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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Accepter le défi carbone du XPrize d'Elon Musk au nom des agriculteurs du monde entier

19 Avril 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie

Accepter le défi carbone du XPrize d'Elon Musk au nom des agriculteurs du monde entier

 

Gabriel Carballal*

 

 

 

 

Le premier XPrize a atteint les étoiles. Et si la solution de la dernière édition se trouvait dans le sol sous nos pieds ?

 

En janvier, l'entrepreneur Elon Musk a promis dans un tweet de donner 100 millions de dollars de la Musk Foundation pour une percée dans la technologie de capture du carbone. Et le mois dernier, il a annoncé son partenariat avec la Xprize Foundation pour offrir le plus grand prix d'encouragement de l'histoire. Ce nouvel effort s'appuie sur le succès des défis précédents, qui ont fourni des récompenses financières dans des concours à grande échelle avec des objectifs mesurables. Le premier XPrize, réalisé en 2004, offrait 10 millions de dollars pour le lancement réussi d'un vaisseau spatial réutilisable avec équipage.

 

L'objectif audacieux de l'XPrize de Musk implique la création d'une technologie capable d'éliminer 10 gigatonnes de carbone de l'atmosphère par an d'ici 2050. Les détails complets devraient être publiés le 22 avril, jour de la Terre.

 

Quel projet pertinent pour les talents de visionnaire de l'homme derrière Tesla, la société de voitures électriques : le changement climatique place le monde face à l'une de ses plus grandes épreuves, et l'XPrize a une capacité extraordinaire à susciter l'ingéniosité humaine.

 

Un agriculteur uruguayen comme moi ne peut cependant pas espérer concourir, du moins pas tout seul. Je loue des terres ici, en Uruguay, pour produire toute une gamme de cultures, comme le blé, l'orge, l'avoine, le canola, le maïs et le soja. Nous élevons également du bétail pour la production de viande.

 

Pourtant, je suis tout aussi préoccupé que Musk par le changement climatique. Au fil des ans, nous avons souffert de la fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes : températures élevées, mauvaises sécheresses, pluies excessives et grêle destructrice. Pour nous protéger de ces événements intenses et « aplanir la courbe », nous nous sommes tournés vers toutes sortes de moyens : polices d'assurance, irrigation, cultures de couverture, rotation des cultures, OGM et technologies de précision.

 

Notre outil le plus important, cependant, est la pratique de l'agriculture sans travail du sol (no till), qui accroît la résilience de notre exploitation et améliore la santé de notre sol en renforçant sa matière organique. Le concept fondamental est clair : nous utilisons nos cultures pour capter le dioxyde de carbone de l'atmosphère et le transférer dans le sol où il est retenu et qu'il enrichit tout en favorisant la croissance des céréales, de l'herbe et des résidus.

 

Nous travaillons dur pour que le carbone reste fixé dans le sol : nous ne retournons pas le sol par le labour traditionnel, une habitude séculaire qui peut libérer du carbone dans l'atmosphère.

 

Lorsque nous avons introduit l'innovation de l'agriculture sans travail du sol dans notre exploitation il y a trente ans, nous ne pensions pas à la manière dont elle contribuerait à la lutte contre le changement climatique. À l'époque, presque personne ne s'inquiétait du changement climatique. Nous avions un objectif différent. Nous voulions simplement augmenter nos rendements et prendre soin du sol avec lequel nous travaillions.

 

Grâce à l'agriculture sans travail du sol, nous avons atteint cet objectif. Combinée à d'autres pratiques et technologies, l'agriculture sans travail du sol préserve la santé de nos sols et nous permet de produire plus de nourriture sur moins de terres, de manière durable, plus que jamais auparavant.

 

Mais nous bénéficions d'un avantage supplémentaire : la capture de carbone de l'agriculture sans travail du sol limite les dégâts du changement climatique.

 

Les fermes sans travail du sol peuvent devenir des usines de séquestration du carbone. Les sols les plus appauvris ont le plus à offrir, car nous pouvons les remettre sur pied après une érosion néfaste, une mauvaise structure et une biologie réduite. Lorsque nous les remettons en état, chaque acre peut récolter environ une tonne de dioxyde de carbone de l'atmosphère par an (2 à 3 tonnes de CO2 par hectare et par an).

 

Au fil du temps, à mesure que la santé du sol s'améliore, ces champs récolteront moins de carbone. Toutefois, je pense que la science et la technologie nous aideront à maintenir ces chiffres magiques en créant des cultures plus efficaces, peut-être grâce à la nouvelle technologie d'édition des gènes. À l'avenir, nous pourrons nous concentrer sur l'efficacité de la récolte de CO2 lorsque nous ferons nos achats de semences.

 

Une seule ferme ne résoudra pas le problème du changement climatique, mais imaginez ce que toutes les fermes du monde pourraient accomplir si elles travaillaient ensemble. Les actions quotidiennes des agriculteurs sont d'une importance unique, et en tant que force collaborative, elles sont une force du bien.

 

L'U.S. Geological Survey estime qu'il y a 1,87 milliards d'hectares de terres actuellement cultivées sur la planète. Moins de 20 % d'entre elles utilisent des pratiques régénératrices, notamment des méthodes de culture sans travail du sol.

 

Cela nous laisse une grande marge de progression. Et la possibilité de séquestrer beaucoup plus de carbone. Pour moi, la chose la plus importante que je puisse faire est de partager cette information, cette histoire, cette idée avec d'autres agriculteurs dans le monde. Quand on voit qu'une partie de la solution se trouve sous nos pieds, c'est à la fois étonnant et gratifiant. Cela peut changer la donne.

 

Dans quelle mesure l'agriculture peut-elle permettre de capturer du carbone ? C'est difficile à dire, car les conditions agricoles varient considérablement d'un endroit à l'autre. Mais nous parlons probablement de gigatonnes.

 

M. Elon Musk, les scientifiques et les ingénieurs qui pilotent le nouveau XPrize ont une occasion incroyable de s'associer et de collaborer avec les agriculteurs pour créer un facteur x gagnant. Et nous gagnerons tous !

 

___________

 

Gabriel Carballal, agriculteur, Uruguay

 

Exploite 5.000 hectares de blé, d'orge, de canola, d'avoine, de semences de graminées, de soja GM, de maïs GM et de sorgho. Élève du bétail sur 3.500 hectares – 1.700 têtes de bœuf de race britannique. Nos 24 employés utilisent les dernières technologies.

 

Source : Accepting the Musk XPRIZE Carbon Challenge on Behalf of the World’s Farmers – Global Farmer Network

 

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