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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Une chronique immonde de M. Stéphane Foucart dans le Monde

14 Avril 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

Une chronique immonde de M. Stéphane Foucart dans le Monde

 

 

Deux ou trois boulons manquants ? (Source)

 

 

En résumé, ce qui est fondamentalement un fait divers est amalgamé à d'autres pour étayer une insinuation mettant en cause une agro-industrie qui serait fondamentalement mafieuse, pour finalement monter un vaste complot entre agriculture et agro-industries bretonnes et pouvoirs publics pour empêcher toute contestation du système et, notamment, entraver la liberté d'information.

 

À voir les « contributions » dans le Monde, se vérifie l'aphorisme dérivé de Joseph Goebbels : « Plus c'est gros, mieux ça passe. »

 

 

Des titres putaclics décrivant le scénario

 

C'est intitulé « Déboulonner une roue de la voiture de la journaliste bretonne Morgan Large n’est pas un geste d’intimidation, mais une tentative de blesser ou de tuer » (c'est une citation du texte) dans la version électronique du 11 avril 2021, et « L'agro-industrie et la "loi du silence" » dans l'édition papier des 11-12 avril 2021.

 

Le titre de la version électronique a été mis en pavé dans la version papier. Selon le deuxième pavé,

 

« Devant cette accumulation d'atteintes à la liberté d'informer, les pouvoirs publics restent cois ».

 

Ajoutons encore le chapô de la version électronique, et nous avons une idée du canevas de la chronique de M. Stéphane Foucart :

 

« Depuis plusieurs années, des journalistes alertent sur les menaces et la "loi du silence" qui leur est imposée dès qu’il s’agit des dégâts de l’agro-industrie bretonne. »

 

 

Le cas de Mme Morgan Large

 

L'irrationalité paranoïaque est déroulée de manière parfaitement rationnelle.

 

« Morgan Large est journaliste, elle travaille pour Radio Kreiz Breizh (RKB), une radio associative établie à Saint-Nicodème (Côtes-d’Armor). En Bretagne, elle est connue pour son travail sur les dégâts de l’agro-industrie, sur la manière dont les poulaillers et les porcheries industriels, les entrepôts et les silos géants des coopératives, et les parcelles interminables de grandes cultures, saccagent lentement la beauté du pays. […] »

 

Mais...

 

« Tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. […] »

 

Suit alors un chapelet de méfaits dont Mme Morgan Large a été (ou se dit avoir été) victime, dont un, particulièrement grave et ignoble : quelqu'un a/aurait enlevé deux boulons d'une roue de sa voiture.

 

 

Vite, les mots qui claquent

 

M. Stéphane Foucart qualifie ce geste plus qu'imbécile d'« attentat », qui ne serait « pas venu sans avertissements ».

 

L'emphase est double.

 

On a/aurait « attenté » – c'est le mot juridiquement exact, alors que le mot « attentat » prend généralement une signification bien plus étroite – à l'intégrité physique, voire à la vie, de Mme Morgan Large.

 

Et les « avertissements » impliquent une continuité dans des faits disparates, une unicité d'intention et une certaine unité d'auteurs de gestes divers allant d'appels téléphoniques nocturnes à une intrusion dans les locaux de son employeur, en passant par la diffusion de photos surles réseaux sociaux (tiens... cela me rappelle l'exploit d'un porteur de carte de presse, du même bord militant que M. Stéphane Foucart – mais là, ce n'était sans doute qu'une indispensable information sur Twitter...).

 

 

Du cas particulier à la généralisation...

 

Place ensuite à la généralisation :

 

« Depuis plusieurs années, les journalistes installés en Bretagne alertent sur la "loi du silence" qui leur est imposée autour de l’industrie agroalimentaire. »

 

Entre en scène Mme Inès Léraud dont les activités journalistiques et autres se situent dans le même registre de la dénonciation des activités agricoles et agro-industrielles (ou plutôt de certaines, le « bio » et les pratiques en vogue chez une certaine confédération étant naturellement exclus).

 

 

...et à la mise en cause des pouvoirs publics...

 

Arrive l'accusation, à double détente.

 

Premier coup :

 

« Devant cette accumulation d'atteintes à la liberté d'informer dont on voit qu'elles pourraient finir de manière dramatique, les pouvoirs publics restent cois. Ces derniers jours, on cherche en vain une réaction, à l'Elysée, à Matignon ou ailleurs, qui soit à la mesure de la gravité des agissements ciblant Mme Large.[...] »

 

Arrêtons-nous un instant sur ce propos. Deux journalistes, manifestement très « engagées » et militantes, se voient (ou se disent) rudoyées par des moyens parfaitement légaux comme les plaintes en justice par des industriels mis en cause pour l'une et harcelées par des procédés qui le sont moins ou pas du tout (toujours à condition de donner crédit aux informations qui circulent, parfois dans des versions quelque peu différentes)... et M. Stéphane Foucart dégaine les « atteintes à la liberté d'informer ».

 

C'est aller un peu vite en besogne... Au-delà de la question du lien de cause à effet – du lien entre l'activisme (journalistique ou extra-journalistique) militant et les événements rapportés – la liberté d'informer n'est nullement en cause.

 

Mais la position victimaire est si favorable à la crédibilisation et la transmission du message militant.

 

M. Stéphane Foucart n'est évidemment pas le premier sur ce créneau. Sur le plan national, le 8 mai 2020, Libération avait publié « Défendons la liberté d’informer sur le secteur agro-alimentaire » en soutien de Mme Inès Léraud. À voir la liste des signataires, on peut se demander pourquoi il n'y a pas eu de suite pratique à cette pétition. La position victimaire... (bis).

 

Pour M. Stéphane Foucart, il aurait fallu que l'Élysée, etc. réagissent... rien que ça !

 

Deuxième coup :

 

« Un silence dont on ne peut que s'étonner, la liberté d'expression étant sur d'autres sujets portée au sommet des préoccupations du pouvoir.

 

Le gouvernement ne s'en tient pas, dans cette histoire, à la neutralité. Il a choisi un camp. La réalité est que son action conforte les adversaires les plus radicaux de la liberté de la presse, sur les questions d'agriculture et d'environnement. [...] »

 

 

...avec insistance

 

L'accusation est grave, gravissime même. Elle est développée :

 

« En reprenant à son compte les éléments de langage des propagandistes de l'agriculture intensive – le désormais célèbre "agribashing" – et en privatisant l'action de la gendarmene nationale par la création de la cellule Demeter, le gouvernement a contribué à criminaliser ceux qui s'inquiètent publiquement des dégâts de l'agro-industrie. [...] »

 

Les mots sont forts, insultants, outranciers. Cela correspond aux éléments de langage du militantisme qui, à la fois, s'estime assiégé dans son bon droit allégué de dénonciation et de critique sans réserve et dans sa mission quasi divine de sauver le monde d'une forme d'agriculture honnie.

 

L'auteur joue aussi de la corde sensible, de l'émotion avec cette posture. Grand dieux ! Ceux qui « s'inquiètent publiquement » – pas plus, juste s'inquiètent – sont « criminalisés » !

 

C'est outrancièrement faux. Il n'y a ni privatisation, ni criminalisation.

 

 

Les gendarmes au service d'un agriculteur ?

 

Instrumentalisant un autre fait divers impliquant une journaliste et un agriculteur qui aura fait appel à la gendarmerie (fait divers allégué dont M. Stéphane Foucart ne rapporte, comme d'autres journalistes, que la version de la journaliste), l'auteur tente d'accréditer la thèse selon laquelle la presse est aussi muselée.

 

En conclusion :

 

« Au-delà de la question de savoir si une journaliste peut enregistrer une discussion un peu vive sans avoir recueilli l'assentiment exprès d'un interlocuteur (dont elle ignore l'identité), il est surprenant qu'une équipe de gendarmerie puisse être aussi facilement mobilisable, en soirée, pour une tâche aussi délicate que la suppression des enregistrements d'une journaliste étrangère. Celle-ci n'en revient toujours pas. "Tout s'est passé comme si les gendarmes étaient au service de l'agriculteur", raconte-t-elle au Monde. Ne l'étaient-ils pas, en réalité ? [...] »

 

Voilà une manière subtile de convaincre les lecteurs de l'instrumentalisation (alléguée) de la gendarmerie : ce n'est pas le Monde ou M. Stéphane Foucart qui le dit, c'est une journaliste anonyme qui le raconte au Monde.

 

Et en conclusion de la conclusion :

 

« En Bretagne, les pouvoirs publics ont laissé s'installer un dangereux sentiment de toute-puissance et d'impunité. »

 

Encore une fois, l'accusation est gravissime. En tout cas indigne du Monde.

 

Le monde des médias regorge d'articles en soutien de journalistes de la région Bretagne qui se disent – à tort ou à raison – victimes d'intimidations et d'entraves dans l'exercice de leur métier qui seraient, implicitement voire explicitement, le fait de l'industrie agro-alimentaire. Le Monde vient d'ajouter explicitement l'accusation de complicité des pouvoirs publics.

 

C'est indigne.

 

 

Post scriptum

 

À écouter les journalistes militants, l'agriculture et l'industrie agroalimentaire bretonnes se livreraient à des exactions pour intimider certains journalistes.

 

On peut observer un phénomène inverse. Le dernier exemple en date (avant le prochain) est un article d'Europe 1, « Morgan Large, journaliste d'investigation : "J'ai peur qu'on mette le feu à ma maison" ».

 

C'est une manière – compte tenu de la teneur de l'article – de jeter le discrédit sur « le monde d'en face ».

 

Voici un extrait de ce qu'Europe 1 rapporte – ou plutôt colporte – complaisamment :

 

« Je commence une autre enquête et j'ai des menaces par téléphone. Je passe un coup de fil à une très grosse coopérative pour faire une interview, on me répond qu'on ne m'a rien commandé, et on refuse de me répondre. Je précise que je dirais qu'ils n'ont pas souhaité s'exprimer. On me répond que, si je fais ça, je serais attaquée en diffamation et que j'aurais des ennuis. Un simple coup de fil peut aboutir à cela. »

 

Une menace de procès en diffamation est-elle vraiment crédible quand l'allégation a priori litigieuse sera que la coopérative n'a pas souhaité répondre ?

 

L'histoire est un peu différente sur Charlie Hebdo, qui n'a pas répugné à titrer : « Les actes de l’agro-industrie deviennent super inquiétants » (c'est la citation d'un propos de Mme Morgan Large).

 

Tout cela ressemble fortement à une stratégie de la tension conférant à un certain journalisme et militantisme une aura – et des moyens de susciter le militantisme « citoyen » – qu'il n'aurait pas dans une atmosphère sereine. La position victimaire... (ter).

 

On peut lire aussi sur Libération « Morgan Large, journaliste victime de malveillance : "On tente d’acheter le silence d’une partie des médias" ».

 

Dans « Une journaliste spécialisée dans l’agriculture menacée en Bretagne », La Croix rapporte qu'une plainte a été déposée, que la Parquet a ouvert une enquête et que Reporters sans Frontières a demandé une protection policière.

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H
Il n'est pas étonnant que ni agro industriels ni agriculteurs n'acceptent de recevoir et de répondre à des journalistes, au vu des manipulations systématiques de l'information.
J'avais gardé de côté cet article, des éleveurs ayant accepté de recevoir des journalistes de France 5 pendant 4 jours, en 2020 un sentiment que tout s'était bien passé avec la presse et au final une séquence de 5 mn à charge contre ces éleveurs trop gentils : https://www.reussir.fr/les-eleveurs-gautier-reagissent-au-documentaire-de-france-5-sur-lagriculture-bretonne
Et c'est juste un exemple parmi tant d'autres...
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