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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Raconter une histoire : une nouvelle approche de la communication scientifique

27 Mars 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique

Raconter une histoire : une nouvelle approche de la communication scientifique

 

John Agaba*

 

 

 

 

Beaucoup d'Africains ne comprennent toujours pas les scientifiques, ni ce qu'ils font. Les scientifiques sont largement considérés comme distants et détachés – une perception erronée qui a eu un impact négatif sur les attitudes de la société envers les innovations scientifiques sur le continent.

 

Aujourd'hui, Science Stories Africa comble ce fossé entre les scientifiques et les gens ordinaires. En donnant aux scientifiques la possibilité de sortir de leurs laboratoires et d'entrer dans des théâtres pour partager les histoires de leurs vies personnelles et de leurs expériences de recherche, l'initiative change progressivement la vision sociétale des scientifiques et de leurs innovations en matière de recherche.

 

« Les histoires parlent des gens et la science est faite par des gens », a déclaré Patricia Nanteza, directrice associée de Science Stories Africa et directrice associée de la formation pour l'Alliance Cornell pour la Science. « Lorsque les scientifiques racontent ce qui les motive à faire ce qu'ils font, les raisons qui les poussent à le faire, les défis et les revers qu'ils traversent avant de proposer des innovations révolutionnaires, alors la société peut s'identifier à eux et commencer à les regarder, eux et leurs recherches, différemment. »

 

En d'autres termes, Science Stories Africa parle des gens – de leurs luttes, de leurs joies et de leurs triomphes lorsqu'ils naviguent dans le monde de la recherche scientifique.

 

Mme Nanteza et son programme forment les scientifiques à parler de leur vie et de leurs recherches/résultats sous forme d'histoires simplifiées qui peuvent être facilement comprises et appréciées par les non-scientifiques. Ils sont ensuite encouragés à partager leurs expériences avec le public dans une présentation théâtrale ou vidéo.

 

« Le programme offre une plate-forme aux scientifiques africains pour qu'ils racontent comment la technologie offre des solutions aux défis africains », a déclaré Isaac Ongu, directeur exécutif de la Science Foundation for Livelihoods and Development.

 

 

Comment cela a commencé

 

« En tant que communicatrice scientifique, je me suis battue avec la question du changement de comportement », a déclaré Mme Nanteza. « Comment se fait-il qu'il existe en Afrique de nombreuses innovations qui changent la vie des Africains, mais que leur adoption et leur appréciation sont faibles ? C'est particulièrement vrai dans la conversation sur les OGM, où les gens disent qu'ils ne veulent pas d'OGM ; mais quand on leur explique le concept, ils réalisent qu'ils n'ont aucun problème avec le génie génétique et ses produits. Il m'est alors apparu qu'il fallait sensibiliser davantage les gens, mais d'une manière qui rende la science à la fois amusante et accessible, c'est-à-dire en leur racontant des histoires. »

 

Mme Nanteza a donc engagé des scientifiques qu'elle connaissait aux Laboratoires Nationaux de Recherche Agricole (NARL) et à l'Université de Makerere en Ouganda, leur présentant le concept de la narration et la manière dont il pourrait améliorer la perception de la science par le public dans le pays et sur le continent.

 

Les scientifiques ont été réceptifs à son idée, ce qui signifie qu'elle a ensuite dû la traduire d'un concept à la réalité.

 

Elle a organisé le premier événement en direct de Science Stories Africa au Théâtre national de Kampala en juin 2019. Des scientifiques de renom, dont le Dr Priver Namanya, un biotechnologiste des NARL, et Alphonse Candia, un ingénieur du Centre de Ressources en Mécanisation du Ministère de l'Agriculture à Namalere, ont raconté leurs « hauts et leurs bas » dans la recherche.

 

« C'était un grand succès », a déclaré Mme Nanteza. « Plus de 200 personnes étaient présentes dans la salle de spectacle. Elles écoutaient attentivement les scientifiques. C'était gratifiant, toute l'expérience. »

 

Mme Nanteza savait alors qu'elle devait former davantage de scientifiques à raconter leur histoire de manière simple et engageante, compréhensible pour le grand public. Elle a commencé à organiser les éditions suivantes pour changer la perception du public sur les scientifiques et leurs recherches.

 

Mais la pandémie de Covid-19 a frappé, entraînant l'annulation d'un événement qu'elle avait prévu d'organiser au Nigeria au début de 2020. Comme la pandémie se poursuivait, elle est passée à un format en ligne à la fin de l'année dernière.

 

 

Parmi les participants à l'événement en ligne figurait le Dr Misaki Wayengera, qui a fait la chronique de ses « succès et échecs et réussites » lors de la mise au point d'un kit de diagnostic pour le virus Ebola qu'il a développé en 2017.

 

« L'un des moments les plus dévastateurs pour un scientifique est lorsque vos expériences ne fonctionnent pas comme vous l'aviez prévu », a expliqué M. Wayengera. « Chaque fois que vous voulez vous endormir, vous ne pouvez pas. Vous n'arrêtez pas de penser à ce qui aurait pu mal tourner... pourquoi vos tests ne fonctionnent pas. »

 

D'un autre côté, les scientifiques trouvent particulièrement gratifiant que leurs expériences fonctionnent comme ils l'avaient prévu.

 

« Il est très difficile d'expliquer les émotions à d'autres personnes, mais c'est une chose tellement gratifiante – surtout quand vous avez essayé pendant longtemps », a déclaré M. Wayengera.

 

Il a appelé les gouvernements africains à « investir dans la science ».

 

« Les maladies infectieuses restent un grand défi en Afrique et dans la région », a déclaré M. Wayengera. « Nous devons investir dans la science et dans ces technologies [de génie génétique] pour trouver des solutions à nos problèmes. »

 

Leena Tripathi, scientifique principale en biotechnologie végétale à l'Institut International d'Agriculture Tropicale (IITA) au Kenya, a raconté avec passion comment, en 2004, elle s'est lancée dans la recherche pour donner aux agriculteurs une variété de bananier résistant à la flétrissure bactérienne. Mais 16 ans plus tard, les agriculteurs n'ont toujours pas accès à ces variétés améliorées « parce que nous n'avons pas de loi qui régit l'utilisation du génie génétique ici ».

 

« Certaines personnes hésitent quand on parle de ces variétés améliorées », a poursuivi Mme Tripathi. « Mais ces variétés sont sans danger. L'édition du génome permet aux scientifiques d'apporter des modifications spécifiques à l'ADN d'un organisme particulier. Nous avons utilisé CRISPR Cas9 pour désactiver le flétrissement de la banane. Les [bananiers améliorés] sont exactement les mêmes, sauf qu'ils ne sont pas atteints par la flétrissure. »

 

Pamela Paparu a raconté comment elle a été encouragée à commencer ses recherches pour donner aux petits agriculteurs de meilleures variétés de haricots résistantes à la pourriture des racines après avoir vu des plantes de haricots dépérir.

 

« Ces histoires nous montrent que les scientifiques sont des êtres humains », a déclaré Mme Nanteza. « Ecouter leurs histoires nous fait apprécier la science et ce qu'elle peut faire pour transformer nos sociétés. »

 

Mettre Science Stories Africa en ligne a créé une expérience différente pour Mme Nanteza et les scientifiques.

 

« Nous avons dû former des scientifiques à raconter leurs histoires dans un théâtre vide tout en faisant comme s'il y avait un public », a-t-elle déclaré. « Cette interaction de contact avec le public nous a manqué ».

 

Mais cela a payé en leur permettant de toucher plus de gens – [bientôt 1.000 à l'heure où je traduis]. Aujourd'hui, Mme Nanteza prévoit un deuxième événement en ligne.

 

« Nous célébrons la science africaine » a-t-elle déclaré.

 

_____________

 

* Source : Story telling: A new approach to science communications - Alliance for Science (cornell.edu)

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