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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Bio et cancer : encore une étude « acrobatique » de l'équipe de NutriNet-Santé et un communiqué de presse putaclic, faux dès le titre !

26 Mars 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Santé publique, #Alimentation

Bio et cancer : encore une étude « acrobatique » de l'équipe de NutriNet-Santé et un communiqué de presse putaclic, faux dès le titre !

 

 

(Source)

 

 

L'Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement (INRAE) a publié le 15 mars 2021 un communiqué de presse au titre « conditionnellement » anxiogène, « Certains cocktails de pesticides favoriseraient le risque de cancer du sein chez les femmes ménopausées ».

 

Titre, précisons-le d'emblée, faux ! À supposer qu'on ait mis en évidence un lien de causalité et non une simple « association », ce qui a été trouvé ne concerne qu'une catégorie de femmes, celles en surpoids ou obèses.

 

 

Corrélation n'est pas lien de causalité – à moins de considérer que les gens achètent des voitures japonaises aux USA pour se suicider (source)

 

 

Il s'agit, vous l'aurez deviné, de l'annonce d'une nouvelle publication, en l'occurrence « Prospective association between dietary pesticide exposure profiles and postmenopausal breast-cancer risk in the NutriNet-Santé cohort » (association prospective entre les profils d'exposition aux pesticides par voie alimentaire et le risque de cancer du sein post-ménopause dans la cohorte NutriNet-Santé).

 

C'est de Pauline Rebouillat, Rodolphe Vidal, Jean-Pierre Cravedi, Bruno Taupier-Letage, Laurent Debrauwer, Laurence Gamet-Payrastre, Mathilde Touvier, Mélanie Deschasaux-Tanguy, Paule Latino-Martel, Serge Hercberg, Denis Lairon, Julia Baudry, Emmanuelle Kesse-Guyot (13 auteurs) et c'est publié dans l'International Journal of Epidemiology (https://doi.org/10.1093/ije/dyab015).

 

Là aussi, on peut penser que le titre est faux. Ce n'est pas l'« association » qui est « prospective », mais la cohorte (la cohorte a été recrutée à une date ou époque donnée pour qu'on puisse l'étudier des années plus tard).

 

 

Le résumé

 

Voici, comme souvent sur ce site, le résumé de l'article, histoire de refléter fidèlement – sous réserve de « traddutore, traditore » – les travaux et les opinions des chercheurs :

 

Contexte

 

Certains pesticides, utilisés en grandes quantités dans les pratiques agricoles actuelles dans toute l'Europe, sont suspectés d'avoir des effets néfastes sur la santé reproductive humaine (cancers du sein et de la prostate), par le biais de mécanismes de perturbation endocrinienne et d'éventuelles propriétés cancérigènes, comme cela a été observé en milieu agricole. Cependant, on manque de données sur l'exposition aux pesticides par voie alimentaire et le cancer du sein (CS) dans la population générale. Nous avons cherché à évaluer les associations entre l'exposition alimentaire aux pesticides et le risque de cancer du sein chez les femmes ménopausées de la cohorte NutriNet-Santé.

 

 

Méthodes

 

En 2014, les participantes ont rempli un questionnaire semi-quantitatif auto-administré sur la fréquence alimentaire en distinguant les aliments conventionnels et biologiques. Les expositions à 25 substances actives utilisées dans les produits phytosanitaires de l'UE ont été estimées à partir d'une base de données de résidus de pesticides tenant compte des pratiques agricoles, provenant du Chemisches und Veterinäruntersuchungsamt Stuttgart, Allemagne. La factorisation par matrices non négatives (non-negative matrix factorization – NMF), adaptée aux données comportant un excès de zéros, a été utilisée pour établir les profils d'exposition. Les quintiles des quatre composantes extraites de la NMF ont été introduits dans des modèles de Cox estimant le ratio de risque (hazard ratio – HR) et l'intervalle de confiance à 95% (IC à 95%), ajustés pour les facteurs de confusion connus.

 

 

Résultats

 

Un total de 13.149 femmes ménopausées ont été incluses dans l'analyse (169 cas de CS, suivi médian = 4,83 ans). Des associations négatives entre le Composant 3, reflétant une faible exposition aux pesticides de synthèse, et le risque de cancer du sein post-ménopause ont été trouvées [HRQ5 = 0,57 ; IC à 95% (0,34 ; 0,93), p-trend = 0,006]. Une association positive entre le score de la Composante 1 (fortement corrélée au chlorpyrifos, à l'imazalil, au malathion, au thiabendazole) et le risque de cancer du sein post-ménopause a été observée spécifiquement chez les femmes en surpoids et obèses [HRQ5 = 4,13 ; IC à 95 % (1,50 ; 11,44), p-trend = 0,006]. Aucune association n'a été détectée pour les autres composantes.

 

 

Conclusion

 

Ces associations suggèrent un rôle potentiel de l'exposition aux pesticides par voie alimentaire sur le risque de CS. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour étudier les mécanismes et confirmer ces résultats dans d'autres populations. »

 

 

Source : communiqué de presse de l'INRAE. Il va de soi que des pesticides utilisés sur les semis ou le maïs, par exemple, ont très peu de chances de se retrouver dans l'alimentation.

 

 

Une nième étude tirée de la même cohorte

 

Cette cohorte NutriNet-Santé est décidément féconde et, surtout, utilisée pour « démontrer » la supériorité de l'alimentation « bio » par rapport à l'alimentation « conventionnelle ».

 

Citons deux articles précédents :

 

  • « Association of Frequency of Organic Food Consumption With Cancer Risk – Findings From the NutriNet-Santé Prospective Cohort Study » (association de la fréquence de consommation d'aliments biologiques avec le risque de cancer – résultats de l'étude de cohorte prospective NutriNet-Santé) publié le 22 octobre 2018 dans JAMA Internal Medicine.

     

    Il trouvait – surprise, surprise – une forte réduction des risques de cancer chez les forts consommateurs de produits biologiques. Cet article avait fait l'objet de vives critiques (voir notamment ici et ici sur ce site, une analyse de M. Philippe Stoop et un commentaire de l'Académie d'Agriculture de France).

     

    Il était même précédé d'un commentaire sceptique, pour ne pas dire assassin, dans la revue où il a été publié, « Organic Foods for Cancer Prevention—Worth the Investment? » (produits biologiques et prévention du cancer – cela vaut-il l'investissement ?) d'Elena C. Hemler, Jorge E. Chavarro et Frank B. Hu, essentiellement de la Harvard T.H. Chan School of Public Health.

 

 

Du blog de M. Hervé This.

 

 

 

Pourquoi citer ces deux là, en particulier ? Parce que M. Philippe Stoop, de l'Académie d'Agriculture de France, les a utilisés pour produire une analyse très pédagogique, « Santé et alimentation : attention aux faux-semblants statistiques Par Philippe STOOP » (voir aussi notre article).

 

Il y a aussi « Is organic food consumption associated with life satisfaction? A cross-sectional analysis from the NutriNet-Santé study » (la consommation de produits biologiques est-elle associée à la satisfaction de vie ? Une analyse transversale de l’étude NutriNet-Santé), qui montre que l'équipe à la manœuvre va chercher dans les moindres recoins pour faire la promotion du bio et qui a provoqué chez nous un formidable éclat de rire et coup de colère.

 

 

Cherchons les coupables !

 

Ce nouvel article s'inscrit dans la lignée des précédents. Nous n'en ferons pas d'analyse détaillée, l'article se trouvant derrière un péage. Et à quoi bon ?

 

Dans le précédent, les auteurs avaient trouvé une association négative entre consommation de produits bio et fréquence des cancers, comme indiqué dans les tableaux suivants (les gros consommateurs de produits bio sont dans le quatrième quartile).

 

 

 

 

 

 

Attention ! Ces tableaux sont de l'étude précédente.

 

 

Il était donc tentant de chercher des coupables, des associations entre consommation de types particuliers d'aliments – les quatre « composantes » – et cancers... l'accent étant mis sur les résidus de pesticides.

 

 

Des associations entre régimes alimentaires et pesticides capillotractées

 

Curiosité, aka malfaçon rédactionnelle et insuffisance de la revue par les pairs, les « composantes » ne sont pas ou sont insuffisamment définies dans le résumé. Nous les avons retrouvées dans un article scandaleux du Quotidien du Médecin – scandaleux parce qu'il saute sans vergogne de la corrélation à la causalité –, au titre putaclic, « Un surrisque confirmé avec les pesticides », précédé en petits caractères de : « Cancers du sein après la ménopause ». Donc :

 

« - Le profil 1 (NMF 1) correspond à une exposition élevée en chlorpyrifos, imazalil, malathion et thiabendazole.

 

- Le profil 2 (NMF2) retrouve une exposition élevée en azoxystrobine, boscalid, cyprodinil, difénoconazole, fenhexamide, iprodione, tebuconazole et lambda-cyhalothrin

 

- Le profil 3 (NMF 3) est caractérisé par des taux bas en pesticides synthétiques et élevés en pesticides organique spinosad.

 

- Le profil 4 (NMF 4) se distingue par une exposition élevée en acetamipride, carbendazime, chlorpyrifos, cypermethrine et dimethoate/omethoate. »

 

La répartition des membres de la cohorte en profils s'est faite par croisement entre les indications auto-déclarées sur le régime alimentaire et une base de données qui associe des pratiques agricoles à des résidus de pesticides.

 

Peut-on affirmer par exemple que le profil 3, typiquement les mangeuses de produits bio, « est caractérisé par des taux […] élevés en […] spinosad » ? Selon les dernières données de l'EFSA, du spinosad a été trouvé dans, grosso modo, 1 % des échantillons analysés (60 sur 5.735), toujours en-deçà de la limite maximale de résidus.

 

On peut de même s'interroger sur la caractérisation d'un profil par une association à un produit de protection des plantes à très large spectre d'application.

 

L'attelage de pesticides du profil NMF 1 – qui a livré un résultat statistiquement significatif pour un sous-groupe de femmes – est plutôt curieux. Le malathion est interdit dans l'Union Européenne depuis le 1er décembre 2008. L'imazalil et le thiabendazole sont essentiellement autorisés sur la pomme de terre. Le chlorpyrifos avait un spectre d'application plus large (il n'est plus autorisé aujourd'hui).

 

Bref, ce qui a été fait, c'est de la haute voltige.

 

 

Synthèse de la présence de résidus dans les échantillons analysés en 2018 dans le cadre du programme coordonné de l'EFSA (les États analysent une même série de produits alimentaires) – Source

 

 

Cueillette de cerises ?

 

La lecture du résumé ne permet pas de saisir la portée de l'étude. Pourquoi n'y évoque-t-on que le seul cancer du sein post-ménopause ? Parce que c'est le seul qui a été analysé ou le seul à avoir livré des résultats statistiquement significatifs ?

 

Reprenons du résumé et notons le passage désinvolte de la population générale (féminine) aux femmes ménopausées :

 

« Cependant, on manque de données sur l'exposition aux pesticides par voie alimentaire et le cancer du sein (CS) dans la population générale. Nous avons cherché à évaluer les associations entre l'exposition alimentaire aux pesticides et le risque de cancer du sein chez les femmes ménopausées de la cohorte NutriNet-Santé. »

 

On peut aussi s'interroger sur le recours dans cette étude à des quintiles, alors que c'étaient des quartiles dans l'étude précédente, qui portait pourtant sur une population bien plus nombreuse (68.946 participants contre 13.149).

 

 

Que d'acrobaties !

 

En résumé, une cohorte de quelque 13.000 participantes ont répondu à un questionnaire unique sur leurs habitudes de consommation. Celles-ci ont été converties en niveaux d'exposition à des pesticides à l'aide d'un outil non relié à la cohorte, une base de données sur les résidus de pesticides en fonction des pratiques agricoles. Sauf erreur de notre part, cette base de données du Chemisches und Veterinäruntersuchungsamt de Stuttgart n'a pas été utilisée lors d'études précédentes.

 

Il aura fallu éliminer tous les facteurs de confusion – correctement et sans en oublier. Et cela donne des « associations » dont on rappellera avec vigueur que ce ne sont pas des liens de causalité :

 

  • une association entre consommation de produits bio (et présentant, en théorie, peu de résidus de pesticides) et risque réduit de cancer du sein post-ménopause ;

     

  • une association entre consommation de produits présentant, en théorie, des résidus de cinq pesticides et risque accru de cancer du sein post-ménopause, mais uniquement chez les femmes en surpoids et obèses.

 

Dans le premier cas, le risque relatif (0,57) est « affligé » d'un intervalle de confiance dont la limite supérieure, 0,93 est proche de 1. Dans le cadre d'une recherche scientifique de bonne facture, un tel résultat serait présenté avec modération. Le communiqué de presse de l'INRAE – « d'INRAE » pour faire snob – livre le résultat sans mise en contexte :

 

« A l’inverse, le profil NMF n°3 est lui caractérisé par une exposition faible à la plupart des pesticides de synthèse et une diminution de 43% du risque de cancer du sein en post-ménopause. »

 

Dans le second cas, le risque relatif paraît impressionnant (4,13) avec un intervalle de confiance débutant à 1,50 (et grimpant à 11,44). Mais tout l'article est construit sur 169 cas de cancer au total. Combien de femmes en surpoids ou obèses dans la cohorte et combien de cancers dans cette catégorie ?

 

On ne peut à ce stade que faire un renvoi au formidable « Régimes alimentaires (consommation de viande) : les preuves d'observation n'impliquent pas nécessairement un lien de causalité » et au magicien des stats Philippe Stoop : « attention aux faux-semblants statistiques ».

 

 

(Source et source)

 

 

L'essentiel n'est-il pas ailleurs ?

 

Une association favorable dans le cas du bio – plus précisément d'« une exposition faible à la plupart des pesticides de synthèse » – qui fait écho à celle trouvée en 2018, une association défavorable mais pour un sous-groupe particulier... l'essentiel n'est-il pas dans le fait que l'on n'ait trouvé rien d'autre ? Que la conclusion générale pourrait être que l'alimentation – et l'exposition ou non à des résidus de pesticides en quantités de toute manière négligeables – n'est pas un facteur de risque s'agissant du cancer du sein post-ménopause ?

 

Les deux résultats statistiquement significatifs – qui ont sans doute émergé d'un nombre conséquent d'analyses (cinq quintiles et quatre composantes donnent déjà à eux seuls vingt combinaisons) – pourraient bien relever du hasard.

 

Les auteurs résument de manière laconique (et les pairs ont accepté sans broncher...) :

 

« Aucune association n'a été détectée pour les autres composantes. »

 

C'est une information qui aurait mérité d'être amplifiée. Les auteurs ont cherché à faire des associations avec 25 matières actives (selon le communiqué de presse) et n'ont rien trouvé, sauf pour un groupe de trois substances (sachant que la quatrième n'est plus autorisée depuis 2008) et un groupe particulier de femmes.

 

Mais ils communiquent sur ce qui les intéresse plutôt que sur ce qui est intéressant.

 

L'équipe à la tête de la cohorte NutriNet-Santé fait de la recherche avec, comme on le dit pour les journaliste, « un angle ».

 

« Ces associations suggèrent un rôle potentiel de l'exposition aux pesticides par voie alimentaire sur le risque de CS », est-il dit dans la conclusion du résumé ? Avec le mot « potentiel », tout passe ! En réalité, ces associations ne suggèrent rien du tout.

 

 

Il est peut-être temps d'arrêter les frais

 

Inévitablement, le résumé se termine par une sorte d'appel à nouveaux financements :

 

« Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour étudier les mécanismes et confirmer ces résultats dans d'autres populations. »

 

Il faudrait disposer de l'intégralité de la publication pour voir s'il y a des éléments à l'appui de la première assertion, les mécanismes. Mais on peine à imaginer une action des résidus de pesticides sous forme de traces minimes – sauf évidemment à s'appeler... chut, pas de noms...

 

Quant aux autres populations, nous avons déjà signalé « Organic food consumption and the incidence of cancer in a large prospective study of women in the United Kingdom » (consommation de produits biologiques et incidence du cancer dans une grande étude prospective au Royaume-Uni) de K E Bradbury, A Balkwill, E A Spencer, A W Roddam, G K Reeves, J Green, T J Key, V Beral, K Pirie & The Million Women Study Collaborators.

 

Les auteurs ont conclu très modestement et objectivement leur étude sur 623.080 femmes d'âge moyen suivies sur 9,3 années (47 et 2 fois plus que dans l'étude française) :

 

« Dans cette vaste étude prospective, la consommation d'aliments biologiques a entraîné peu ou pas de diminution de l'incidence du cancer, sauf peut-être pour le lymphome non hodgkinien. »

 

Ils auraient pourtant pu gesticuler sur une augmentation du nombre de cancers du sein chez les consommatrices habituelles de produits biologiques par rapport au groupe « jamais » : un risque relatif de 1,09 avec un intervalle de confiance à 95 % de 1,02-1,15.

 

 

Selon que vous penchez d'un côté ou de l'autre...

 

Grâce à Internet et aux outils informatiques modernes, les méta-analyses sont à la mode.

 

Voici par exemple « Nutrition-related health effects of organic foods: a systematic review » (effets des aliments biologiques sur la santé liés à la nutrition : une étude systématique) d'Alan D. Dangour et al., de la London School of Hygiene & Tropical Medicine. Cela date un peu (2010, et l'équipe de Nutri-Net Santé a beaucoup travaillé entre-temps). La conclusion :

 

« L'examen systématique de la littérature publiée actuellement disponible ne permet pas de conclure à l'existence d'effets sur la santé liés à la nutrition résultant de la consommation d'aliments issus de l'agriculture biologique. »

 

Voici encore « A Systematic Review of Organic Versus Conventional Food Consumption: Is There a Measurable Benefit on Human Health? » (examen systématique de la consommation d'aliments biologiques par rapport aux aliments conventionnels : y a-t-il un avantage mesurable sur la santé humaine ?). Le résumé est un exercice de contorsionisme :

 

« […] Des résultats positifs significatifs ont été observés dans des études longitudinales dans lesquelles l'augmentation de la consommation de produits biologiques était associée à une réduction de l'incidence de l'infertilité, des anomalies congénitales, de la sensibilisation allergique, de l'otite moyenne, de la pré-éclampsie, du syndrome métabolique, de l'IMC élevé et du lymphome non hodgkinien. Les données probantes actuelles ne permettent pas de se prononcer définitivement sur les avantages pour la santé de l'apport alimentaire biologique. Toutefois, un nombre croissant de résultats importants sont rapportés dans le cadre de recherches par observation qui établissent un lien entre les avantages démontrables pour la santé et la consommation d'aliments biologiques. Les futures recherches cliniques devraient se concentrer sur la substitution à long terme de l'alimentation complète par des interventions biologiques certifiées, car cette approche est plus susceptible de déterminer s'il existe ou non de véritables avantages mesurables pour la santé. »

 

Comment ? L'otite moyenne ?

 

Seriez-vous surpris si on vous apprenait que l'un des auteurs est M. Carlo Leifert, dont nous avons déjà éreinté une méta-analyse ? Que les six auteurs sont plus ou moins liés à l'agriculture biologique en Australie ? Qu'ils ne déclarent :

 

« ...aucun conflit d'intérêt. L'équipe de recherche est associée à un centre de recherche sur l'alimentation biologique et a veillé à ce que cette étude soit objective, transparente et reproductible. »

 

Reconnaissons leur un sens de la mesure et de la nuance. Cela renforce les interrogations sur les résultats de la cohorte NutriNet-Santé.

 

Les études sur les produits biologiques et leurs incidences sur la santé sont une auberge espagnole.

 

 

Et le communiqué de presse de l'INRAE ?

 

Le résumé se fait d'abord anxiogène, en partie au conditionnel (c'est nous qui graissons) :

 

« Certains pesticides utilisés en Europe sont suspectés d’avoir des effets néfastes sur la santé humaine. Ils provoqueraient des perturbations hormonales et auraient également des propriétés carcinogènes, déjà observées en milieu professionnel. Le lien entre l’exposition à ces pesticides via l’alimentation et le cancer du sein dans la population générale est encore peu étudié. Des chercheurs d’une équipe mixte INRAE, Inserm, Cnam et Université Sorbonne Paris Nord ont déjà montré que les consommatrices d’aliments issus de l’agriculture biologique de la cohorte NutriNet-Santé, avaient un moindre risque de cancer du sein en post-ménopause. Cette même équipe a poursuivi ses travaux [...] »

 

Non, ils n'ont pas montré. Ils avaient trouvé une « association ». Selon le résumé de leur publication de 2018 :

 

« Conclusions et pertinence Une fréquence plus élevée de consommation de produits biologiques était associée à une réduction du risque de cancer. Bien que les résultats de l'étude doivent être confirmés, promouvoir la consommation de produits biologiques dans la population générale pourrait être une stratégie de prévention prometteuse contre le cancer.

 

La conclusion du communiqué de presse de l'INRAE joue sur le mot « lien », dont la signification réelle échappera à la majorité des lecteurs :

 

« Ces résultats suggèrent un lien entre certains profils d’exposition aux pesticides et la survenue de cancers du sein en post-ménopause. Mais pour confirmer ces données, il est primordial d’une part de mener des études expérimentales pour éclaircir les mécanismes impliqués, et d’autre part de confirmer ces résultats dans d’autres populations. »

 

Cela ressemble assez à la conclusion du résumé de la publication scientifique. Sauf que... ce « lien » n'est qu'un rôle potentiel » dans la publi :

 

« Ces associations suggèrent un rôle potentiel de l'exposition aux pesticides par voie alimentaire sur le risque de CS. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour étudier les mécanismes et confirmer ces résultats dans d'autres populations. »

 

 

C'est biologiquement extrêmement improbable

 

En 2018, à l'occasion de la publication de la « grande » étude de l'équipe NutriNet-Santé, nous avions publié une opinion de M. Alex Berezow, de l'ACSH, « Non, les aliments biologiques ne réduisent pas le risque de cancer, c'est biologiquement impossible ». Cela reste d'une brûlante actualité. Mais nous serons plus prudents : c'est extrêmement improbable.

 

Il y a aussi « Limitations in the evidential basis supporting health benefits from a decreased exposure to pesticides through organic food consumption » (limites de la base factuelle soutenant les avantages pour la santé d'une exposition réduite aux pesticides par la consommation d'aliments biologiques) de Robin Mesnage, Ioannis N.Tsakiris, Michael N.Antoniou et AristidesTsatsakis. Deux noms nous sont familiers dans le contexte des débats sur les OGM et les pesticides. Que concluent-ils dans un article mis en ligne en novembre 2019 ?

 

« Les preuves sont insuffisantes pour conclure que cela peut avoir des effets bénéfiques sur la santé. »

 

L'étude de Rebouillat et al., de l'équipe de NutriNet-Santé, correctement interprétée conforte selon notre analyse cet avis.

 

 

(Source)

 

 

Post scriptum

 

Dans un domaine voisin (lien et lien)

 

 

 

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H
Dans les siècles passés et jusqu'au début du XXème siècle, les cancers du sein étaient parfois appelés "cancer des religieuses" en raison de la fréquence de cette maladie chez les religieuses. On supposait que la répression constante des désirs sexuels finissaient par gorger les seins "d'humeurs". En fait, on sait aujourd'hui que les cancers mammaires sont plus fréquents chez les femmes n'ayant jamais eu d'enfants ou n'ayant pas allaité leurs enfants suffisamment longtemps, plus de 6 mois je crois.
Par ailleurs, ces religieuses, en général issues de la très bonne société, disposaient de revenus fonciers importants et d'une main d'oeuvre abondante. Elles étaient donc plutôt bien nourries, souvent trop, et guère actives. Et surpoids et inactivité augmentent également l'incidence des cancers.
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U
Compte tenu du nombre de variables en entrée, de l'imprécision de leur évaluation et du nombre d'effets possibles, il est impossible d'obtenir la moindre significativité de ce genre d'étude.
J'imagine que les intervalles de confiance rapportés n'ont pas fait l'objet de corrections de Bonferroni sur les tests multiples.
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