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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Cette campagne que l'on oublie », une jolie tribune de Mme Anne-Cécile Suzanne dans le Monde

18 Janvier 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

« Cette campagne que l'on oublie », une jolie tribune de Mme Anne-Cécile Suzanne dans le Monde

 

 

 

 

Le 30 décembre 2020, dans son édition papier, le Monde a consacré deux tiers de page à une tribune psychédélique, « Il y a urgence à reconnecter notre économie aux réalités de cette nature au bord de l’épuisement ». Nous l'avons commentée dans « Dans le Monde : ils se catapultent sur orbite pour dire qu'il y a urgence à (re)toucher terre ! »

 

Le tiers de page restant a été consacré à une bien jolie tribune de Mme Anne-Cécile Suzanne, agricultrice dans l'Orne (et consultante à Paris – voir aussi ici), « Cette campagne que l'on oublie » (version papier) et « Notre campagne s’endort, comme un vieillard qu’on oublie ».

 

Bien jolie, d'une jolie plume... mais un peu triste...

 

« Au village, la boulangerie est à vendre, tandis que le café n’a, depuis des années, jamais été repris. Les vaches, qu’on voyait souvent pâturer dans les prairies, sont maintenant difficiles à trouver depuis que leurs éleveurs ont déclaré forfait. Les prés d’ailleurs ne fleurissent plus et sont progressivement labourés, ou abandonnés. Les animaux sauvages se voient ainsi délogés, mais ça, on ne le voit pas au rayon végan du supermarché. Beaucoup d’usines ont fermé, et les emplois avec elles, parce qu’elles n’ont pas su s’adapter au « tout globalisé ». Les maisons se vident la semaine, pour ne devenir que des résidences de week-end. Le train est en panne, l’avion ne passera jamais, alors la voiture sort du garage pour aller au supermarché parce que dix kilomètres, c’est long à pédaler. Doucement, notre campagne s’endort, sans faire grand bruit. »

 

Et elle en a « Plein les bottes » :

 

« "Pourquoi ne préserve-t-elle pas ses paysages en l’état ?", lui demande-t-on, affolé, depuis le macadam desséché des petits espaces urbano-développés. "Pourquoi ces agriculteurs si bêtes n’arrêtent-ils pas les pesticides ?", se demande-t-on, en polluant chaque jour les eaux de nos produits ménagers, en rendant les poissons stériles à cause de nos pilules hormonées. "Pourquoi la ruralité ne se mue-t-elle pas en musée ?", se demande-t-on, pour permettre à la ville d’encore plus vite avancer, urbaniser, polluer ?

 

Retournons dans cette campagne :

 

« On lui impose des normes, des politiques de Paris, Lyon et Marseille, alors qu'elle aimerait, juste un peu, faire ce qu'elle veut. Elle sait ce qu'il faut faire pour nourrir les gens, vivre heureux au grand air, créer des métiers qui, parce qu'ils ont un sens, créent de la fierté. Elle sait intégrer les personnes âgées, les chômeurs de longue durée. Elle est pleine d'un terroir qui, même jusqu'à l'Elysée, enchante le palais. Elle en a juste marre de voir ses jeunes partir dès qu'ils sont diplômés, son Internet ramer pour chaque octet de données. Elle en a marre qu'on ne parle que banlieues, bio et 5G, alors qu'elle, c'est de services collectifs, d'entreprises et de médecins qu'elle a besoin. »

 

Était-ce arrangé ? Il y a une sorte de réponse à la tribune psychédélique d'Éric Andrieu et Cie :

 

« ...Elle rêve d'un changement de ton, d'une tentative de compréhension de la part de ceux qui, de plus en plus, ne rêvent que d'une campagne idéalisée, mais surtout sacrifiée, dont il fait bon profiter entre avril et septembre, le temps d'une randonnée, d'un bon golf ou d'un canard mijoté. »

 

En février 2020, Mme Anne-Cécile Suzanne avait publié dans le Monde « Anne-Cécile Suzanne : "Le discours adressé aux agriculteurs est d’une incohérence totale" » (texte complet ici). Soyons cependant clair : nous ne partageons pas l'entièreté de l'approche.

 

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