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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Quand France 2 contribue au dénigrement collectif de la Haute Valeur Environnementale

7 Mars 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

Quand France 2 contribue au dénigrement collectif de la Haute Valeur Environnementale

 

 

 

Il faut une longue introduction pour la mise en perspective.

 

 

Le dénigrement collectif de la filière viticole a été condamné en première instance

 

Jeudi 25 février 2021, le tribunal de Libourne a condamné solidairement Mme Valérie Murat et son association militante Alerte aux toxiques, pour « dénigrement collectif » de la filière viticole, à payer 100.000 euros de dommages et intérêts au Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB), ainsi que 25.003 euros à d’autres plaignants du monde du vin. Il lui/leur est également enjoint de supprimer des documents présents sur les site internet, Facebook et Twitter dans un délai de 15 jours, sous peine d’une astreinte de 500 euros par jour.

 

Mme Valérie Murat avait violemment attaqué le label Haute Valeur Environnementale, devenu une épine dans le pied de la galaxie du « bio », en particulier dans la filière viticole où il offre un itinéraire technique raisonnable pour progresser dans la voie de la bienséance environnementale.

 

Elle avait fait analyser des vins et avait communiqué sur la présence de résidus de pesticides. Dans « Valérie Murat condamnée à 125 000 € pour dénigrement des vins de Bordeaux », Vitisphère cite du jugement :

 

« […] il ressort de l'étude de l'article contesté que les vins analysés y sont classés en fonction du nombre de substances dangereuses ou toxiques constatées [...] or, à aucun moment l'AAT et Madame Murat n'ont décrypté et analysé les chiffres qu'ils ont indiqués, malgré les commentaires du rapport d'analyse diligenté. […] il est manifeste que l'AAT et Madame Murat, rédactrice du rapport, ont fait le choix d'une communication volontairement anxiogène, sans aucune explication sur le mode de dangerosité d'une substance, ni sur les taux constatés. […] Ces écrits ont été largement diffusés et accompagnés de slogans peu mesurés. Ils constituent sans équivoque un dénigrement fautif. »

 

Comme on pouvait s'y attendre, les résidus étaient présents à l'état de traces (60 à 5.000 fois en dessous des limites maximales de résidus), et cela ressortait clairement du rapport qu'avaient fait les Laboratoires Dubernet. Ceux-ci avaient réagi avec fermeté contre l'utilisation abusive de leurs résultats – voir sur ce site : « Le label "haute valeur environnementale" fait de l'ombre au "bio" ? Diffamons-le ! »

 

 

Est-ce de l'« information » d'un « journal télévisé » ?

 

Or donc, le samedi 27 février 2021, France 2 présente au journal de 20 heures une séquence reprise sur Internet sous le titre : « Agriculture : à quoi correspond vraiment le label Haute valeur environnementale ? »

 

En chapô :

 

« Créé en 2013, le label Haute valeur environnementale a pour but de distinguer les exploitations ayant de bonnes pratiques écologiques. Certaines critiques se font toutefois entendre à son encontre. »

 

Quel lien avec l'actualité ? Si c'est en lien avec le jugement du tribunal de Libourne, alors il faut s'étonner de l'absence de référence à celui-ci...

 

Mais parmi les critiques, il y a... Mme Valérie Murat !

 

Commentaire en voix off – à propos de l'absence d'interdiction de matières actives phytosanitaires spécifiques :

 

« Un souplesse qui attise la colère de Valérie Murat, militante anti-pesticides bordelaise en guerre juridique avec l'interprofession viticole, persiste et signe, le logo Haute Valeur Environnementale entretient volontairement la confusion. »

 

Et voici Mme Valérie Murat :

 

« Ça pourrait laisser croire au consommateur que c'est équivalent au bio, voire mieux que le bio encore. C'est pas le cas puisque dans le label HVE l'autorisation des pesticides les plus dangereux est autorisé. »

 

 

 

La « preuve » par quatre bouteilles !

 

La séquence se poursuit par une comparaison entre deux bouteilles labellisées bio et deux bouteilles labellisées HVE, avec une analyse des résidus par les... Laboratoires Dubernet.

 

On fait commenter les résultats – des résidus trouvés dans une des bouteilles HVE – par M. Robert Barouki, biochimiste et toxicologue à l'Université Paris Descartes (dont le nom est du reste estropié dans la séquence).

 

Et que fait M. Robert Barouki ?

 

Exactement ce qu'a fait Mme Valérie Murat ! Gloser sur la dangerosité d'une substance sans considération aucune pour les niveaux de résidus, infimes. Pour reprendre les termes du jugement, il a

 

« fait le choix d'une communication volontairement anxiogène, sans aucune explication sur le mode de dangerosité d'une substance, ni sur les taux constatés. »

 

 

 

 

Des traces infimes

 

Si nous avons bien lu, on aurait trouvé 0,0013 mg de thiamétoxame par litre de vin. La limite maximale de résidus pour les raisins de cuve est de 0,4 mg/kg. Ne tenons pas compte de la différence d'unités et du rendement en vin : on est à 0,325 % de la LMR.

 

Et M. Robert Barouki pontifie sur la dangerosité du thiaméthoxame et des néonicotinoïdes en général, en particulier pour les pollinisateurs ! C'est d'autant plus indécent et scandaleux que le thiaméthoxame est interdit depuis le 1er septembre 2018 en France.

 

On fait donc du dénigrement de la HVE sur France 2 avec un argument obsolète, en plus d'être ridicule.

 

Car si on veut faire le procès de la HVE par rapport au «vertueux » bio, il faut comparer les effets environnementauc des produits de protection des plantes utilisés par les uns et les autres. Et il n'est pas sûr que le produit de synthèse utilisable en HVE soit plus préoccupant que le produit dit « naturel » utilisable et utilisé en bio.

 

Le fosétyl, mentionné comme un organo-phosphoré par M. Robert Barouki, est à 0,04 mg/L. La LMR est à 100 mg/kg. On est ainsi à 0,04 % de la LMR ! Là aussi, c'est une communication outrancièrement dénigrante.

 

C'est une faute professionnelle grave.

 

France 2 prendra certes la précaution de préciser que

 

« les teneurs relevées restent bien en dessous des limites autorisées [...] »

 

Mais alors pourquoi avoir produit une séquence anxiogène ?

 

 

Où sont les doses et les comparateurs?

 

 

Quel objectif, France 2 ?

 

Soutien à Mme Valérie Murat ?

 

Quant à France 2, on peut se demander s'ils sont tout simplement bêtes à manger du foin ou s'ils ont consciemment produit cette séquence en soutien discret de Mme Valérie Murat et d'Alerte aux Toxiques, et en protestation contre une décision judiciaire pourtant solidement motivée.

 

Discret ? Peut-être pas ! Comment interpréter : « […] Valérie Murat, militante anti-pesticides bordelaise en guerre juridique avec l'interprofession viticole, persiste et signe », de la voix off ?

 

 

Soutien à l'activisme anti-HVE de certains milieux du bio ?

 

Ou encore en soutien appuyé à l'activisme anti-HVE des milieux du bio.

 

La précision sur les niveaux de résidus en dessous des limites autorisées, c'était juste pour introduire la question de la compatibilité avec la mention « bon pour l'environnement ».

 

Petit exercice de « He said, she said ».

 

On recueille l'avis du représentant du « syndicat majoritaire partisan du label », qui apporte une réponse nuancée. Malheur ! L'honnêteté ne paie pas ! Car cela est implicitement porté au débit de la HVE... puisqu'elle peut faire mieux.

 

La parole finale – celle que l'on retient – est donnée à M. Dominique Techer, viticulteur bio et porte-parole de la Confédération Paysanne de Gironde, qui dénonce la HVE comme une « supercherie », et considère que la décision du gouvernement d'accorder des crédits d'impôts à la HVE est une mesure

 

« dégueulasse parce que ça va siphonner les aides qui auraient pu aller sur le développement de l'agriculture bio [...] »

 

Argument un peu beaucoup crétin : le crédit d'impôts qui va à l'un ne porte pas préjudice au crédit d'impôts qui peut aller à l'autre. Enfin, c'est la Conf'... le seul « syndicat » que je connaisse qui prétend défendre les intérêts de ses membres en portant préjudice aux intérêts des autres acteurs de la profession.

 

Et, pour France 2, l'information consiste à diffuser des fadaises... surtout si elles sont dans une ligne éditoriale partisane de plus en plus clairement affichée... Au point de produire un « Intraitable » qui est une sorte d'éloge à la délinquance et la mise en danger des vignes d'autrui.

 

Une ligne qui, dans ce cas précis, relève de l'appui au dénigrement de la filière HVE.

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T
L’autre question est : qui est l’auteur de cet article qui met en doute le travail des journalistes et continue à discréditer la Presse ?
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M
Il faudrait aussi condamner les médias qui continue à la défendre.
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M
La condamnation ? Aucune importance, le mal est fait et le message est passé : le label HVE est douteux.
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose.
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