Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'agriculture régénératrice comme agent de changement positif

5 Mai 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie

L'agriculture régénératrice comme agent de changement positif

 

Ian Pigott*

 

 

 

 

Je me suis rendu compte que le vulpin des champs devenait un défi de plus en plus grand.

 

Il infestait nos champs de blé chaque année, faisant toujours plus de dégâts et nuisant à nos rendements. Nous avons essayé de l'éliminer avec des produits de protection des cultures, mais plus nous dépensions en intrants, moins nous semblions maîtriser la situation. Le vulpin des champs exige un contrôle à 97 % juste pour maintenir le statu quo. La mauvaise herbe a continué à pousser et à prospérer avec ses touffes menaçantes : 12 plantes tous les 2 mètres suffisent à reproduire 120 000 plantes dans ce même espace ou un (1) million de plantes sur une surface correspondant à une place de parking pour une Tesla.

 

Puis, il y a six ans, j'ai décidé que ça suffisait. Nos coûts avaient grimpé en flèche. Le vulpin des champs avait acquis une tolérance aux herbicides. Et j'ai compris que le moment était venu de changer radicalement notre approche du problème.

 

C'est alors que notre ferme au Royaume-Uni s'est tournée vers l'agriculture régénératrice.

 

La Journée de la Terre est à nos portes – elle arrive la semaine prochaine, le jeudi 22 avril – et l'une des meilleures façons pour les agriculteurs de marquer l'occasion est de se joindre à nous pour partager la façon dont l'agriculture régénératrice a amélioré nos opérations et les plans que nous mettons en œuvre pour apprendre et nous adapter en permanence.

 

Nous avons adopté cette méthode en partie parce qu'un autre agriculteur nous a convaincus de ses mérites : j'ai rencontré Mme Sarah Singla [voir aussi ici], de France, dans l'Iowa, lors d'une réunion du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network). Elle m'a donné la confiance nécessaire pour croire que nous pouvions vendre notre matériel de culture, cesser d'utiliser des insecticides et planter des cultures de couverture et des cultures dérobées dans le cadre de notre programme régulier de rotation des cultures.

 

Avec le recul, je me rends compte que nous avions commencé à pratiquer l'agriculture régénératrice dès 1997, lorsque notre ferme a abandonné le labour et adopté des techniques de travail du sol peu profondes et sans retournement pour lutter contre l'érosion des sols. Ce n'était que la première étape de ce qui est devenu une longue marche vers une nouvelle vision de l'agriculture en adaptant des pratiques qui optimisent l'économie, les habitats et l'agriculture durable.

 

Le terme « agriculture régénératrice » peut avoir différentes significations pour différentes personnes. C'est devenu un mot à la mode, comme « responsabilité sociale des entreprises » ou « durabilité ».

 

Pour moi, cependant, l'agriculture régénératrice implique un engagement envers quatre actions fondamentales : l'intention, l'invention, la conscience et l'héritage.

 

  • L'intention signifie la volonté de changer d'avis. Malgré les défis frustrants de notre époque, résistez à la tentation de romancer le passé comme le « bon vieux temps ». Nous savons qu'il avait en fait ses propres problèmes et nécessitait des solutions spectaculaires. Nous devons examiner ce que nous faisons mal et le corriger.

 

  • L'invention est une ouverture à de nouvelles façons de faire les choses, fondée sur une pensée créative et une science solide. Nous devons accepter le changement, mais pas simplement nous y soumettre – nous devons devenir des agents de changements positifs dans notre recherche de solutions à l'érosion des sols et à la pénurie d'eau.

 

  • La conscience est la reconnaissance de notre responsabilité envers les ressources que sont l'air, l'eau et le sol. En tant qu'agriculteurs, nous devons les utiliser toutes, mais nous devons rendre autant que ce que nous prenons. C'est pourquoi nous parlons d'« agriculture régénératrice » plutôt que d'« agriculture dégénératrice ».

 

  • L'héritage concerne ce que nous laissons derrière nous : des exploitations agricoles plus saines et plus robustes pour nos petits-enfants, qui héritent de terres pleines de matière organique pouvant continuer à assurer notre sécurité alimentaire, celle de notre pays et celle du monde.

 

Ces principes guident nos pratiques. Pour vaincre le vulpin des champs, nous avons retardé nos semis d'automne, bien que les aléas de la météo britannique en octobre rendent la tâche difficile. Nous plantons maintenant des mélanges pour moutons au printemps pour remplacer une culture intermédiaire, et nous amenons les moutons d'autres agriculteurs sur nos terres pour faire paître ces couvertures. Nous avons réduit notre utilisation de fongicides. Nous utilisons moins d'engrais et davantage de biostimulants.

 

Ce ne sont là que quelques-unes de nos innovations et nous en apprenons davantage chaque année. Ce que nous avons commencé à faire semble porter ses fruits – et les données le prouvent.

 

Je travaille avec des scientifiques de Rothamsted Research pour mesurer les effets de l'agriculture régénératrice sur notre exploitation. Nous ne sommes pas encore prêts à publier nos résultats car nous aimerions qu'un peu plus de temps s'écoule, mais nous constatons des améliorations majeures dans la santé de nos sols.

 

Une mesure intéressante concerne les vers de terre : nous en comptons plus de 170 par mètre carré. Si les vers aiment notre sol sain, il en sera de même pour nos cultures.

 

Nous n'arriverons peut-être jamais à débarrasser complètement notre ferme du vulpin des champs. Les mauvaises herbes sont un fléau pour l'agriculture, et elles aiment aussi les sols sains.

 

Cependant, après des années de futilité, il semble que nous ayons enfin pris le problème en main. Et pour cela, nous pouvons remercier l'avènement de l'agriculture régénératrice.

 

_____________

 

Ian Pigott, aAgriculteur, Harpenden, Royaume-Uni

 

M. Ian Pigott dirige une entreprise agricole diversifiée au Royaume-Uni, à Harpenden, à seulement 20 miles du centre de Londres. Il produit du blé, du colza et de l'avoine en rotation. La ferme est une ferme de démonstration LEAF (linking environment and farming – relier environnement et agriculture). Ian est membre du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network).

 

Source : Regenerative Agriculture as an Agent of Positive Change – Global Farmer Network

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article