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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : et hop, la gesticulation sur le microbiote dans le Monde, de M. Stéphane Foucart évidemment

5 Février 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information, #Activisme

Glyphosate : et hop, la gesticulation sur le microbiote dans le Monde, Planète de M. Stéphane Foucart évidemment

 

 

(Source)

 

 

« Les généralisations hâtives ne sont pas toutes justifiées. Pour les combattre, la seule arme est la raison. L’abandon de la vérité comme valeur ne conduit pas à la solidarité, comme le clament les penseurs postmodernes, alors que sous nos yeux se développent le cynisme et le règne du plus fort. Les débats scientifiques ont leurs règles et leur place, qui se trouve dans les revues spécialisées, voire dans l’enceinte de l’Académie des sciences et non pas dans les colonnes des journaux, fussent-ils du soir. »

 

Jean de Kervasdoué, Les écolos nous mentent

 

C'est le paragraphe complet qui est cité ci-dessus, mais c'est la dernière phrase qui nous intéresse ici.

 

Encore que... il ne s'agit pas d'un débat scientifique mais d'un article de presse – « Le glyphosate peut perturber le microbiote à des doses très faibles, selon une étude internationale » – relatant un article scientifique – « Use of Shotgun Metagenomics and Metabolomics to Evaluate the Impact of Glyphosate or Roundup MON 52276 on the Gut Microbiota and Serum Metabolome of Sprague-Dawley Rats » (utilisation de la métagénomique à grand débit et de la métabolomique pour évaluer l'impact du glyphosate et du Roundup MON 52276 sur le microbiote intestinal et le métabolome sérique du rat Sprague-Dawley).

 

L'article de presse est – évidemment – dans les pages Planète et signé Stéphane Foucart.

 

L'article scientifique est de Robin Mesnage, Maxime Teixeira, Daniele Mandrioli, Laura Falcioni, Quinten Raymond Ducarmon, Romy Daniëlle Zwittink, Francesca Mazzacuva, Anna Caldwell, John Halket, Caroline Amiel, Jean-Michel Panoff, Fiorella Belpoggi et Michael Nicolas Antoniou. Il a été publié dans Environmental Health Perspectives.

 

 

Le résumé

 

Comme de coutume, voici le résumé (comme de coutume découpé pour faciliter la lecture) :

 

Contexte :

 

La question de savoir si le glyphosate peut inhiber la voie du shikimate des microorganismes gastro-intestinaux, avec des implications potentielles sur la santé, fait l'objet d'un débat intense.

 

Objectifs :

 

Nous avons testé si le glyphosate ou sa formulation herbicide représentative de l'UE, le Roundup MON 52276, affecte le microbiote de l'intestin du rat.

 

Méthodes :

 

Nous avons combiné la métagénomique du microbiote du cæcum à haut débit avec la métabolomique du sérum et du cæcum pour évaluer les effets du glyphosate [0,5, 50, 175mg/kg de poids corporel (PC) par jour] ou du MON 52276 aux mêmes doses équivalentes de glyphosate, dans un test de toxicité de 90 jours chez le rat.

 

Résultats :

 

Le traitement au glyphosate et au MON 52276 a entraîné une accumulation cæcale de l'acide shikimique et de l'acide 3-déshydroshikimique, suggérant une inhibition de la 5-énolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase de la voie du shikimate dans le microbiote intestinal.

 

Les niveaux de cystéinylglycine, de γ-glutamylglutamine et de valylglycine ont été élevés dans le microbiote cæcal après les traitements au glyphosate et au MON 52276. Les métabolites du cæcum altérés n'ont pas été exprimés différemment dans le sérum, ce qui suggère que l'impact du glyphosate et du MON 52276 sur le métabolisme microbien intestinal a eu des conséquences limitées sur la biochimie physiologique.

 

Les métabolites sériques exprimés différemment avec le traitement au glyphosate ont été associés au métabolisme de la nicotinamide, des acides aminés à chaîne ramifiée, de la méthionine, de la cystéine et de la taurine, ce qui indique une réponse à un stress oxydatif.

 

Le MON 52276 a eu des effets similaires, mais plus prononcés, que le glyphosate sur le métabolome sérique.

 

La métagénomique à haut débit du cæcum a montré que le traitement au glyphosate et au MON 52276 a entraîné des niveaux plus élevés d'Eggerthella spp., de Shinella zoogleoides, d'Acinetobacter johnsonii et d'Akkermansia muciniphila. Shinella zoogleoides n'a été plus élevé qu'avec l'exposition au MON 52276.

 

Des essais de culture in vitro avec des souches de Lacticaseibacillus rhamnosus ont montré que le Roundup GT plus inhibait la croissance à des concentrations auxquelles le MON 52276 et le glyphosate n'avaient aucun effet.

 

Discussion :

 

Notre étude souligne la puissance des approches multi-omiques pour étudier les effets toxiques des pesticides. La multi-omique a révélé que le glyphosate et le MON.52276 inhibaient la voie du shikimate dans le microbiote de l'intestin du rat. Nos conclusions pourraient être utilisées [could be used] pour développer des biomarqueurs pour les études épidémiologiques visant à évaluer les effets des herbicides au glyphosate sur les humains. https://doi.org/10.1289/EHP6990

 

 

Circulez... ?

 

Une sorte de petit ad hominem pour commencer : l'équipe de recherche est certes internationale, mais elle comprend des chercheurs aux affiliations qui peuvent poser question. Notamment, deux membres du conseil scientifique du CRIIGEN et trois membres du Ramazzini Institute de Bologne fait retentir en principe un signal d'alerte.

 

Mais... le résumé n'est en rien militant.

 

On a fureté dans le métagénome et le métabolome, on a trouvé des trucs... on a conclu fort prudemment : « Nos conclusions pourraient être utilisées... »

 

Par ailleurs, et surtout, les auteurs ont utilisé des doses énormes. La plus basse, 0,5 mg/kg poids corporel/jour, correspond à la dose journalière admissible de l'Union Européenne. La suivante, 50 mg/kg p.c., correspond à la DSENO (dose sans effet nocif observable) ou NOAEL (no observed adverse effect level) retenue par l'UE, et la troisième, 175 mg/kg p.c./jour, à la NOAEL états-unienne.

 

La première, la DJA me direz-vous ? « Dose admissible » est loin de signifier « dose ingéré ».

 

On peut se référer, pour les besoins de l'argument, aux résultats des « glyphotests » du laboratoire vétérinaire allemand Biocheck (ceux utilisés par les « pisseurs de glyphosate » et instrumentalisé dans un infameux Envoyé Spécial de janvier 2019. On sait qu'ils sont faux, mais ils ont pour nous l'avantage de produire quasi systématiquement des résultats positifs, avec une dose moyenne de l'ordre de 1 ng/mL (soit 1 µg/L).

 

Rappel : 1 µg/L, un microgramme par litre, c'est un milligramme par mètre cube, un gramme par 1.000 mètres cubes, en gros un demi-morceau de sucre dans une piscine olympique.

 

 

(Source)

 

 

Retenons bien cette remarque de M. Robin Mesnage, l'un des auteurs de l'étude dont il est question ici :

 

« J'ai testé le test ELISA glyphosate et les résultats ont fini à la poubelle. Il y a trop de composés qui interfèrent avec la détection du glyphosate, et plus les urines sont concentrées, plus l'interférence est forte. Rien ne remplace la spectrométrie de masse. »

 

« [I]nterférence » signifie ici augmentation des doses mesurées et création de faux positifs.

 

 

(Source)

 

 

Nous avons souvent fait un calcul sur ce site sur la base des explications de « A critical review of glyphosate findings in human urine samples and comparison with the exposure of operators and consumers » (un examen critique des découvertes de glyphosate dans les échantillons d'urine humaine et une comparaison avec l'exposition des opérateurs et des consommateurs) de Lars Niemann, Christian Sieke, Rudolf Pfeil et Roland Solecki. En prenant des données systématiquement pour produire le pire résultat (par exemple une excrétion de deux litres d'urine par jour), cette dose moyenne de 1 µg/L correspond à 1/3000e de la dose journalière admissible pour la petite crevette de référence en toxicologie de 60 kg.

 

Autre calcul simple : 175 mg/kg p.c./jour pour la dose la plus élevée ? C'est 10,5 grammes pour la crevette de référence. C'est de l'ordre de 1,4 litre de Roundup prêt à l'emploi (l'ancien au glyphosate, pas les produits actuels à base de vinaigre ou d'acide pélargonique vendus actuellement sous cette marque).

 

D'autres ont produit des calculs théoriques aboutissant à des doses allant de 0,33 à 0,97 % de la DJA.

 

 

(Source)

 

 

Autrement dit, le « Nos conclusions pourraient être utilisées... » est une conclusion bien audacieuse.

 

À cela il faut ajouter que, sauf démonstration du contraire, les consommateurs ne sont pas exposés par leur alimentation aux produits formulés à base de glyphosate. Les études sur le produit référencé MON 52276 n'auraient donc d'intérêt que pour des applicateurs ne se protégeant pas ou se protégeant mal et utilisant l'herbicide sur de longues durées.

 

 

« Une fois de plus, il n'y a pas une seule étude montrant des effets toxiques du glyphosate aux niveaux trouvés dans l'alimentation » (Source)

 

 

...cela ne gène pas l'anxiogenèse !

 

Reprenons : on a fureté dans le métagénome et le métabolome, on a trouvé des trucs... rien de croustillant, de nature à sonner le tocsin dans le résumé de l'article scientifique, à arpenter les rues en tapant sur une poêle à la Philippulus, à faire le siège des rédactions pour du temps d'antenne...

 

Au fond, c'est, au moins à ce stade, une bonne nouvelle.

 

Mais on est au Monde. Dans les pages Planète du Monde. Dans les pages Planète du Monde de M. Stéphane Foucart.

 

Déjà le titre, « Le glyphosate peut perturber le microbiote à des doses très faibles, selon une étude internationale » !

 

Complété par le chapô :

 

« Une équipe de chercheurs français, italiens, britanniques et néerlandais a observé des modifications du fonctionnement des bactéries intestinales et des marqueurs de stress oxydatif chez des animaux de laboratoire. »

 

En l'absence de toute donnée chiffrée et de mise en perspective, ce procédé n'a pu que susciter des inquiétudes et de la peur. Mais n'est-ce pas l'objectif inavoué, mais transparent, de l'article ?

 

Prenons de la (nécessairement) longue introduction :

 

« ...des résultats indiquant que l’exposition alimentaire au célèbre herbicide perturbe le microbiote intestinal d’animaux de laboratoire et ce, à des niveaux d’exposition considérés comme sans effets par les autorités réglementaires. »

 

Non ! Seule la dose la plus basse (0,5 mg/kg p.c./jour) – la DJA – correspond à l'allégation.

 

Et « perturbe » ? Un résumé d'article scientifique qui se borne à énoncer des différences peut-il justifier un verbe à connotation négative, anxiogène ?

 

 

(Source, source et source)

 

 

Alors qu'il s'agit fondamentalement d'un non-événement (au moins pour ceux qui cherchent des poux dans la tête du glyphosate), comme nous l'avons vu ci-dessus, l'auteur insiste :

 

« Un tel intérêt pour les colonies bactériennes de l’intestin est dû à l’accumulation de nouvelles connaissances montrant que leur perturbation peut avoir des impacts sur le métabolisme, l’immunité et même la cognition. »

 

Il y a, certes, noyée dans le texte – nous dirons : artistiquement – des mises en perspective :

 

« "La première question à laquelle nous cherchions une réponse était de savoir si le glyphosate est un antibiotique, explique M. Mesnage. Notre expérience ne met pas en évidence une telle propriété : dans le milieu intestinal, le glyphosate ne semble pas en mesure de tuer des bactéries. Au contraire, on observe que certains types de bactéries prolifèrent, comme si elles étaient capables de tirer profit du glyphosate." »

 

Ou encore, à propos du stress oxydatif, qui aurait été observé pour la première fois chez un vertébré :

 

« Cependant, ajoute M. Coumoul [toxicologue, INSERM, Université de Paris], qui n'a pas participé à ces travaux, "Il n'est pas certain que la population humaine, en Europe en tout cas, soit effectivement exposée à de tels niveaux par voie alimentaire". »

 

Il est difficile de croire que M. Xavier Coumoul ne sait pas que les niveaux d'exposition de la population française au glyphosate sont très, très inférieurs à la DJA. On peut avoir envie d'écrire ici un adjectif qu'il n'est pas prudent d'employer !

 

Toujours à propos du stress oxydatif :

 

« "Nous relevons des molécules qui sont des marqueurs de stress oxydatif sur les animaux exposés aux plus faibles doses de Roundup, mais pas sur ceux exposés aux plus faibles niveaux de glyphosate pur", précise M. Mesnage. […] »

 

Voilà une information qui aurait pu être mise en valeur, sachant – voir plus haut – que le consommateur n'est pas exposé au Roundup.

 

Mais il y avait moyen de la valoriser... sous forme d'un élément versé à une « controverse » :

 

«  Cette preuve, apportée au niveau moléculaire, d'un stress oxydant induit chez le rat par un désherbant à base de glyphosate, alors que le glyphosate seul avait peu d'effets, est un élément supplémentaire dans la controverse sur la cancérogénicité du célèbre herbicide — classé "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), au contraire des agences réglementaires. En effet, dans sa monographie de 2015, le CIRC avait déjà identifié le stress oxydant comme le mécanisme probable par lequel le glyphosate pouvait être à l'origine de cancers. »

 

Et hop ! Le tour est joué !

 

 

Le CIRC ? Ah bon ?

 

 

(Source)

 

 

La monographie du CIRC se poursuit, certes, par des informations sur des études réalisées sur cellules. Mais on ne se lassera pas de répéter : il y a loin de l'in vitro à l'in vivo.

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MARC FAURE 07/02/2021 10:21

Bonjour, fait-on autan d'études pour tester la co.....e de ces journaleux ? Eux, ne se remettent jamais en question.

max 05/02/2021 16:11

J'aime bien, alors même que l'auteur de l'étude dit qu'il n'y a pas d'étude qui montre de toxicité du glyphosate au niveau trouvé dans la nourriture, Foucart continu de persister sur celle-ci.