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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Perturbateurs endocriniens et Covid : c'est quoi ça, Université de Paris et INSERM ?

10 Janvier 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Covid-19

Perturbateurs endocriniens et Covid : c'est quoi ça, Université de Paris et INSERM ?

 

 

 

 

Mon butinage matinal sur la toile m'a conduit à un communiqué de presse de l'Université de Paris et de l'INSERM, puis à un article scientifique, puis...

 

Procédons dans l'ordre chronologique.

 

 

Le résumé

 

Voici le résumé de « Endocrine disrupting chemicals and Covid-19 relationships: A computational systems biology approach » (relations entre substances chimiques perturbant le système endocrinien et Covid-19 : une approche de biologie systémique computationnelle) de Qier Wu, Xavier Coumoul, Philippe Grandjean, Robert Barouki et Karine Audouze. L'article a été mis en ligne le 30 octobre 2020 par la revue Environment International.

 

Faits marquants

 

  • Toxicologie des systèmes intégrative pour relier les EDC [endocrine disrupting chemicals – substances chimiques perturbant le système endocrinien] aux prédicteurs de la gravité de la Covid-19.

 

  • Un modèle de réseau tripartite pour évaluer les associations EDC-protéine-maladie.

 

  • Les voies de signalisation Th17 et AGE/RAGE ont été identifiées comme des liens prometteurs.

 

  • Les mécanismes moléculaires des EDC en tant que facteurs potentiels de la gravité de la Covid-19.

 

 

Résumé

 

Contexte

 

Les patients à haut risque de formes graves de la Covid-19 souffrent fréquemment de maladies chroniques, mais d'autres facteurs de risque peuvent également jouer un rôle. Les facteurs de stress environnementaux, tels que les perturbateurs endocriniens, peuvent contribuer à certaines maladies chroniques et peuvent aggraver l'évolution de la Covid-19.

 

Objectifs

 

Pour explorer les liens possibles entre les EDC et la gravité de la Covid-19, une approche de biologie systémique intégrative a été élaborée et appliquée.

 

Méthodes

 

Dans un premier temps, des ensembles de données pertinentes ont été compilés à partir des principales sources de données. Les associations biologiques des principales EDC aux protéines ont été extraites de la base de données CompTox. Les associations entre les protéines et les maladies connues pour être d'importantes comorbidités de la Covid-19 ont été obtenues à partir des bases de données GeneCards et DisGeNET. Sur la base de ces données, nous avons développé un réseau tripartite (EDC-protéines-maladies) et l'avons utilisé pour identifier les protéines qui se chevauchent entre les EDC et les maladies. Les voies de signalisation pour les protéines communes ont ensuite été étudiées par une analyse de surreprésentation.

 

Résultats

 

Nous avons trouvé plusieurs voies statistiquement significatives qui peuvent être déréglées par des EDC et qui peuvent également être impliquées dans la gravité de la Covid-19. Les voies de signalisation Th17 et AGE/RAGE étaient particulièrement prometteuses.

 

Conclusions

 

Des voies ont été identifiées comme des cibles possibles des EDC et comme des facteurs de gravité de la Covid-19, mettant ainsi en évidence les liens possibles entre l'exposition à des substances chimiques de l'environnement et le développement de maladies [ou « de la maladie » – en anglais : « disease development »]. Cette étude documente également l'application des méthodes de biologie systémique computationnelle en tant qu'approche pertinente pour améliorer la compréhension des mécanismes moléculaires reliant les EDC et les maladies humaines, contribuant ainsi à la prévision toxicologique. »

 

C'est clair, non ? C'est frustrant, oui.

 

 

Le communiqué de presse

 

Voici, dans son intégralité le texte explicatif tiré du communiqué de presse intitulé : « Rôle possible de l’exposition aux perturbateurs endocriniens dans la sévérité de la Covid-19 » :

 

« Une nouvelle étude, portée par Karine Audouze (Maître de conférences, Université de Paris) au sein du laboratoire T3S* (Université de Paris, Inserm) et publiée le 19 novembre 2020 dans la revue Environment International, révèle que l'exposition à des produits chimiques qui dérèglent le système endocrinien (les perturbateurs endocriniens ou PE) pourrait interférer avec différents signaux biologiques du corps humain jouant un rôle important dans la sévérité de la Covid-19.

 

Certains sujets infectés par le SARS-CoV2 n’ont aucun symptôme majeur; d'autres tombent gravement malades. La littérature scientifique a prouvé que l’âge, le sexe, le poids et les maladies chroniques préexistantes, jouent un rôle dans la variabilité substantielle de l'évolution de la Covid-19. D’autres facteurs comme les polluants de l’environnement pourraient aussi être impliqués, notamment en favorisant l’obésité et les maladies chroniques.

 

En effet, "notre nouvelle étude révèle que l'exposition à des produits chimiques qui dérèglent le système endocrinien (les perturbateurs endocriniens ou PE) pourrait interférer avec différents signaux biologiques du corps humain jouant un rôle important dans la sévérité de la Covid-19" explique Karine Audouze.

 

L'exposition aux perturbateurs endocriniens a été associée à des maladies chroniques métaboliques telles que le diabète, l'obésité ou certaines maladies cardiaques, qui peuvent toutes contribuer à la gravité de la Covid-19. Pour mieux comprendre les relations entre ces substances et l’augmentation du risque de Covid-19 sévère, les chercheurs ont utilisé une approche bio-informatique.

 

Ils ont pour cela identifié les voies biologiques (et les protéines clés de ces voies) qui étaient associées à la fois aux modes d’action des PE et, en parallèle, aux maladies chroniques favorisant la sévérité de la Covid-19. Ils ont alors pu identifier des voies communes, qui sont en l’occurrence impliquées dans la défense de l’organisme vis à vis de pathogènes (la réponse immunitaire).

 

Les auteurs en concluent qu’il existe une relation possible entre la gravité de cette pandémie et la détérioration de notre environnement par les produits chimiques. Ils soulignent d’une part que les populations fortement exposées aux PE méritent la meilleure prévention possible et d’autre part que les protéines clés des voies biologiques qui sont à la fois ciblées par les PE et liées à la gravité de la Covid-19, peuvent représenter des cibles possibles pour les thérapies futures. »

 

_______

 

* Unit T3S : Environmental Toxicity, Therapeutic Targets, Cellular Signaling and Biomarkers

 

 

Et ?

 

Extrayons (c'est nous qui graissons) : « pourrait interférer » ; « pourraient aussi être impliqués » ; « pourrait interférer » ; « peuvent toutes contribuer » (mais là on peut considérer que c'est un constat de fait) ; « il existe une relation possible entre la gravité de cette pandémie et la détérioration de notre environnement par les produits chimiques » ; « peuvent représenter des cibles possibles pour les thérapies futures ».

 

Quel est l'intérêt de cette publication ?

 

Il y a certes le fameux « publier ou périr »... Il y a aussi la mise en cause appuyée – militante – des perturbateurs endocriniens et de l'environnement, même si c'est sous forme conditionnelle... Notons que parmi les auteurs figure Philippe Grandjean... ce qui doit mettre l'esprit critique en alerte.

 

Et après ? Quoi d'autre ?

 

Si nous avons bien compris, les auteurs ont trouvé par l'exploitation de bases de données des associations entre perturbateur endocrinien (avéré et/ou suspecté ?) et un facteur de comorbidité pour la Covid-19. On a envie de dire : « big deal ! » Et ils annoncent (communiqué de presse) :

 

« ...il existe une relation possible entre la gravité de cette pandémie et la détérioration de notre environnement par les produits chimiques »...

 

La notion de détérioration de l'environnement ne figure pas dans l'article scientifique. Et c'est une conclusion fort audacieuse, même si elle est tempérée par l'adjectif « possible ».

 

Ce lien passe par des protéines du métabolisme. Et les auteurs annoncent (communiqué de presse) :

 

« ...les protéines clés des voies biologiques qui sont à la fois ciblées par les PE et liées à la gravité de la Covid-19, peuvent représenter des cibles possibles pour les thérapies futures. »

 

C'est encore une conclusion fort audacieuse !

 

Voici celle de l'article scientifique :

 

« 5. Conclusion

 

Les résultats de cette étude informatique semblent être une première étape prometteuse pour établir un lien systématique entre un groupe important de substances chimiques environnementales et la gravité de la Covid-19, bien que les conclusions doivent être étayées par des tests de dépistage à haut débit et des données cliniques et expérimentales. Néanmoins, ces observations établissent un lien entre des facteurs de stress environnementaux et des maladies infectieuses et soutiennent une approche intégrée de l'exposome. L'étude préliminaire des voies AGE/RAGE et IL-17 illustre le lien potentiel entre l'exposition aux EDC et les maladies prédisposant à la gravité de la Covid-19. »

 

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Murps 11/01/2021 20:33

Une étude basée plutôt sur les signes astrologiques que les sur les perturbateurs endocrichoses ne donneraient pas la même chose ?

Jeremia 11/01/2021 13:50

"Conclusion: ce que nous avançons dans cette étude semble devoir encore être démontré..."
En attendant, mangez 5 fruits et légumes par jour.

Hbsc Xris 10/01/2021 20:45

Rien de nouveau, autrefois, on ne parlait pas de perturbateurs endocriniens, mais certains sujets comme l'avancée de l'âge des premières règles étaient déjà sérieusement débattus : https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1981_num_36_3_282759 . Une meilleure nutrition semble avoir été un facteur dominant. Idem la question de ce qu'on a longtemps appelé les "crétins", des gens souffrant d'un déficit génétique mineur de fonctionnement de la thyroïde, mais qui devenaient des "crétins" par manque d'iode dans leur alimentation et eau de boisson du fait de la géologie dans certaines régions de montagne. Une simple supplémentation en iode dans le sel a mis fin à des siècles de calvaire pour ces pauvres gens.
Pour ce qui est du diabète 2, de l'obésité ou des maladies cardio-vasculaires, je suis toujours sidérée de voir des chercheurs plancher sur des variations de taux infinitésimales de divers composants chimiques, lorsque le coupable est, je pense, aussi visible que le nez au milieu de notre figure : la sur-alimention en général et le sucre principalement. 1kg par habitant et par an en France en 1800, ce qui devait faire 10 kg pour les riches et quasi rien pour les autres, et 35 kg par habitant et par an en France aujourd'hui (et ne venez pas me parler de miel, les pauvres n'y avaient pas accès, c'était un produit de riches). Le sucre, une modification inouïe pour nos organismes survenue en un temps trop court. Pour la petite histoire, dans la bonne société du début du XXème siècle, on "soignait" les diabètes 2 par un régime sans sucres et avec une restriction de tous les glucides. Il y avait même des cliniques spécialisées en Allemagne. Puis dans les années 1930 est découverte l'insuline et d'autres médicaments, alors on oublie les régimes "sans sucre". On les redécouvre aujourd'hui dans le monde anglo-saxon et le taux de réussite ne tient qu'à une condition : la volonté de suivre un régime. Que les producteurs de betteraves me pardonnent !
Si la haute administration française, du fait de son recrutement, souffre d'un déficit gravissime en connaissances scientifiques, même basiques, il me semble également que les scientifiques souffrent actuellement d'un grave déficit dans le domaine des connaissances historiques ( maladies du passé, mortalités épouvantables, rendements agricoles désastreux, catastrophes naturelles, etc)

jean 10/01/2021 16:08

ces gens savent ils l'importance tenue par les hormones (pilules )utilisées par la population humaine dans le phénomène de perturbateurs endocriniens. Un fondateur d'une FRAPNA disait à une fin de réunion avec des représentants agricole:l'agriculture s'est beaucoup amélioré il reste le problème des stations d'épurations où les hormones vont toutes dans les eaux rejetées en rivières...

Justin 11/01/2021 08:31

Comme les plus gros consomateurs de PE, à savoir les femmes à cause de la pillule sont moins affectés par la COVID, ne faudrait il pas pousser à leur consomation, y compris chez les hommes?