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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« e = m6 Spécial agriculture » : vite, un Saint-Office, un tribunal de l'Inquisition pour assurer l'exclusivité à la « science écologiste »

28 Mars 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme

« e = m6 Spécial agriculture » : vite, un Saint-Office, un tribunal de l'Inquisition pour assurer l'exclusivité à la « science écologiste »

 

À propos d'une tribune dans le Monde

 

 

(Source)

 

 

L'émission « e = m6 Spécial agriculture : le secret de nos aliments » de M. Olivier Lesgourgues, alias Mac Lesggy, et de son compère Serge Zaka diffusée le 1er mars 2021 par M6 aura été un révélateur de bien des turpitudes.

 

Non, pas dans l'émission ni dans son contenu, mais dans les réactions outrées et outrancières.

 

 

Une tribune « anti » d'une coterie dans le Monde

 

Le Monde a réussi à publier le 16 mars 2021 (date sur la toile) une tribune intitulée « La recherche publique doit se mobiliser pour se prémunir de l’instrumentalisation du doute scientifique » (c'est une citation du texte).

 

En chapo :

 

« Un collectif de chercheurs et de scientifiques appelle les pouvoirs publics, dans une tribune au "Monde", à être plus vigilants face aux lobbys, après la diffusion, à la télévision, de programmes proposant une vision "simpliste et trompeuse" d’enjeux environnementaux. »

 

Arrêtons-nous un instant sur le titre : what does it mean? La recherche publique – la recherche privée étant exclue du propos et de l'important appel... – se mobilise... pour « se prémunir » – prémunir elle-même – de quelque chose ? Non, ce n'est pas du tout de cela qu'il s'agit.

 

Selon le chapô, ce sont « les pouvoirs publics », et non plus la recherche publique, qui sont interpellés. Ils doivent être « plus vigilants »... was soll das bedeuten? Dans le viseur : les « lobbys » et un domaine somme toute très étroit, les « enjeux environnementaux ».

 

Le chapô résume plutôt bien la « pensée » d'une petite coterie de militants dont les noms méritent de passer à la postérité pour leur approche de la liberté de penser, de la liberté d'expression, et de la liberté d'agir (dans les limites fixées par la loi et, de préférence, le savoir vivre) :

 

  • Christine Argillier, écologue (Institut National de la Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'EnvironnementINRAE)

  • Fabienne Barataud, géographe (INRAE)

  • Cécile Barraud, géographe (INRAE)

  • Sébastien Barot, écologue (Institut de Recherche pour le DéveloppementIRD)

  • Marc Benoît, agronome (INRAE)

  • Floriane Clément géographe (INRAE)

  • Marc Deconchat, écologue des paysages (INRAE)

  • François Dedieu, sociologue (INRAE)

  • Marion Desquilbet, économiste (INRAE)

  • Michel Duru, agronome (INRAE)

  • Eve Fouilleux, politiste (Centre National de la Recherche Scientifique – CNRS)

  • Laurence Gaume, écologue (CNRS)

  • Isabelle Goldringer, généticienne des populations (INRAE)

  • Pierre-Henri Gouyon, biologiste (Muséum National d'Histoire Naturelle – MNHN)

  • Laurence Huc, toxicologue (INRAE)

  • Jean-François Humbert, écologue (INRAE)

  • Etienne-Pascal Journet, agronome (CNRS)

  • Claire Lamine, sociologue (INRAE)

  • Sylvaine Lemeilleur, économiste (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement – CIRAD)

  • Danièle Magda, écologue (INRAE)

  • Olivier De Schutter, professeur à l'Université Catholique de Louvain (Belgique) et ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation

  • Clélia Sirami, écologue (INRAE)

  • Annie Théhaud-Mony, sociologue (Institut National de la santé et de la Recherche Médicale – Inserm)

  • Sylvie Vanpeene, écologue (INRAE)

  • Aude Vialatte, agroécologue (INRAE)

  • Florence Volaire, écophysiologiste (INRAE).

 

Vingt-sept signataires... 18 INRAE (ce qui peut en dire long sur la déliquescence de l'Institut)... 9 écologues... 3 sociologues... tout de même trois agronomes...

 

Pierre-Henri Gouyon, accessoirement membre du conseil scientifique du CRIIGEN... Olivier De Schutter, qui fut membre du comité d'organisation de la mascarade du « Tribunal International Monsanto »...

 

Neuf signataires d'une lettre envoyée en décembre 2013 au PDG de l'INRA pour lui demander de retirer le volume I du rapport « Vers des agricultures à hautes performances – Analyse des performances de l’agriculture biologique », pas assez favorable à leur goût à l'AB, et de soutenir « la mise en place d'une expertise scientifique collective sur l'agriculture biologique réunissant toutes les compétences et toutes les sensibilités nécessaires à un tel exercice » (nombreux liens ici – liste des signataires ici).

 

Pour « toutes les sensibilités nécessaires », il faut sans doute interpréter « sauf les mal-pensantes » selon la tribune analysée ici. Et « toutes les sensibilités », n'est-ce pas préconiser une « science post-moderne » dans laquelle toutes les opinions (et « sensibilités ») se valent ?

 

 

(Source)

 

 

En ligne de mire : « e = m6 » et les contributions d'agents de l'INRAE

 

La tribune est évidemment adossée à un événement : la diffusion d'un programme à la télévision.

 

Ce n'est bien sûr pas « Intraitable », le téléfilm diffusé par France 2 le 1er mars. Inspiré par le viticulteur bourguignon Emmanuel Giboulot, il proposait pourtant « une vision "simpliste et trompeuse" d’enjeux environnementaux », en l'occurrence la lutte contre la flavescence dorée et l'impact des insecticides devant être déployés dans le contrôle des cicadelles.

 

Non, il s'agit d'« e = m6 Spécial agriculture : le secret de nos aliments ».

 

La mise en route est laborieuse :

 

« La science est fréquemment invoquée pour éclairer le débat public sur des enjeux de société, notamment ceux liés à l’agriculture, à l’alimentation et à l’environnement. Sur ces sujets, nombre des résultats académiques récents mettent en évidence la nécessité de transitions radicales pour répondre à des défis environnementaux, énergétiques, agronomiques, sanitaires, sociaux et de bien-être animal pressants et interreliés. »

 

« La science est fréquemment invoquée... » ? L'adverbe est probablement un lapsus calami. Les auteurs n'ont sans doute pas voulu inférer qu'il y a des cas où la science est mise à l'écart. C'est là, pour partie, de l'ironie car ces gens prônent, en définitive, la mise à l'écart de la science quand elle n'est pas « bonne » à leurs yeux.

 

Mais voilà, il y a :

 

« ...de multiples résistances d’acteurs diversifiés, dont certains scientifiques. »

 

Un petit tour par les travaux de sociologie, « le documentaire La Fabrique de l’ignorance, récemment diffusé sur Arte » (piloté par M. Stéphane Foucart, quelle référence...), la fabrique de – quoi donc précisément ? Mensonge ? Doute ? Ignorance, la nouvelle trouvaille sémantique ? – pour « le tabac, les pesticides, les OGM, le dérèglement climatique, le déclin des abeilles ou certains cancers environnementaux ou professionnels », et on entre dans le vif :

 

« Il suffit de constater comment l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) a mis en avant dans sa communication des émissions télévisées qui présentent toutes les caractéristiques des dispositifs de fabrique de l’ignorance. »

 

La phrase est mystérieuse mais se précise après l'intertitre « Omissions et biais » :

 

« L’émission récente "E = M6" sur l’agriculture en fournit un bel exemple. »

 

 

De quoi donc, précisément, l'INRAE est-elle coupable ?

 

Quel est donc le péché de l'INRAE en matière de communication ? Le « Replay E=M6 - Les secrets de nos aliments » du centre de Clermont-Ferrand qui se borne essentiellement à donner le lien ? Le « Du Salon à la Semaine de l'Agriculture 2021 » qui énumère quelques émissions – dont « e = m6 » – et nous invite à suivre l'INRAE en ligne et dans les médias ? Pour « e = m6 », cet article fournit des liens devenus non fonctionnels pour les interventions de chercheurs de l'INRAE dans l'émission ainsi que des liens vers des articles.

 

Nous n'avons vu rien d'autre. C'est fort mince pour étayer un réquisitoire qui, de manière classique dans les procès politiques, occulte ou cherche à cacher les véritables motivations : ici, l'ire a été provoquée par la participation des chercheurs de l'INRAE à l'émission et leurs contributions – du reste parfaitement étayées sur le plan scientifique – aux démonstrations.

 

Et là se dessine déjà l'incroyable positionnement des signataires de la tribune en faveur d'une dictature orwellienne.

 

Il faut que les chercheurs de l'INRAE s'abstiennent – ou qu'on leur interdise – de participer à une émission et de dire par exemple que les œufs ont la même valeur nutritionnelle quel que soit le mode de production.

 

 

Une critique d'« e = m6 » délirante

 

Passons rapidement sur la critique d'« e = m6 ». Elle s'ouvre par un ad hominem :

 

« Le présentateur, ingénieur agronome de formation, est président d’une société de production qui a pour clients de grands industriels de l’agroalimentaire. »

 

Mac Lesggy a répondu au catalogue des choses qui sont la marotte des signataires de la tribune et qui ont été selon eux soit omises, soit mal présentées.

 

 

(Source et source)

 

 

Ce catalogue se clôt par un nouvel assaut d'intolérance :

 

« De telles approches, ne retenant que certaines dimensions, ne sont pas acceptables. »

 

 

« C'est bon à savoir » et l'ostracisme envers les activités économiques

 

La participation de la recherche publique dans « C'est bon à savoir », diffusée sur France 3, est également vilipendée. Pensez donc ! Ces courtes séquences sont – seraient – sponsorisées par APRIFEL, « organisme de défense des intérêts des producteurs de fruits et légumes ».

 

La réalité est un peu, un peu beaucoup, différente. Elle ressort déjà de la dénomination complète de l'organisme : l'Agence pour la Recherche et l’Information en Fruits et Légumes a une gouvernance tripartite avec un conseil d’administration, un conseil scientifique et un conseil consommateurs.

 

Mais « C'est bon à savoir » a, semble-t-il, produit une séquence qui ne diffusait pas la « bonne » parole sur les pesticides.

 

 

(Source)

 

 

Ha ! Ha ! Ha ! « Nous défendons une science rigoureuse, exigeante, transparente... »

 

Que retenir de l'envolée finale qui aboutit à un appel à la mobilisation générale ?

 

« …] Nous défendons une science rigoureuse, exigeante, transparente, explicite sur ses incertitudes, favorable à la coconstruction des questionnements et des connaissances, et responsable face aux conséquences de leurs utilisations. Le contexte actuel de transition, qui appelle des priorités de recherche claires et ambitieuses, mais suscite des résistances de la part des porteurs d'intérêts remis en cause, implique de rester ferme sur ces exigences.

 

C'est priorité, sinon exclusivité, aux programmes qui intéressent les signataires (dont certains n'ont aucun conflit d'intérêts (ironie)...) et pour la « coconstruction », c'est dans l'hostilité envers les « porteurs d'intérêts », enfin ceux qui ne sont pas « du bon côté ».

 

La « science écologiste » doit prévaloir sur une autre science que, faute de mieux nous appellerons « capitaliste ».

 

Avec ces gens, ce serait le retour à Trofim Lyssenko, à la « science prolétarienne » contre la « science bourgeoise », fausse par essence.

 

C'est le retour implicitement revendiqué au Saint-Office et à l'Inquisition qui dicteront à l'INRAE et d'autres instituts de recherche publics et leurs personnels ce qu'ils sont autorisés à faire et à dire.

 

Nous aurons bientôt une cancel culture dans les milieux scientifiques.

 

Participer à « e = m6 » ? Compléter la participation par des articles explicatifs laissant une trace durable des informations distillées dans l'émission ? Strengstens verboten !

 

 

En guise de conclusion

 

« On pourra nous mener au bûcher, on pourra nous brûler vifs, mais on ne pourra pas nous faire renoncer à nos convictions. […] renoncer à un fait simplement parce que quelqu’un de haut placé le désire, non, c’est impossible. »

 

Nicolaï I. Vavilov, éminent généticien soviétique, mars 1939, cité par M. Yann Kindo

 

Remplacez « quelqu’un de haut placé » par « une coterie "écologiste" » et vous aurez un mot d'ordre pour les partisans de la rationalité.

 

 

 

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max 29/03/2021 23:26

On peut se demander si il n'y aurait pas de la part de Foucard une certaine jalousie envers Mac Lesggy. Foucard malgré ses Monsanto paper et ses multiple article de soit distante alerte de corruption d'agence sanitaire n'est pas particulièrement connue. Contrairement à Mac Lesggy qui est très connue des Français et surement assez apprécié.

Hbsc Xris 28/03/2021 21:15

Depuis cette émission, je pense que temps de Marc Lesggy à la TV est compté... Qui se souvient aujourd'hui d'un certain Philippe Verdier qui fut M. Météo de France TV. En 2015, sort un livre "Climat investigation". Il n'y contestait même pas le réchauffement mais dénonçait le business du réchauffement et du catastrophisme. Viré sur le champ, il a basculé aux oubliettes.
Combien de gens connaissent Susan Crockford, spécialiste des ours blancs, qui avaient l'outrecuidance de dire que les populations d'ours blancs n'étaient pas en déclin, loin des fables que l'on nous raconte. Virée de son poste d'enseignante adjointe d'une université australienne... On pourrait continuer... Les consensus sont faciles à obtenir dans toutes les sociétés où la liberté d'expression n'existe plus.

max 29/03/2021 13:40

Erwan Seznec dégagé de UFC que choisir parce que ces aticle ne collait pas à la ligne éditoriale EELV et génération futur.
https://erwanseznec.wordpress.com/2016/09/29/eelv-et-la-liberte-de-la-presse/amp/

un physicien 29/03/2021 11:56

La députée LREM Laurence Maillart-Méhaignerie a déclaré irrecevable un amendement demandant d'inclure le nucléaire dans le débat sur la loi climat ...

Albert Amgar 28/03/2021 18:45

Comme le disait Georges Orwell, cité par Bernard Crick dans Georges Orwell, une vie, "Il y a des gens, comme les végétariens et les communistes, avec qui il est impossible de discuter."
Je pense que l'on peut ajouter les sociologues et les écologues ...

MARC FAURE 28/03/2021 17:31

Bonjour, nos "chers" écolos n'aiment pas la vérité ! Seules leurs informations sont vraies et ne supportent pas la moindre critique. Mais, il ne faut, surtout pas, dirent qu'ils sont foncièrement fascistes ! La vérité scientifique leur fait peur, et ruinerait leur fond de commerce.