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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Bébés sans bras » de l'Ain : le Monde (de M. Stéphane Foucart) remet ça

20 Mars 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Santé publique

« Bébés sans bras » de l'Ain : le Monde (de M. Stéphane Foucart) remet ça

 

 

(Source)

 

 

Rappel : des cas douloureux de malformations congénitales instrumentalisés de manière sordide

 

Vous souvenez-vous de l'affaire des « bébés sans bras » de l'Ain ?

 

Nous l'avions évoquée sur ce site dans « Enfants sans bras ou main de l'Ain : du grand journalisme dans l'Express, de la grande instrumentalisation dans le Monde de... » et dans « Pesticides, bio et « bébés sans bras » : l'opinion de M. Jérôme Quirant sur Imposteurs »

 

Accessoirement, nous nous sommes bien amusé devant l'incapacité de certains apparatchiks d'EÉLV de calculer la surface d'un cercle.

 

 

(Source)

 

 

Mais revenons aux faits.

 

En septembre 2016, le Registre des Malformations en Rhône-Alpes (REMERA) a produit un rapport signalant un taux supérieur à la normale d'agénésie transverse des membres supérieurs (une malformation d'un bras plus ou moins importante) dans un petit périmètre de l’Ain entre 2009 et 2014 sur une aire de quelque 17km de rayon dont le centre était la commune de Druillat.

 

L'affaire avait, semble-t-il, suivi tranquillement son cours.

 

Elle ressort brutalement en septembre 2018 et fait l'objet d'une intense médiatisation. Le REMERA est en difficulté, ayant perdu sa labellisation et certaines institutions menaçant de lui couper les vivres, et sa directrice, Mme Emmanuelle Amar, est sur la sellette. L'affaire prend alors une tournure très personnelle. Si « on » veut supprimer le REMERA, c'est qu'il gêne, n'est-ce pas ? Formidable déflecteur et, en même temps, bouclier.

 

Mme Emmanuelle Amar affirme qu'il s'agit d'un « cluster », un agrégat de cas suspect, alors que Santé Publique France rejette cette hypothèse et ne trouve pas d'anomalie statistique (voir aussi ici et ici).

 

Bien évidemment, l'hypothèse d'un effet des « pesticides » est lancée dans la foulée, en particulier par les « éminences » d'EÉLV Yannick Jadot et Michèle Rivasi. On est dans le tour de chauffe des élections européennes de 2019. Cette affaire, quel formidable outil de propagande...

 

Le premier déclarait le 8 octobre 2018 sur RTL :

 

« Il est très probable que ces malformations soient liées aux pesticides. Toutes les familles qui ont été touchées par ces accusations (sic) vivent à côté des champs de maïs et de tournesol. Il y a faisceau de présomptions qui me dit que ce sont les pesticides qui sont à l'origine de ces malformations. »

 

 

Le Monde en première ligne

 

Le Monde... de M. Stéphane Foucart, jouera un grand rôle dans ce qui deviendra une polémique d'envergure nationale.

 

Signalons notamment le « Enfants sans bras : les mauvais calculs de Santé publique France » du 16 octobre 2018, avec en chapô :

 

« Sollicités par "Le Monde", des biostatisticiens jugent qu’un rapport écartant un excès de malformations dans l’Ain contient des erreurs "grossières". »

 

En hors d'œuvre :

 

« Des erreurs méthodologiques "grossières", "indignes", des marges de confiance "ubuesques"… Le Monde a soumis à trois biostatisticiens le rapport publié jeudi 4 octobre par l’organisme de sécurité sanitaire Santé publique France (SPF), statuant sur un nombre suspect d’enfants naissant sans bras, ou sans main, dans le centre de l’Ain : les trois scientifiques, dont deux ont demandé au Monde de garantir leur anonymat, formulent des critiques assassines à l’encontre du rapport rassurant de l’agence.

 

Oui, pour des critiques « assassines », mieux vaut garder l'anonymat.

 

Et, pour les biostatisticiens, on n'a évidemment pas sollicité Mme Catherine Hill – qui apparaît de temps en temps pour prêcher la bonne parole à la télévision sur la pandémie de Covid-19 – voir par exemple ici (mais c'est un article publié par l'Association Française pour l'Information Scientifique, vous savez, cette entité qui organise des réunions dans des sous-sols selon « les Gardiens de la raison » de, notamment, M. Stéphane Foucart) et ici (c'est de 2019 et une réponse à Mme Elisabeth Gnansia d'une rare et bienvenue virulence).

 

 

Le calme revient

 

Les choses finissent par se calmer, et Mme Emmanuelle Amar reste en poste. Le gouvernement a demandé la constitution d'un comité d'experts scientifiques (CES) indépendant bénéficiant de l'appui de Santé Publique France et de l'ANSES, et adossé à un comité d'orientation et de suivi (COS) regroupant l’ensemble des parties prenantes, dont des parents d’enfants atteints.

 

Dans un premier rapport publié le 11 juillet 2019, dans l'indifférence générale, le CES a invalidé la suspicion d'un agrégat dans l’Ain et recommandé de ne pas lancer d'enquête épidémiologique de grande ampleur sur ce type de malformations mais de renforcer la recherche scientifique sur ce sujet.

 

 

Le Monde de... tente de ressusciter l'affaire

 

Le Monde – de M. Stéphane Foucart – vient de ressortir cette affaire de la naphtaline, le 4 mars 2021, avec « Une étude conforte les suspicions d’un cluster de "bébés sans bras" dans l’Ain ».

 

En chapô :

 

« Un rapport sur la situation dans cette zone publié par Santé publique France en 2018 avait écarté toute anomalie statistique. »

 

Comme nous venons de le voir, c'est aussi la conclusion d'un comité d'experts indépendant. Celui-ci est toutefois évoqué dans le texte de l'article... mais quiconque s'arrête à la lecture du chapô est induit en erreur. Passons...

 

L'auteur écrit par ailleurs :

 

« En septembre 2018, l’affaire connaissait un emballement médiatique inattendu. »

 

Inattendu ? Mais qui avait lancé l'affaire dans les médias et y avait fortement contribué ?

 

Pourquoi ce nouvel article ?

 

« Le temps des revues scientifiques n’est pas celui des médias. Alors que l’affaire dite des « bébés sans bras » a déserté les journaux et les plateaux de télévision, une équipe de scientifiques a publié, mardi 9 février dans la revue Birth Defects Research, une analyse, passée inaperçue, confortant la réalité d’un cluster d’agénésies transverses du membre supérieur (ATMS) dans une petite zone du département de l’Ain. »

 

Cet analyse, c'est « Evidence for a cluster of rare birth defects in the Ain department (France) » (preuves d'un agrégat de cas rares d'anomalies congénitales dans le département de l'Ain).

 

Les auteurs en sont... Elisabeth Gnansia, Lucas Michon, Emmanuelle Amar – tous trois du REMERA – et Jacques Estève.

 

Imaginez une controverse sur... tenez, au hasard... l'innocuité du glyphosate affirmée par des chercheurs de Bayer/Monsanto et faisant ultérieurement l'objet d'un article scientifique des mêmes chercheurs. Pensez-vous que l'auteur de l'article du Monde aurait titré « Une étude conforte les affirmations sur l'innocuité du glyphosate » ?

 

 

Les rancunes exportées dans une revue scientifique

 

Les auteurs de l'article scientifique écrivent notamment dans leur résumé :

 

« Résultats

 

L'analyse a mis en évidence un agrégat de huit cas d'UITULRD [anomalie unilatérale isolée de réduction transverse du membre supérieur] parmi les 8.204 naissances survenues entre 2009 et 2014 dans un cercle de 16,24 km de rayon centré sur un village du département de l'Ain, alors que 0,82 cas étaient attendus sous une probabilité uniforme d'une telle naissance sur l'ensemble du territoire registre. Cela représente un excès de près de 10 fois par rapport au nombre de cas attendus (p = 0,0057).

 

Conclusions

 

Les arguments utilisés pour nier l'agrégat sont contestés et nous présentons les preuves soutenant sa réalité. La controverse qui a suivi l'alerte a compromis la recherche de la ou des causes de cet excès de malformations rares. »

 

M. Stéphane Foucart écrit :

 

« Piqués au vif, les responsables du Remera ont donc voulu valider leur analyse par une publication dans la littérature scientifique internationale – celle-ci étant suspendue à une procédure d'"évaluation par les pairs" (peer review), qui prend souvent plusieurs mois. […] Les responsables du Remera ont même publié dans leur étude les photographies des membres atrophiés de sept des huit enfants nés dans la zone. "Nous voulons montrer visuellement qu'il n'y a guère de doute sur le fait qu'il s'agit bien d'ATMS", explique Mme Amar. [...] »

 

Oui, tellement piqués au vif qu'ils ont exporté leur rancœur dans une revue scientifique, qui l'a acceptée.

 

Tellement piqués au vif qu'ils prétendent que la controverse a compromis la recherche des causes. C'est, à l'évidence, totalement absurde : la recherche des causes d'une malformation est indépendante de l'existence, ou non, d'un agrégat. De plus, c'est grossièrement faux, l'équipe du REMERA ayant entamé une enquête avec le concours de bénévoles et une enquête judiciaire ayant été ouverte après le dépôt d'une plainte (voir ici et ici).

 

Tellement piqués au vif qu'ils publient des photos selon un mode que l'on a connu pour des rats, comme si l'existence des cas – plutôt que la notion d'agrégat – avait été mise en doute. Ou était-ce une tentative de renouveler l'exploit du poids des mots et du choc des photos ?

 

Et puis, s'il vous plaît, M. Stéphane Foucart : « valider leur analyse par une publication dans la littérature scientifique internationale » ? Comme l'infameuse étude sur les rats ? Ou cette autre étude sur le bio et le cancer dont M. Hervé This a dit :

 

« Une fois de plus, une revue américaine publie un mauvais article et publie simultanément un éditorial qui dit que cet article est mauvais. Drôle de pratique, non ? » ?

 

Nous n'avons pas accès à la publication et ne pouvons donc pas juger de son sérieux, que nous ne mettrons pas en cause.

 

Mais en quoi démontrer l'existence d'un agrégat entre 2009 et 2014 fait-il avancer le schmilblick ?

 

Quel intérêt y avait-il à publier un article dans le Monde ?

 

 

Le gazouillis mis en avant (« épinglé ») par Mme Emmanuelle Amar – qui n'a pas de souci avec la privatisation du sigle de Registre témoigne de l'ampleur de l'hostilité envers Santé Publique France (source)

 

 

Il aspire à la présidence de la République... (source)

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max 20/03/2021 13:15

J'aime bien cette réponse faite à Emmanuelle Amar.
https://twitter.com/DurantFra/status/1051838144730071047