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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Définition du bio : 50 nuances de vert

29 Mars 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique

Définition du bio : 50 nuances de vert

 

David Zaruk*

 

 

 

 

Lorsque la liste du Risk-monger des « douze salopards », des pesticides utilisés dans l'agriculture biologique a été publiée, j'avais brisé un tabou. Avant cet article de 2015, la plupart des gens supposaient que « biologique » signifiait totalement « sans pesticides ». Aujourd'hui, le mot « bio » est devenu beaucoup plus élastique à mesure que les marchés augmentent, que les nouvelles technologies remettent en question les pratiques de l'agriculture biologique et qu'un public se préoccupe davantage de la nourriture élaborée à des fins précises.

 

Le lobby de l'alimentation biologique a réagi à l'attention portée à son gros mensonge en jouant sur les mots et multipliant les tromperies, affirmant désormais que les aliments biologiques ne sont pas cultivés avec des pesticides « de synthèse » ou que les agriculteurs biologiques n'utilisent pas de « produits chimiques toxiques ». Lorsqu'ils sont confrontés à l'utilisation de certains pesticides biologiques très dangereux, comme le sulfate de cuivre ou l'huile de margousier (neem), ils affirment que les agriculteurs ne sont autorisés à en utiliser que de petites quantités et uniquement en cas de nécessité. Dans certains pays, les agriculteurs biologiques sont également autorisés à utiliser certains pesticides de synthèse (si ceux approuvés par l'agriculture biologique ne sont pas efficaces). Mais il existe des seuils à respecter pour que leurs produits puissent encore être qualifiés de « biologiques ».

 

Pour aggraver la situation, chaque pays a ses propres normes et tolérances quant à ce qui est nécessaire pour obtenir la certification « biologique » et n'est pas très enclin à partager des informations sur ses conditions préalables (qui évoluent assez fréquemment). Les lobbies internationaux de l'alimentation biologique, comme l'IFOAM, ne définissent pas clairement les pratiques acceptables, qu'il s'agisse des pesticides, des semences, des engrais ou des méthodes de culture.

 

Alors, que signifie « biologique » et pour qui ?

 

 

Les traditionalistes

 

De la permaculture à la biodynamie, un agriculteur biologique traditionnel part du principe que la santé du sol est fondamentale ; il cherche des approches permettant de réduire les engrais et d'accroître la biodiversité. Le terme « agriculture régénératrice » a été promu par l'Organic Consumers Association, mais il est désormais adopté par les agriculteurs conventionnels qui pratiquent l'agriculture de conservation (agriculture « sans labour » avec des cultures de couverture complexes gérées avec des herbicides). Bien que la santé du sol soit la principale préoccupation de tous les agriculteurs, de nombreux agriculteurs traditionnels définissent le terme « biologique » uniquement par référence à ce qui est (naturellement) bénéfique pour le sol. « Le sol est source de vie ! »

 

Il y a quelques années, les puristes de l'agriculture biologique ont été scandalisés par le fait que l'USDA a autorisé l'étiquetage d'aliments cultivés en hydroponie (bioponiques). Ceux-ci ne se contentent pas de pousser sans terre ; ils ont tendance à consommer de grandes quantités d'engrais liquides et d'énergie. Si elles permettent d'augmenter les rendements sans recours aux pesticides, les fermes hydroponiques sont aussi, souvent, de grandes exploitations à forte intensité de capital. Bon nombre des nouvelles fermes verticales cochent toutes les cases de l'agriculture durable en milieu urbain, mais elles rebutent également la plupart des traditionalistes de l'agriculture biologique.

 

 

Les technologues

 

Le plus grand échec du mouvement de l'agriculture biologique est peut-être l'occasion manquée d'autoriser plusieurs des nouvelles techniques d'amélioration des plantes pour le développement de semences biologiques. Il y a eu un débat ouvert en 2015 sur les avantages des NBT, jusqu'à ce que les activistes anti-industrie de l'IFOAM, de l'OCA et du Corporate Europe Observatory mettent fin à cette idée. Les jardiniers radicaux du lobby du bio considéraient cela comme des « OGM par la petite porte », non naturels et motivés par les brevets. Bien que j'aie du mal à accepter leur définition d'une graine naturelle, cette discussion a montré comment les partisans de la ligne dure considèrent la technologie simplement comme de la biotechnologie (et indésirable). Cette incapacité à permettre à la science de soutenir la nature a porté un coup fatal à la capacité de l'agriculture biologique à être compétitive et durable.

 

À mesure que la technologie progresse dans des domaines comme l'agriculture de précision et la robotique, les traditionalistes continueront-ils à faire obstacle aux solutions qui aideraient les agriculteurs biologiques à atteindre leurs objectifs tout en gagnant leur vie ? Cette partie (plus jeune) du mouvement devra parler plus fort si elle veut assurer un avenir à l'agriculture biologique.

 

 

Les agro-écologistes

 

Nombreux sont ceux qui, dans le lobby de l'agriculture biologique, se sont ralliés à l'agro-écologie. Bien qu'il existe de nombreuses définitions et normes pour l'agro-écologie (y compris certaines techniques non biologiques), les réactions contre les grandes exploitations intensives, l'implication des entreprises et la mondialisation de la chaîne alimentaire l'ont définie principalement comme un mouvement de justice sociale. L'appel à la justice sociale dans les pays en développement comprend un plaidoyer pour la promotion des pratiques biologiques auprès des petits exploitants et des agriculteurs de subsistance. Étant donné que la plupart des petits exploitants pauvres sont biologiques par défaut, la seule chose que fait le mouvement agro-écologique/organique est de fournir un petit financement et des conseils sans avoir les moyens de sortir les paysans de la pauvreté. L'agro-écologie est ici davantage une idéologie politique de l'agriculture, dont de nombreux militants bien connus comme Vandana Shiva se réclament. Elle ajoute une dimension politique à l'aile radicale de l'agriculture biologique (tout en appauvrissant les paysans).

 

 

Les pionniers

 

Il existe quelques agriculteurs de troisième ou quatrième génération, souvent poussés par les opportunités du marché, qui peuvent se permettre une conversion partielle vers la production biologique à grande échelle, de trouver des méthodes biologiques ou d'innover dans ce domaine tout en développant les meilleures pratiques pour la prochaine génération d'agriculteurs. Ils utilisent les technologies émergentes, combinent les itinéraires techniques et prennent des risques. Les agriculteurs conventionnels regardent par-dessus la haie avec curiosité. Poussés par la curiosité plutôt que par l'idéologie ou les étiquettes, ces pionniers sont le seul espoir pour l'avenir de l'agriculture biologique.

 

 

L'heure du changement

 

Le terme « biologique » n'étant qu'un outil de marketing, sans réelle valeur ajoutée pour la santé des consommateurs ou l'environnement, nous devons repenser la façon dont la production alimentaire est envisagée. Certaines pratiques biologiques sont bénéfiques, mais il existe également des technologies conventionnelles et des substances de synthèse qui permettent d'améliorer les rendements et de protéger l'environnement. Face aux défis auxquels l'agriculture est confrontée, nous avons besoin de pragmatisme et d'ingéniosité, et non d'une idéologie aveugle et sectaire et de campagnes de marketing axées sur la peur. Ma prochaine chronique se penchera sur une alternative à cette polarité bio/conventionnel en présentant un concept appelé « better farming ».

 

_____________

 

David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur Twitter oulapage Facebook de Risk-Monger.

 

Source : Defining Organic: 50 Shades of Green | EuropeanSeed (european-seed.com)

 

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M
Ouest france à produit un article assez anxiogène, juste avant de proposer de voter pour ou contre le retour des néonicotinoïde.
https://www.ouest-france.fr/economie/agriculture/un-tiers-des-terres-agricoles-seraient-a-haut-risque-a-cause-de-la-pollution-aux-pesticides-892b5c20-90b5-11eb-a3b0-806fb89f3cc4
L'article scientifique en question.
https://www.nature.com/articles/s41561-021-00712-5
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D
Article anxiogène à souhait pour finalement pointer les "mauvais élèves" dont ne font partie la France ni pratiquement l'ensemble des pays européens.
Une étude qui englobe toutes les surfaces cultivées du monde, j'avoue que d'emblée, ça me laisse perplexe: la méthodologie doit être hardie et les interprétations, acrobatiques.
Mais, étant donné que les lecteurs n'iront pas au bout de l'article, l'objectif sera atteint: les sols sont fortement pollués = "sols morts".
Ouest France égal à lui même.
M
Le problème du bio est que si il sort de son idéologie, il ne devient qu'une des formes de conventionnel et perd donc au passage son intérêt marketing.
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