement en vigueur pour mettre fin à cette incohérence juridique, conformément à la Convention de Rotterdam de 1998 et au pacte vert;

 

124.  est vivement préoccupé par la forte dépendance des États africains à l’égard des importations alimentaires, notamment celles en provenance de l’Union européenne, en particulier lorsque ces importations sont constituées de produits subventionnés, dont le faible prix représente une concurrence préjudiciable pour les petites exploitations agricoles en Afrique;

 

125.  est préoccupé par l’exportation, avec le soutien de la politique agricole commune, de lait européen en poudre vers l’Afrique de l’Ouest, étant donné que le triplement des exportations depuis la suppression des quotas laitiers par l’Union européenne en 2015 a eu des conséquences désastreuses pour les éleveurs et agriculteurs locaux, qui ne peuvent rivaliser; demande à la Commission de s’employer à trouver des solutions avec les gouvernements et les partenaires africains;

 

126.  rappelle que la faim et l’insécurité alimentaire augmentent à nouveau dans le monde entier et qu’elles continueront d’augmenter si aucune mesure n’est prise rapidement, et que l’Afrique accuse un retard important dans la réalisation de l’objectif faim «zéro» (ODD 2) à l’horizon 2030; rappelle que la fin de la malnutrition sous toutes ses formes et l’ODD 2 devraient être considérés comme prioritaires dans le nouveau partenariat, une attention particulière devant être accordée aux personnes dans les situations les plus vulnérables;

 

127.  souligne que la COVID-19, la crise économique qui s’en est suivie, la fermeture des frontières, l’infestation acridienne et la désertification ont détérioré la situation déjà difficile qui prévaut en Afrique en matière de sécurité alimentaire, et ont mis en lumière les vulnérabilités du système alimentaire mondial; insiste sur le potentiel des marchés locaux et régionaux pour remédier aux défaillances actuelles du système alimentaire;

 

128.  demande que le partenariat UE-Afrique vise en priorité, sur le plan agricole, à protéger le droit à la souveraineté alimentaire des États africains, à renforcer leur sécurité alimentaire, ainsi qu’à renforcer leur capacité à répondre aux besoins nutritionnels de leurs populations;

 

129.  rappelle l’importance que revêtent la transformation rurale et le renforcement de la transparence des chaînes de valeur locales et régionales pour permettre la création d’emplois durables, prévenir les violations des droits de l’homme et atténuer le changement climatique; insiste sur la nécessité d’accompagner les jeunes et les femmes grâce notamment à la formation ainsi qu’à l’accès aux crédits et aux marchés; appelle à les associer à la formulation des politiques agricoles et à soutenir l’action collective à travers les organisations de petits producteurs;

 

130.  insiste sur le rôle essentiel que jouent les femmes africaines rurales dans les économies agricoles et rurales du continent africain, notamment en ce qui concerne la sécurité alimentaire; rappelle que près de la moitié du travail agricole en Afrique est réalisé par des femmes, alors que la majorité des agricultrices travaillent dans une petite exploitation ou pratiquent une agriculture de subsistance, sans disposer de l’accès nécessaire aux informations, aux crédits, aux terres, aux ressources ou à la technologie; encourage la promotion des droits de succession des femmes et des filles et invite l’Union européenne à soutenir les pays partenaires, notamment en ce qui concerne la reconnaissance du plein droit des femmes aux droits fonciers;

 

131.  souligne que les femmes qui travaillent dans l’agriculture de subsistance se heurtent à des obstacles supplémentaires en matière de garantie de la souveraineté alimentaire, en raison de la solide protection offerte, dans les accords commerciaux, aux nouvelles variétés de plantes en vertu de la convention internationale pour la protection des obtentions végétales (convention UPOV).

 

132.  rappelle l’importance de soutenir les petites exploitations agricoles et le pastoralisme ainsi que les autres systèmes alimentaires traditionnels/locaux, afin de renforcer leur résilience et d’encourager leur contribution à la sécurité alimentaire, à la gestion durable des ressources et à la préservation de la biodiversité;

 

133.  appelle à l’apaisement des tensions sociales entre les populations agricoles sédentaires et les communautés pastorales nomades, notamment dans les régions frappées par des conflits ethniques et religieux concomitants;

 

134.  insiste sur l’importance de la recherche et de l’innovation pour encourager les pratiques agricoles durables et les écosystèmes et systèmes agroalimentaires productifs des zones arides; demande, à cet égard, de s’appuyer davantage sur le savoir traditionnel africain, notamment en matière de pratiques agricoles et de protection des pêches et des forêts, afin d’opérer une transition juste et d’autonomiser ce faisant les populations et les communautés locales africaines;

 

135.  encourage les échanges de connaissances et de bonnes pratiques entre les agriculteurs européens et africains, en particulier les contacts entre les jeunes agriculteurs, les femmes et les représentants des communautés rurales autour des méthodes de production durables et de la protection de la biodiversité, y compris dans le cadre d’associations;

 

136.  salue la proposition de la task force pour l’Afrique rurale visant à mettre en place un programme de jumelage entre l’Europe et l’Afrique, qui aurait pour objectif d’établir des relations entre les organismes agricoles des États membres de l’Union européenne et ceux des pays partenaires en Afrique, dans le but de partager les bonnes pratiques durables et de créer des liens entre des partenaires très engagés et présentant un profil similaire;

 

137.  souligne qu’il importe d’inclure, dans le partenariat UE-Afrique, la protection et la promotion du droit des communautés locales à l’accès et au contrôle de ressources naturelles telles que la terre et l’eau; déplore l’ampleur de l’accaparement des terres en Afrique; rappelle qu’il s’agit là une pratique brutale qui nuit à la souveraineté alimentaire et compromet la survie des communautés rurales africaines; souligne qu’il est important de mettre en place un processus inclusif pour garantir la participation effective des organisations de la société civile et des communautés locales à l’élaboration, à la mise en œuvre et au suivi des politiques et mesures liées à l’accaparement des terres; demande que les directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale soient respectées dans tous les projets qui promeuvent la protection des droits fonciers, y compris en matière commerciale, et que des mesures soient prises pour que les projets ne portent pas atteinte aux droits fonciers des petits exploitants agricoles;

 

138.  regrette que l’on ne reconnaisse pas assez l’importance stratégique des pâturages, qui couvrent environ 43 % de la surface terrestre africaine et constituent donc d’importants puits de carbone; invite la Commission à élaborer, en collaboration avec les communautés locales et les acteurs locaux, une stratégie visant à optimiser ce potentiel grâce à une gestion durable des pâturages, telle que celle pratiquée par les bergers;

 

139.  fait observer, par exemple, que les droits de pacage et les pâturages collectifs constituent des droits traditionnels d’usage des terres qui reposent sur le droit commun et non sur des droits de propriété sécurisés; souligne néanmoins qu’il est d’une importance capitale, pour les populations rurales, de protéger ces droits d’usage;

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Commenter cet article

Maître Folace 09/05/2021 09:09

Si on résume en 100 l'Afrique comptait 100 millions d'habitants, le années de fortes pressions de ravageurs tous ne mangeaient pas à leur faim, aujourd'hui ils sont 1,4 Md, en 2050 les projections sont e 2,5 Md et on leur dit surtout ne changez rien, appuyez vous sur vos "savoir-faire ancestraux", évitez d'utiliser des semences modernes trop protégées, l'Europe doit cesser de vous fournir en produits phytosanitaires et limiter ses exportations agricoles ou ne pas déstabiliser votre marché. Produisez à l'ancienne, sans intrants, avec des semences traditionnelles et mère Nature dans sa grande bonté pourvoira à vos besoins.

Maître Folace 09/05/2021 09:12

Oooops j'ai voulu écrire 1900 et pas 100, le lecteur aura corrigé de lui-même et "pour ne pas déstabiliser" au lieu de "ou ne pas.....Je crois que mon clavier fait des siennes.

un physicien 08/05/2021 12:01

" ... insiste sur l’importance de la recherche et de l’innovation .. demande... de s’appuyer davantage sur le savoir traditionnel ..."
Contradictoire ?

Seppi 11/05/2021 08:48

@ un physicien le samedi 08 mai 2021, 12:01

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Contradictoire, non... on peut faire les deux dans un "en même temps" macronien et selon les principes du post-modernisme.

En tout cas, les "savoirs traditionnels" sont incontournables dans tout discours politicien.