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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pesticides et Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme : mensonge d'ONG ou incurie médiatique ?

10 Février 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #critique de l'information, #Pesticides

Pesticides et Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme : mensonge d'ONG ou incurie médiatique ?

 

L'utilisation des pesticides aurait augmenté de 25 % en dix ans

 

 

(Source)

 

Toujours vérifier les ordres de grandeur...

 

Commençons par une digression : l'Obs a publié un « Une étudiante sur trois a besoin d’aide financière pour acheter des protections périodiques » selon lequel – foi de Fédération des Associations Générales Étudiantes – « 285 euros par an : c’est le coût moyen des protections périodiques que doivent assumer les personnes qui ont leurs règles ».

 

Des esprits mal tournés comme Mme Emmanuelle Ducros ou encore Insolente Veggie ont fait de petits calculs pour souligner l'exagération du chiffrage (pour un problème qui n'est toutefois pas anodin).

 

Mais cela n'a pas empêché de nombreux médias d'embrayer... sans vérifier.

 

Outre l'Obs qui utilise une périphrase, « les personnes qui ont leurs règles », c'est CNews qui décroche le pompon avec « 1 étudiant sur 3 a besoin d'un soutien financier pour s'acheter des protections hygiéniques » (mais avec des chiffres plus plausibles).

 

Toujours vérifier les ordres de grandeur !

 

 

La FNH et la « dépendance aux pesticides » selon le Monde

 

Mardi 9 février 2021, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme a publié un « rapport » soigneusement médiatisé sur les pesticides. Le Monde, par exemple, a sorti son article, signé Stéphane Mandard, « Agriculture : les financements publics entretiennent la dépendance aux pesticides » le même jour... à 00:00 heure.

 

En bref :

 

  • « l’utilisation des pesticides a augmenté de 25 % en dix ans » ;

 

  • « 23,2 milliards d’euros de fonds publics [sont] versés chaque année au secteur agricole » ;

 

  • « à peine 1 % a un effet avéré sur la réduction de l’utilisation des pesticides. Et le fameux plan Ecophyto ne représente, lui, que 0,3 %. »

 

Citons un autre élément, même si notre billet porte essentiellement sur le premier point :

 

« Ces 23,2 milliards d’euros correspondent aux financements publics, dont la politique agricole commune (PAC) pour 40 %, et aux dispositifs d’allègements fiscaux. Ils bénéficient essentiellement aux agriculteurs (73 %) mais également aux coopératives ou aux chambres d’agriculture. Le monde agricole vit sous perfusion : en 2018, les subventions représentaient 70 % du résultat des exploitations et 114 % en incluant les allègements de charges et les subventions d’investissements. »

 

C'est l'éternelle rengaine : l'agriculture – et les agriculteurs – nous coûte cher. Et pour que ça coûte cher, la FNH n'hésite pas à inclure dans son chiffrage des financements qui ne vont pas aux agriculteurs.

 

L'agribashing n'est pas loin.

 

Il est là, bien dodu et gras, pour l'utilisation des pesticides.

 

 

Pour le Huffington Post, c'est le feu d'artifice

 

Prenons-le encore du Huffington Post : « Les pesticides explosent en France, déplorent Nicolas Hulot et sa fondation ». En chapô :

 

« Pour Nicolas Hulot, de "profonds dysfonctionnements dans notre démocratie" ont conduit à l'augmentation de 25% des pesticides en 10 ans. »

 

Ce n'est certes pas un aveu de sa propre culpabilité dans les « profonds dysfonctionnements » allégués...

 

Le Huffington Post nous livre une autre histoire sur les milliards d'euros :

 

« Il en ressort que la somme totale de financements publics reçue par lesdits acteurs s’élève à 23,2 milliards d’euros par an et que le secteur privé n’est pas en reste avec 19,5 milliards d’euros par an avec des prêts bancaires, recouvrements d’assurances, avances de coopératives agricoles, investisseurs privés.

 

Etonnamment, ces chiffres inédits ne sont pas les plus parlants dans le document fourni. Le rapport de la FNH montre effectivement que sur ces financements conséquents, seuls 11% ont pour objectif de réduire l’utilisation de pesticides. Pire encore, seul 1% y contribuerait de manière avérée. »

 

Bref, on se perd... Mais on aura gonflé les chiffres avec des financements qui ne vont pas aux agriculteurs, ou encore des prêts bancaires, etc.

 

 

Y a-t-il vraiment augmentation de l'utilisation des produits phytosanitaires

 

Mais le point commun de tous ces articles de la médiocre médiacratie est de suggérer implicitement au lecteur moyen, par le silence sur la nature de l'indicateur retenu, qu'il y a eu une augmentation des quantités. Et pas qu'un peu !

 

Bien entendu, il est sous-entendu qu'il s'agit des pesticides de synthèse, ceux qui sont utilisables – et utilisés, parfois massivement – en agriculture biologique devant échapper à la vindicte militante.

 

 

Une relative stagnation en volume, dans un contexte économique à expliquer

 

Certains ont été prompts à agiter le spectre du mensonge, et ce, sur la base notamment des chiffres publiés par le Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation le 2 février 2021.

 

 

 

 

En clair : en moyenne triennale, les ventes ont été globalement stables pour les pesticides de synthèse sur les 10 dernières années, contrairement à ce qu'ont affirmé la FNH et M. Nicolas Hulot et ce que la médiocre médiacratie a diffusé dans un bel élan panurgique.

 

Le Ministère écrit :

 

« La quantité des produits phytopharmaceutiques hors usage en agriculture biologique et biocontrôle a diminué de 44% entre 2018 et 2019. La moyenne triennale montre une diminution de 12% entre 2018 et 2019. La valeur triennale 2017-2018-2019 est la plus basse depuis 2009-2010-2011. »

 

Il y a lieu de préciser cinq points.

 

En premier lieu, les achats de produits phytosanitaires dépendent en partie des caractéristiques agro-climatiques de la campagne de production (par exemple une année pluvieuse fera augmenter les quantités de fongicides), ainsi que des choix de production (plus de maïs et moins de colza, c'est moins de pesticides). Les variations dans le catalogue des substances actives et des produits ont aussi une influence (interdire une molécule efficace peut conduire à utiliser des produits qui le sont moins et qui pèsent davantage sur l'indicateur).

 

En second lieu, l'augmentation de 2018 suivie par la baisse de 2019 s'explique en partie par des achats anticipés pour éviter l'augmentation de la redevance pour pollution diffuse intervenue au 1er janvier 2019.

 

Troisièmement, l'hystérie anti-pesticides et le ramdam sur la (prétendue) vertu de l'agriculture biologique incite une partie de la profession à se tourner vers les produits utilisables en AB. Cela explique une bonne partie de l'augmentation des volumes de ces substances (en gros, un doublement sur la décennie).

 

Quatrièmement, la part des produits classés CMR (cancérogène, mutagène, reprotoxique) de catégorie 1 (avérés ou supposés) et 2 (suspectés) est en diminution. En bref, la protection des plantes devient de plus en plus « vertueuse » sur ce plan.

 

 

Dans son « rapport », la FNH écrit : « . Les pesticides les plus toxiques (c’est-à-dire classés toxiques, très toxiques, cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques) représentent 22 % des ventes en 2018. Cette proportion est en légère baisse depuis 10 ans. » Une « légère baisse » de l'ordre du tiers...

 

 

Rappelons à ce stade, d'une part, que la substance la plus vendue est le soufre (peu préoccupant), le cuivre (très préoccupant pour l'environnement) n'étant pas loin derrière (mais derrière le glyphosate). D'autre part, les agriculteurs ne traitent pas par méchanceté, cynisme ou plaisir de sortir le pulvérisateur, mais pour protéger leurs cultures et produire des récoltes abondantes et saines.

 

Traiter est dans certains cas plus qu'un choix de production : un impératif de santé publique (s'agissant par exemple des mycotoxines ou des mauvaises herbes toxiques ou allergènes) ou environnemental (par exemple dans le cas des ravageurs faisant l'objet d'une lutte obligatoire comme la cicadelle, vectrice du virus de la flavescence dorée).

 

 

Et hop ! Voici le NODU

 

La FNH se défend de toute manipulation ou malversation : elle a utilisé le NODU, le nombre de doses unitaires.

 

Mais cela se heurte à deux problèmes.

 

D'une part, ne pas l'avoir précisé dans sa communication (nous supposerons que c'est bien le cas) constitue une manœuvre. Une demi-vérité est un mensonge.

 

D'autre part, son allégation se vérifie t-elle ?

 

 

(Source et source)

 

 

Petit rappel : si un kilo de matière active reste un kilo de matière active, ce kilo utilisé selon une valeur de référence de 200 grammes par hectare, par exemple, donc cinq fois, produit cinq NODU. Une valeur de référence différente produira un nombre de NODU différent.

 

Les relations entre volume et NODU sont donc complexes.

 

Et les valeurs de référence changent dans le temps !

 

 

 

Voir tout le fil (source)

 

 

M. Jean-Baptiste Moreau, le député éleveur de bovins de la Creuse, pointe aussi le tripatouillage, l'indicateur NODU utilisé par la FNH amalgamant tous les produits, dont certains, moins efficaces, doivent être utilisés plus fréquemment (voir aussi ici).

 

 

(Source et source)

 

 

Il y a un biais tout aussi grossier : celui qui consiste à bien choisir son intervalle de temps. Dix ans vous paraissent-ils raisonnables ? Sur la plus longue durée, l'image est bien différente, s'agissant des volumes :

 

 

(Source)

 

 

Et il y a cette année 2018 exceptionnelle (le NODU n'est pas encore disponible pour 2019). La FNH s'en est manifestement servie pour gonfler son chiffre.

 

 

Des explications qui ne convainquent pas

 

M. Samuel Leré, responsable plaidoyer (lire : lobbying) de la FNH, a beau protester et tenter de faire croire qu'ils ont analysé une évolution dans la durée : le chiffre avancé, c'est le fruit d'une règle de trois avec un chiffre d'entrée et un chiffre de sortie.

 

On peut visionner la vidéo.

 

 

M. Julien Denormandie monte au créneau

 

Les coups sont rudes :

 

« Arrêtons de faire croire que la transition n’est pas en cours ou que l’agriculture s’y opposerait ! C’est dégradant et c’est faux. »

 

 

(Source)

 

 

(Source)

 

 

« La transition agro-écologique est un chemin de progrès, pas une incantation ni une mise en accusation. »

 

Il faudra, le plus tôt sera le mieux, avoir le courage et la franchise de dire que le plan Ecophyto relève de l'incantation, et qu'il n'est pas un chemin de progrès.

 

M. Philippe Stoop l'a magistralement démontré dans « Bilan Ecophyto 2017 : l’impuissance organisée ».

 

Et Ecophyto est le totem autour duquel danse le militantisme « écologiste » et « altermondialiste » qui ne comprend pas – ou refuse de comprendre – les tenants et aboutissants de la protection phytosanitaire. Moyennant quoi le débat public est pollué et l'action gouvernementale mal dirigée.

 

Il faudra aussi rappeler que notre hystérie anti-OGM nous prive de moyens génétiques efficaces pour lutter contre les parasites et maladies et, corollairement, réduire le recous à des produits phytosanitaires.

 

 

Malgré l'engagement des fermes Dephy dans la réduction de l'utilisation des produits phytosanitaires et l'important soutien qui leur est fourni, les résultats ne sont pas à la hauteur des objectifs... parce que ceux-ci sont irréalistes. Ce graphique ne montre pas, hélas, l'évolution de la situation dans les exploitations non engagées dans le programme Dephy. On ne peut donc pas mesurer l'effet du programme.

 

 

On peut aussi écouter Mme Emmanuelle Ducros. Cela reste d'actualité.

 

Quel culot, ce Hulot...

 

Les « effets pervers » ? La « pensée magique » ? Tellement que pour M. Nicolas Hulot, l'évolution de l'utilisation des produits phytosanitaires serait tributaire du bon ou mauvais fonctionnment de notre démocratie...

 

Tellement que, pour la FNH, à en croire son « rapport », il suffit de mettre de l'argent sur la table pour que... pfuit... les pesticides disparaissent des champs (rappelons qu'ils ne sont quasiment pas dans les assiettes).

 

La FNH a sans doute voulu faire du plaidoyer (selon sa terminologie) ou du lobbying (selon la terminologie courante) pour influer sur l'allocation des subventions et aides et leur attribution prioritaire aux « bons » agriculteurs.

 

Mais il y a eu un gros couac de communication... Parce que les chiffres sur les volumes n'étaient pas suffisamment anxiogènes et ne contribuaient pas au story-telling, la FNH a utilisé le NODU sans fournir d'explications et de mise en perspective, en profitant au passage d'une événement particulier (les achats anticipés de 2018).

 

Elle a été punie par où elle a péché.

 

Enfin très provisoirement... Les critiques ont volé, mais le « rapport » reste.

 

 

Et pour la bonne bouche...

 

 

(Source)

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MARC FAURE 11/02/2021 11:40

Il y a 25 ans, Mr Holt était bien content d'avoir le soutien financier de Rhône Poulenc pour son émission Ushuaia. Il a crée une marque de cosmétiques à ce nom, également. Les prochaines élections arrivent, alors ils sortent du bois et activent leurs relations journalistiques, avec des personnes qui n'osent pas les contredire, bien sur ! Si Mr Holt s'embète dans sa tour d'ivoire, qu'il aille discuter avec de vrais paysans, pas des bio, mais des conventionnels qui ne gaspillent pas leur argent en mettre des phytos comme il le laisse croire.

Mireille Gary 10/02/2021 11:23

Oups oups oups : Comment faire sans pesticides : téléfilm avec Fred Testot puis débat le 1er mars sur France 2.
"Gabriel refuse de se plier aux injonctions d’un arrêté préfectoral qui lui impose de traiter préventivement sa vigne aux pesticides. Adepte de la biodynamie, il s’oppose à l’usage de produits chimiques, qui, selon lui, fragilisent la terre, détruisent les écosystèmes et mettent en péril la santé des hommes."
http://www.leblogtvnews.com/2021/02/comment-faire-sans-pesticides-telefilm-avec-fred-testot-puis-debat-le-1er-mars-sur-france-2.html