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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Suicides d'agriculteurs : empiler des cadavres pour se faire une tribune dans le Monde

30 Mars 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Suicides d'agriculteurs : empiler des cadavres pour se faire une tribune dans le Monde

 

 

 

 

Il est toujours difficile de parler du drame qu'est le suicide.

 

Mes pensées irons en premier lieu à la mémoire des victimes du dernier geste fatal et à leurs parents et amis.

 

Poursuivons par une sorte de digression.

 

J'ai utilisé cette notion d'empilement de cadavres pour se faire une tribune il y a un peu plus de 20 ans, en septembre 2000 (tempus fugit!). J'étais alors secrétaire général de la Fédération des Associations de Fonctionnaires Internationaux (FICSA selon l'acronyme anglais) et je signai ce jour là le début de la fin d'une aventure qui fut passionnante ; mon ami Bernard, qui était alors président de la FICSA, et moi finiront en effet par claquer la porte et à laisser la fédération à des gens moins ambitieux que nous.

 

Trois agents du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) s'étaient fait lyncher le 5 septembre 2000 d'une manière atroce au Timor Occidental, après l'indépendance du Timor Oriental acquise sous l'égide de l'ONU. Les sphères dirigeantes des Nations Unies avaient cru, à tort et bien naïvement, que le drapeau bleu (et l'armée indonésienne) protégerait ses agents, côté Timor Occidental, contre les rancœurs des Indonésiens rapatriés auxquels ils apportaient de l'aide. Et une série de couacs avait fait que Samson Aregaheyen (Éthiopie), Carlos Casaeres (États-Unis d'Amérique) et Peril Simundze (Croatie) ont attendu, en même temps, les instructions de leur hiérarchie et une mort certaine.

 

À Genève fut organisée quelque temps après une manifestation-recueillement qui se devait d'être digne. Mais un des représentants du personnel de l'ONU, qui avait manœuvré pour se faire inscrire comme orateur, en avait profité pour faire sa campagne électorale. Je le lui ai reproché, courtoisement mais fermement. D'aucuns m'en tinrent rigueur !

 

Ce triste événement – la mort de trois collègues, pas le dérapage de gens de peu – eut une suite. Nous avions beaucoup travaillé pour obtenir une rencontre avec le Conseil de Sécurité pour lui demander de renforcer la sécurité des agents du système des Nations Unies sur le terrain.

 

Pour une raison que nous est toujours restée mystérieuse, M. Kofi Annan fit son possible pour l'empêcher, mais l'entregent de notre collègue Anne Marie Pinou, le soutien dans la durée de l'ambassadrice de la Jamaïque Patricia Durrant et l'initiative conjointe des ambassadeurs du Bangladesh Anwarul Karim Chowdhury (qui assurait la présidence du Conseil) et des États-Unis d'Amérique James B. Cunningham furent plus forts.

 

Nous eûmes satisfaction sur les deux volets.

 

Le 29 mai 2001, j'eus ainsi le privilège de rencontrer les membres du Conseil de Sécurité avec une petite délégation de collègues, pas dans la salle ronde que vous voyez habituellement dans les informations, mais dans une salle du sous-sol des Nations Unies. Le plus important était cependant le renforcement des mesures de sécurité pour le personnel des Nations Unies.

 

Cela n'a pas empêché le terrible attentat-suicide de Bagdad dans lequel devait notamment périr Sérgio Vieira de Mello, qui fut auparavant administrateur des Nations Unies au Timor oriental de 1999 à 2002.

 

Je n'aurais jamais pensé qu'un jour, je réutiliserais cette formule.

 

Il faut pourtant le faire à la lecture de « Prétendre défendre les agriculteurs dans les discours, tout en menant une politique qui les accule à la mort, est criminel » (c'est une citation) de MM. Jean-François Bouchevreau, président de Solidarité Paysans et Marc Crépon, philosophe.

 

En chapô :

 

« Chaque jour, un agriculteur se suicide en France. Dénonçant l’impasse du modèle de développement agricole industriel, Jean-François Bouchevreau, président de Solidarité Paysans, et le philosophe Marc Crépon, appellent, dans une tribune au "Monde", à agir sur les causes. »

 

Point n'est besoin d'aller bien plus loin – sauf à vouloir détailler une prose nauséabonde : faisant fi de la complexité du problème et des mesures, certes insuffisantes, déjà prises, en chantier ou proposées dans le cadre de travaux législatifs –, les deux auteurs déroulent un plaidoyer pour la promotion du « modèle » agricole que l'on peut qualifier de « de la Confédération Paysanne » et de la mouvance « altermondialiste ».

 

Mais faisons-le quand même avec une citation :

 

« Prétendre défendre une profession dans les discours tout en menant une politique qui les accule à la mort est tout simplement criminel. Il faut en finir avec le modèle industriel. Un autre type de développement agricole est possible, basé sur davantage d’autonomie, de partage, plus respectueux des hommes et des femmes et de l’environnement : les associations du pôle InPACT (initiatives pour une agriculture citoyenne et territoriale) y travaillent avec constance et détermination. »

 

Oui, voilà des gens qui ont empilé des cadavres pour se faire une tribune dans le Monde.

 

D'indignes émules de Vandana Shiva.

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