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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Point de vue : Parlons du méthane et du bétail

13 Janvier 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #élevage

Point de vue : Parlons du méthane et du bétail

 

Jack DeWitt*

 

 

Image : Rudmer Zwerver, Shutterstock

 

 

Le méthane. Le principal composant du gaz naturel. Un atome de carbone et quatre atomes d'hydrogène (CH4). Je sais que vous en avez assez d'entendre à quel point il est mauvais comparé au dioxyde de carbone en tant que gaz à effet de serre, et que le bétail en est l'une des principales sources. Je sais, j'ai écrit sur le réchauffement climatique et la prétendue contribution de l'agriculture à ce phénomène à plusieurs reprises dans un passé récent, mais l'accent va être mis sur ce point avec le nouveau gouvernement Biden, et il convient donc de clarifier et de répéter certains points.

 

Tout d'abord, l'herbe et les céréales consommées par le bétail éliminent le dioxyde de carbone de l'air. Dans le rumen, les méthanogènes se nourrissent du produit de la fermentation des plantes que la vache a mangées et libèrent une partie du carbone consommé par la vache sous forme de méthane. Le méthane libéré dans l'atmosphère lors des « rots de vache » se décomposera en dioxyde de carbone en 10 à 12 ans. C'est un cycle qui se poursuit depuis que les ruminants ont occupé leur niche sur Terre, de sorte que la quantité de méthane dans l'atmosphère provenant des ruminants (bovins pour l'alimentation, bovins de trait, moutons, chèvres, bisons, cerfs, élans, antilopes, etc.) n'a pas beaucoup changé depuis des milliers d'années.

 

Ensuite, l'impact du méthane du bétail aux États-Unis diminue grâce aux gains d'efficacité de la production de viande bovine et de lait, selon les données du Département américain de l'Agriculture. En 1970, 12,5 millions de vaches laitières ont produit 53 millions de kilos de lait. En 2019, 9,3 millions de vaches ont produit 99 millions de kilos, soit 86 % de lait en plus pour 26 % de vaches en moins. Depuis 2000, la production de lait par vache a augmenté de 28 % et l'industrie laitière produit aujourd'hui 30 % de lait en plus avec un nombre légèrement plus élevé de vaches. Le nombre de bovins de boucherie a diminué de 6 % depuis 1970, mais la production de viande de ces bovins a augmenté de 25 %, en partie en raison du poids plus important à l'abattage, rendu possible par l'élevage d'animaux qui ont un taux de croissance plus élevé et une meilleure efficacité alimentaire. Ces tendances en matière d'efficacité vont se poursuivre. Attendez-vous à des percées dans le domaine des additifs alimentaires qui augmenteront l'efficacité de l'alimentation en supprimant la production de CH4 par les méthanogènes dans le rumen.

 

L'énergie non utilisée par les méthanogènes serait alors disponible pour la croissance des animaux ou la production de lait.

 

 

Image de Joseph Sorrentino, Shutterstock

 

 

Attendez-vous à ce que les militants fassent pression sur l'administration Biden pour qu'elle démantèle les grandes étables laitières et d'embouche, et qu'elle mette plus de bétail au pâturage. Le président Eisenhower a dit un jour : « Il est facile de produire quand votre charrue est un crayon et que vous êtes à 1 000 kilomètres du champ de maïs ». Les activistes et les bureaucrates qui préconisent de mettre plus de bétail au pâturage pour réduire les émissions de gaz à effet de serre sont trop éloignés des champs de maïs. Les bovins au pâturage émettent plus de méthane pour plusieurs raisons :

 

  1. L'alimentation du bétail avec des céréales supprime les méthanogènes dans le rumen. L'engraissement du bétail à l'herbe ne fait qu'augmenter la quantité de nourriture à fermenter dans le rumen et l'émission de méthane par unité de gain de poids.

 

  1. Il faut plus de temps pour atteindre le poids d'abattage, il y a donc plus de jours pour roter.

 

  1. Les militants affirment que le fait de laisser du fumier sur les pâturages réduit les émissions, mais c'est le contraire qui se produit. Le fumier frais contient généralement environ 6 kg d'azote par tonne. Sur un pâturage, les bouses perdent de 40 à 60 % de l'azote présent et l'émettront dans l'atmosphère. Rassemblées quotidiennement et placées dans une lagune couverte peut réduire les pertes à 15 pour cent. Le méthane produit dans la lagune peut ensuite être brûlé pour produire de l'électricité pour une ferme laitière ou un parc d'engraissement.

 

Et pourquoi le méthane serait-il si mauvais ? Comparé au dioxyde de carbone, c'est un gaz minuscule dans l'atmosphère (413 ppm contre 1,7 ppm, ou 0,041 % contre 0,00017 %). Les climatologues affirment que son potentiel de réchauffement est environ 80 fois supérieur à celui du CO2 sur une période de 20 ans. La réponse est dans les trous infrarouges qu'il bouche. La vapeur d'eau est de loin la molécule d'absorption de chaleur la plus abondante dans l'atmosphère, et pour nous, c'est une bonne chose. Sans quelque chose pour retenir la chaleur du soleil, la terre serait très froide, comme l'est Mars aujourd'hui. D'un autre côté, si une partie de la chaleur ne s'échappait pas dans l'espace, la Terre pourrait être trop chaude pour la vie, comme Vénus.

 

Lorsque les ondes lumineuses visibles du soleil frappent la Terre, une partie est renvoyée dans l'espace par des surfaces blanches comme la neige, la glace ou les nuages. La majeure partie est absorbée par le sol, les roches, la végétation, etc. Ces objets restituent l'énergie sous forme d'ondes de chaleur infrarouge, que nous pouvons sentir mais pas voir. Ces ondes sont plus longues que les ondes lumineuses et sont plus facilement piégées par la vapeur d'eau, le dioxyde de carbone, le méthane et d'autres gaz. Ces gaz réémettent la chaleur dans toutes les directions, certains rayons s'échappant dans l'espace et d'autres rebondissant sur la Terre.

 

Un problème survient lorsqu'une trop grande partie de l'infrarouge est renvoyée vers la Terre. La vapeur d'eau n'absorbe pas toutes les longueurs d'onde dans l'infrarouge. (La longueur des ondes infrarouges varie d'un milliardième de mètre à un millième de mètre). Certaines ondes peuvent donc retourner sans encombre dans l'espace. C'est là que les gaz à effet de serre entrent en jeu : ils bouchent les trous que la vapeur d'eau laisse ouverts. Le dioxyde de carbone bouche une grande partie des mêmes trous que la vapeur d'eau, mais aussi des trous que la vapeur d'eau ne bouche pas. Le méthane ne bouche les trous ni du dioxyde de carbone ni de la vapeur d'eau, ce qui le rend particulièrement efficace en tant que gaz à effet de serre.

 

Au niveau mondial, le bétail n'est pas la principale source de méthane et, comme je l'ai dit au début, le méthane provenant du bétail commence sous forme de dioxyde de carbone dans l'atmosphère et finit par être recyclé en dioxyde de carbone atmosphérique. La source la plus importante est l'industrie du pétrole, du gaz naturel et du charbon (19 %). Les ruminants seraient responsables de 16 % des émissions. Le traitement des eaux usées et les déchets animaux contribuent chacun pour 5 %. La culture du riz est responsable de 12 % des émissions, car les méthanogènes se comportent bien dans les sols gorgés d'eau où les niveaux d'oxygène sont réduits. Les décharges et la combustion de la biomasse représentent 14 % des émissions. Les termites émettent 4 %, et les zones humides et autres sources naturelles, 25 %.

 

Si le nouveau gouvernement veut payer les agriculteurs pour qu'ils stockent du carbone, je pense que ce serait bien. Et j'espère qu'ils se rendront compte que les données de l'Agence Américaine de Protection de l'Environnement attribuent 9 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) des États-Unis à l'agriculture, et attribuent à l'agriculture et à la sylviculture le mérite de compenser 11 % des émissions de GES des États-Unis, en absorbant le CO2 dans la matière organique du sol et les tissus végétaux. Un résultat net positif de 2 % pour l'agriculture et la sylviculture.

 

____________

 

Jack DeWitt est un agriculteur-agronome dont l'expérience agricole s'étend sur plusieurs décennies, depuis la fin de la traction hippomobile jusqu'à l'âge du GPS et de l'agriculture de précision. Dans son livre « World Food Unlimited », il raconte tout cela et prédit comment nous pouvons avoir un monde futur avec une nourriture abondante. La version originale de cet article a été publiée par Agri-Times Northwest.

 

Source : Perspective: Let's talk about methane and cattle | AGDAILY

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joletax 13/01/2021 15:12

certain, avait trouvé un mot absolument génial pour résumer les théories de l'effet de serre , enfin qui n'est pas à proprement parler un effet de serre, mais tout de même..... le bidulator

l'auteur nous gratifie de sa compréhension du phénomène, avec une assurance désarmante, comme toujours
Lindzen expliquait, et calculait avec son comparse(maintenant que walking dead est "élu", on ne dit plus collègue mais comparse, ou complice, pour les questions climatiques) Spencer,que dans l'hypothèse d'une atmosphère terrestre dépourvue de gaz à.. effet de ..? vous m'avez compris, la t° de celle-ci se stabiliserait à... 60°
d'autre part... ou entr'autre

La majeure partie est absorbée par le sol, les roches, la végétation,
ben non, les mers et lacs etc représentent 4/5 de la surface du globe, et le rayonnement lumineux est particulièrement efficace dans ce milieu pour céder son énergie
on ne sait pas trop par contre qu'elle est la répartition entre évaporation, et émissivité de la surface de l'eau
et on n'en sait encore moins sur l'éventuelle absorption d'une encore plus éventuelle "backradiation" dans l'eau

mais comme toujours, les mantras verts finiseent par avoir valeur d'évangile

Paul Aubrin 13/01/2021 10:44

Effectivement, que les ruminants vivent en liberté ou en élevage, ne change pas grand-chose à la quantité de méthane qu'ils émettent.
Il est facile de voir l'effet sur l'atmosphère d'un doublement (de 1,7 à 3,4 parties par million) de la concentration de méthane à l'aide d'un calculateur MODTRAN:

http://climatemodels.uchicago.edu/modtran/
régler sur midlatitude summer, 0km looking up.
1,7 ppm : flux bloqué par l'atmosphère 326,56 W/m² ; température équivalente du ciel (loi de Stefan-Boltzmann) 275,483K
3,3 ppm : flux 326,87 W/m² température équivalente : 275,548K.
Différence : 0,31 W/m².
Hausse de température associée à ce doublement : 0,065K (6 ,5 centièmes de °C) pour un doublement qui ne se produira jamais.