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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Il ne s'agit pas d'opposer le bio au conventionnel, mais de blâmer un sous-ensemble subversif

18 Avril 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Il ne s'agit pas d'opposer le bio au conventionnel, mais de blâmer un sous-ensemble subversif

 

Ryan Tipps, directeur de la rédaction, AGDAILY*

 

 

Image : rzoze19, Shutterstock

 

 

À entendre les médias grand public ou certains organismes à but non lucratif en parler, on pourrait croire qu'il y a une guerre désespérée et intense pour l'avenir de l'agriculture entre les producteurs « biologiques » et les producteurs « conventionnels ». Les messages relatifs à la santé des sols, à la protection des cultures, à l'utilisation de l'azote, aux méthodes de travail du sol et à la politique environnementale ont tendance à alimenter ce genre de divisions, et la situation se complique encore lorsque la taille des exploitations est prise en compte (les gens aiment bien faire croire que les grandes exploitations sont une mauvaise chose).

 

Cette rivalité n'est cependant pas représentative de la réalité. Il y a trop de chevauchements fonctionnels pour que les graines de la méchanceté soient plantées. Par exemple, ces dernières années, les producteurs conventionnels ont davantage adopté les pratiques de culture de couverture utilisées depuis longtemps par les producteurs biologiques, tandis que ces derniers pratiquent davantage le semis direct, comme l'ont fait les producteurs conventionnels. Et il n'est pas rare de trouver un producteur « conventionnel » à grande échelle qui cultive une partie importante de ses terres sur le mode biologique.

 

Alors pourquoi cette agitation ?

 

Les agriculteurs d'aujourd'hui ne sont pas des travailleurs égoïstes sans éducation et uniquement motivés par la cupidité. Ce sont de véritables intendants de la terre, qui utilisent une grande variété de techniques et d'outils pour définir l'approche la plus efficace pour une culture spécifique sur une parcelle de terre spécifique. Si une culture biotechnologique Roundup Ready donne de bons résultats dans certains cas, le pâturage tournant peut donner de bons résultats ailleurs, ou peut-être est-il temps d'utiliser de l'orge biologique pendant l'hiver. C'est l'agriculture de précision, tant au niveau de la stratégie que de l'application.

 

Pourtant, si l'ensemble des agriculteurs reconnaît cela, il y a un segment de l'industrie qui voit le monde à travers un œilleton beaucoup plus étroit – nous les appellerons les ABOR, les « agriculture biologique ou rien » [OAACOrganic Agriculture at All Costs]. Très différents des producteurs biologiques du monde réel qui, comme les producteurs conventionnels, évaluent ce qui est le mieux pour les besoins de leur exploitation, les ABOR se manifestent par davantage de vigilance vocale sur les réseaux sociaux et œuvrent souvent dans l'ombre d'organismes populaires comme l'Environmental Working Group ou le Cornucopia Institute. Pour eux, il n'y a pas de liberté de choix – si vous n'êtes pas en biologique (ou, plus récemment, en régénérateur), vous êtes automatiquement étiqueté comme un plouc qui détruit les terres et balance du glyphosate. Les ABOR existent là où il n'y a pas de discussion cohérente, seulement de l'idéologie.

 

C'est une tactique que nous, en tant qu'industrie agricole progressiste, devons affronter. Car pendant que nous travaillons, recherchons et cultivons dans nos fermes, les ABOR parlent au milieu du public. Pendant que nous nous rassemblons et collaborons avec de jeunes agriculteurs et des collègues agrariens lors de conventions des Future Farmers of Ameroca (FFA) et de rassemblements de filière, ils s'efforcent de dépeindre nos produits comme « sales ». Pendant que nous obtenons des diplômes en agriculture et que nous apprenons dans les stations expérimentales des land-grants, ils produisent des clips et des documenteurs chocs astucieux, à consommer et à diffuser, pour projeter leur vision du monde aux masses.

 

C'est de la désinformation à l'état pur, et en tant que personne profondément investie dans l'industrie agricole, cela me fait mal au cœur de le voir. Je peux comprendre comment le public s'est attaché à l'idée que l'agriculture est plus divisée qu'elle ne l'est réellement.

 

 

 

 

Lorsque les chercheurs en biotechnologie et les autres partisans des aliments génétiquement modifiés s'opposent aux promoteurs de l'agriculture biologique et à leur décision de ne pas intégrer les semences génétiquement modifiées dans leur boîte à outils, leur frustration n'est souvent pas dirigée vers l'agriculteur biologique moyen (certains, comme nous l'avons dit plus haut, peuvent être aussi des agriculteurs conventionnels) ; elle est dirigée vers les ABOR, qui rejettent des décennies de recherche sur le génie génétique et tentent de faire de cette technologie une marque de honte. Les ABOR travaillent d'arrache-pied pour dénigrer les moyens de subsistance des agriculteurs conventionnels.

 

Les aliments génétiquement modifiés ne sont pas la solution miracle pour le salut de la sécurité alimentaire, et quiconque profère une telle affirmation a tort. Les cultures génétiquement modifiées doivent faire l'objet d'une évaluation critique, au cas par cas, et l'on doit se demander si le résultat est bénéfique pour l'entreprise de recherche, les agriculteurs et la société dans son ensemble. Jusqu'à présent, la plupart des avancées en matière d'OGM ont propulsé notre industrie plus loin que les générations précédentes n'auraient jamais pu l'imaginer, mais cela a été fait avec un examen au cas par cas des données et une structure réglementaire qui soutenait la science.

 

En bref, cela a été fait de la manière exactement opposée à celle dont un ABOR aborde l'alimentation et l'agriculture.

 

La majorité de l'agriculture moderne œuvre pour garder le dialogue ouvert, maintenir l'intégrité de l'observation et de l'expérimentation, et continuer à pousser pour la prochaine évolution de l'agriculture. Les ABOR suscitent un dévoiement de la discussion, et si on les laisse faire, ils vont ruiner nos avenues les plus prometteuses.

 

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Ryan Tipps est le rédacteur en chef d'AGDAILY. Il couvre l'agriculture depuis 2011 et ses écrits ont été récompensés par des organisations agricoles nationales et régionales.

 

Source : It’s not organic vs. conventional -- it’s a subversive subset | AGDAILY

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