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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La DGCCRF contribue à une scandaleuse désinformation sur les OGM

15 Janvier 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Semences

La DGCCRF contribue à une scandaleuse désinformation sur les OGM

 

 

On les cultive et les utilise depuis bientôt 40 ans. Mais pour la DGCCRF (la « répression des fraudes »), les OGM peuvent toujours « avoir des conséquences irréversibles pour l’environnement et représenter un risque pour la santé ». C'est une double infox.

 

 

(Source)

 

 

L'hystérie anti-OGM mène à la « tolérance zéro » dans les semences

 

La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a des missions qui sont assez bien décrites dans sa dénomination.

 

Veiller au respect des lois dans son domaine de compétence et à leur bonne application, que la loi soit bonne, mauvaise... ou carrément stupide.

 

L'Europe en général – et la France en particulier – a fait le choix de refuser la culture des plantes génétiquement modifiées sur son territoire. Ce n'est pas une décision de principe, mais un choix « politique » – ou plutôt politicien par jet de l'éponge – qui s'exprime par des obstacles quasi insurmontables dans la procédure d'homologation des OGM pour la culture.

 

Le maïs MON810, résistant à la pyrale et à la sésamie, est certes autorisé – et cultivé en Espagne et dans une moindre mesure au Portugal –, mais il s'agit d'un « accident de parcours ».

 

L'hystérie anti-OGM relève d'une schizophrénie liée au fait que nous sommes déficitaires pour certains produits et que, par ailleurs, nous sommes liés par des accords internationaux, en particulier au niveau de l'OMC : des produits GM sont donc autorisés à l'importation pour l'utilisation dans l'alimentation animale et/ou humaine, mais l'Europe refuse à ses agriculteurs la possibilité de cultiver les variétés en cause et de bénéficier de leurs avantages.

 

Et la culture n'étant pas autorisée – et les gouvernements étant d'une extraordinaire lâcheté –, les semences des espèces considérées utilisées en Europe doivent être totalement exemptes de graines GM (« tolérance zéro »).

 

 

Un immense gâchis réel et potentiel

 

Les lots « contaminés » doivent être détruits, tout comme les cultures qui seraient issues de lots « contaminés » ayant échappé à la vigilance avant le semis. Il en résulte un formidable gâchis. La DGCCRF note ainsi dans son communiqué :

 

« Parmi les 48 lots contrôlés pendant la campagne 2018-2019, un lot de semences de colza a été déclaré "non conforme" en raison de la détection de l’ADN du colza transgénique GT73, non autorisé à la culture. Cette alerte relative à la présence fortuite d’OGM a conduit à retirer 3 307 sacs de semence de colza et à détruire les parcelles ayant déjà été semées. »

 

Cela a concerné selon les informations les plus récentes environ 900 agriculteurs pour près de 20.000 hectares... tout cela pour la présence fortuite de 0,005 % de graines GM, soit 5 pour 100.000 graines, ou encore entre 15 et 30 graines GM par hectare... tout cela pour une culture qui sert essentiellement à faire de l'huile dans laquelle le caractère GM aura disparu, une huile éventuellement utilisée pour produire un biocarburant, et un tourteau destiné à l'alimentation animale.

 

Le GT73 est pourtant autorisé pour l'alimentation humaine et animale depuis 2005... Mais rassurez-vous... nous avons en Europe, et en particulier en France, de grands programmes et de gigantesques ambitions pour lutter contre la gaspillage alimentaire (et bien sûr « sauver la planète »)...

 

 

Contrôler les lots de semences... et faire le buzz

 

La DGCCRF est donc chargée de contrôler les lots de semences et, à l'occasion, de faire le buzz sur son zèle et sa formidable efficacité.

 

Le 5 janvier 2021, elle a ainsi publié un communiqué sobrement intitulé « Recherche de la présence d'OGM dans les semences des grandes cultures ».

 

En résumé :

 

« À la suite de la détection, en 2018, d’un cas de colza transgénique, les investigations menées en 2019 ont ciblé cette culture et conclu à la conformité de tous les lots contrôlés. »

 

Apprécions la célérité des opérations... et fermons cette parenthèse.

 

 

Une double infox sur des risques fantasmés

 

C'est le contenu de la communication qui pose problème. Selon le chapô,

 

« La présence d’OGM non autorisés dans les semences, graines destinées à la culture et premier maillon de la chaîne alimentaire, peut avoir des conséquences irréversibles pour l’environnement et représenter un risque pour la santé si leur innocuité n’a pas été évaluée. C’est pourquoi la DGCCRF contrôle chaque année les lots de semences destinés à être mis sur le marché français. »

 

Tout est évidemment dans le semi-auxiliaire « peut ».

 

Mais ces OGM n'ont aucune conséquence irréversible sur l'environnement. Sauf exception peu probable (un OGM en cours d'homologation), ils sont autorisés à la culture et cultivés dans d'autres pays sans que des effets – autres que les avantages procurés par le caractère GM lors de leur culture – n'aient été constatés. De fait, ils y ont été évalués du point de vue environnemental.

 

Ces OGM ne présentent pas non plus de risques pour la santé. Cet aspect aura aussi été vérifié dans les pays d'origine. Et, sauf exception (un OGM en cours d'homologation en Europe ou dont l'homologation n'aura pas été demandée), ils sont autorisés en Europe pour l'alimentation animale et/ou humaine.

 

En bref, la communication de la DGCCRF est d'une rare indigence sur le plan des faits et des effets.

 

Elle a fait l'objet d'une avalanche de critiques sur Twitter. À l'heure où nous écrivons, aucune mesure corrective n'a été prise par le ministère et la direction.

 

 

Toujours plus !

 

Pour le surplus, les enquêteurs ont trouvé qu'il y a

 

« Globalement, une bonne maîtrise du risque ».

 

Mais on ne saurait s'en contenter... surtout pour un risque dépourvu de base matérielle et portant uniquement sur le respect d'une réglementation hors-sol :

 

« De manière générale, les enquêtes ont montré que les principaux opérateurs maîtrisent le risque de contamination par des OGM des semences mises en marché en France. Néanmoins [...] »...

 

Les enquêteurs ont donc incité par leurs contrôles

 

« les opérateurs concernés à s’engager dans l’amélioration de la qualité des autocontrôles et à apporter des ajustements aux protocoles d’analyse ».

 

Et, bien sûr,

 

« la DGCCRF poursuivra les contrôles réguliers dans ce secteur ».

 

La fonction des fonctionnaires n'est-elle pas de fonctionner ?

 

Et, pendant ce temps, notre ami Albert Amgar se lamente sur son excellent blog, à juste titre, de l'insuffisance des contrôles dans le domaine de la sécurité sanitaire de l'alimentation et du déclin de ce service important pour la santé publique.

 

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Marc FAURE 17/01/2021 09:56

Bonjour, que fait la DGCCRF dans les marchés, auprès des importateurs peu respectueux, sur les produits "bio" venant de l'étranger, dans les restaurants "chinois" turcs et autres ? RIEN