Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le chaos créé lorsque l'infrastructure est bloquée

8 Avril 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Le chaos créé lorsque l'infrastructure est bloquée

 

Tim Keegan*

 

 

 

 

Je sais ce que c'est que de débloquer une grosse machine : nous avons dû utiliser une pelleteuse à chenilles pour tirer une moissonneuse-batteuse hors d'un champ détrempé, et j'ai vu de près comment une petite catastrophe comme celle-ci peut arrêter tout le processus pour les agriculteurs qui veulent récolter.

 

Bien sûr, ce n'est rien comparé à ce qui vient de se passer dans le canal de Suez, où un porte-conteneurs de 400 mètres a bloqué un passage maritime important entre l'Asie et l'Europe pendant près d'une semaine, perturbant le commerce mondial – et rappelant de manière frappante à quel point nous dépendons de réseaux de transport qui sont vraiment très vulnérables.

 

Nous avons tous été fascinés par la saga du navire qui s'est échoué dans le canal de Suez le 23 mars, peut-être en raison de vents violents ou d'une erreur technique, alors qu'il faisait route de la Malaisie vers les Pays-Bas. Lancé il y a moins de trois ans, l'Ever Given est l'un des plus grands porte-conteneurs du monde, avec un poids de plus de 220 000 tonnes.

 

Sa situation difficile a fait l'objet d'un suspense télévisé et la plupart des gens ont pu s'identifier à certains aspects de ce dilemme. Mon esprit s'est tourné vers la mésaventure boueuse de ma ferme. Quiconque a déjà été pris dans un embouteillage sait combien un mauvais goulet d'étranglement peut contrarier les plans de voyage.

 

Cela nous a également rappelé, une fois de plus, la fragilité de nos infrastructures. Environ 13 % du commerce mondial passe par le canal de Suez. Les analystes tentent déjà de calculer les dommages économiques causés par le blocage de la voie navigable, les navires subissant des retards et des réacheminements. Il pourrait falloir des semaines ou des mois pour s'en remettre complètement.

 

En Amérique du Nord, beaucoup d'entre nous ne verront pas directement les effets de l'obstruction, mais nous pourrions les ressentir indirectement, car les prix du transport dans le monde entier augmentent pour tout le monde. Les frais de transport par conteneur s'envolaient bien avant l'accident du canal de Suez, et maintenant ils vont continuer à grimper en flèche alors que l'on s'efforce de vider et de déplacer les conteneurs. Par exemple, cela affectera les produits agricoles qui sont expédiés à l'étranger dans des conteneurs, comme les drêches de distillerie séchées (DDGS), un sous-produit de l'éthanol qui est un aliment pour le bétail riche en protéines.

 

En tant que céréaliers américains, nous avons également nos propres défis à relever. Une grande partie du soja que je cultive dans l'Iowa est destinée à des clients d'autres pays. L'exportation de ces grains nécessite un système d'infrastructures performant, que nous ne pouvons pas nous permettre de considérer comme acquis.

 

L'accès rural au haut débit me relie au reste du monde. Il en va de même pour les routes de gravier sur lesquelles circulent les semi-remorques qui transportent les récoltes de ma ferme. Viennent ensuite les barges sur le fleuve Mississippi, sur lequel 29 écluses et barrages permettent aux cargaisons de flotter vers le sud jusqu'à la Nouvelle-Orléans et le reste du monde – souvent par le canal de Panama, qui est aussi vital pour le Nouveau Monde que le canal de Suez l'est pour l'Ancien.

 

Le canal de Panama a besoin d'être modernisé depuis des années. Pourtant, il y a un problème encore plus important plus près de chez nous. Les écluses et les barrages du fleuve Mississippi sont dans un état de délabrement persistant. Lorsqu'ils ont été construits dans les années 1930, ils étaient censés fonctionner pendant environ 50 ans. Bientôt, ils seront deux fois plus vieux que leur durée de vie initialement prévue.

 

 

 

 

Ils commencent déjà à présenter des avaries. Leur manque de fiabilité nuit à notre économie en permanence. La semaine dernière, un système d'écluses et de barrages dans l'Illinois s'est arrêté lorsque deux barges se sont heurtées à une écluse. J'étais censé envoyer plusieurs semi-remorques de céréales sur le fleuve pour les expédier outre-mer cette semaine, mais je ne peux pas maintenant, car des travaux de construction empêchent les barges de remonter le fleuve. On nous dit qu'il faut s'attendre à un retard de deux ou trois semaines.

 

Comparé au désordre du canal de Suez, c'est un inconvénient minuscule, mais c'est aussi le genre de dysfonctionnement qui est devenu normal, dans une aggravation continue qui ralentit la capacité des agriculteurs américains à être compétitifs et à vendre au reste du monde.

 

La solution consiste à accorder plus d'attention à nos infrastructures. La nouvelle proposition de dépenses de 3.000 milliards de dollars du président Biden comprend environ 1.000 milliards de dollars pour les infrastructures. Il est important pour nous de ne pas oublier ou de négliger les infrastructures de transport telles que les barges et les chemins de fer qui ont permis à ce pays d'arriver là où il est aujourd'hui. Ce n'est peut-être pas nouveau et sexy, mais c'est toujours le moyen le plus efficace de gérer les volumes de marchandises qui traversent ce pays, y entrent et en sortent et dont nous dépendons tous.

 

Je ne sais pas comment cela se terminera ; j'espère simplement que cela n'échouera pas.

 

____________

 

Tim Keegan, agriculteur, Iowa, USA

 

Diplôme en sciences animales de l'État de l'Iowa, maîtrise en nutrition porcine de l'État du Kansas. En 2009, il s'est lancé dans l'agriculture avec sa belle-famille. 1.600 hectares de maïs et de soja ; élevage de 150 vaches/veaux. Utilisation d'une technologie de précision, cartographie des zones, échantillonnage en grille, pour mieux appliquer les semences, les engrais et les produits chimiques. A investi dans la technologie solaire.

 

Source : The Chaos Created When Infrastructure Gets Stuck – Global Farmer Network

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Paul Aubrin 08/04/2021 09:05

Un autre type de réseau vital pour la population est en train d'être mis à mal par les idéologues de l'écologie politique. Il s'agit du réseau électrique dont les marges de sécurité sont rognées année après année pour satisfaire les tenants d'une "transition énergétique" complètement délirante. Le jour où il s'effondrera, mettant en panne des pans entiers de la société, il faudra des années et des dépenses considérables (quoi qu'il en coûte) pour le remettre en fonctionnement.
Et ne parlons pas du net zéro carbone pour 2050.

Maître Folace 08/04/2021 11:46

Ce matin il a fait froid, pas de vent sur la France, on a importé jusqu'à 12200 MW à des tarifs prohibitifs (99€ le MWh en Allemagne, 81 le MWh en Espagne, soit plus de 1M€ par heure) heureusement il y a du vent sur l'Allemagne et ils mobilisent 16 GW de charbon.