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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'agro-écologie va mettre en péril la sécurité alimentaire de l'Afrique, met en garde un responsable de l'agriculture

16 Décembre 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agro-écologie, #Afrique

L'agro-écologie va mettre en péril la sécurité alimentaire de l'Afrique, met en garde un responsable de l'agriculture

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

Un agriculteur éthiopien prépare un champ avec une charrue en bois traditionnelle. Shutterstock/Artush

 

 

Une pression internationale pour que l'Afrique adopte l'agro-écologie comme principal mode de production agricole menace de mettre en péril la sécurité alimentaire du continent, a averti le vice-ministre ghanéen de l'alimentation et de l'agriculture.

 

Bien que l'agro-écologie soit une forme de production acceptable dans certains cas, elle ne peut être utilisée pour nourrir la population mondiale croissante, a affirmé le Dr Sagre Bambangi, économiste et député de la circonscription de Walewale.

 

« L'agro-écologie est une très bonne méthode de production en agriculture. Et nous ne l'avons pas perdue de vue. Le seul défi est que là où nous sommes, si nous insistons sur le fait que nous n'allons que dans cette direction et pas dans une autre, nous allons immédiatement rencontrer de sérieux problèmes de sécurité alimentaire », a expliqué M. Bambangi.

 

« Il y a des gens qui veulent manger des aliments produits à l'aide d'engrais organiques, etc. [et] certains peuvent se permettre de le faire », a déclaré le vice-ministre lors d'un forum public à Accra. Mais dans le cadre d'un modèle agro-écologique strict, d'autres « mourront de faim » [et] certains enfants souffriront de malnutrition et ne pourront même pas [vivre] au-delà de cinq ans. Nous devons donc être prudents. Ce sont des idées que nous pouvons poursuivre, mais la majorité de notre population a besoin de nourriture. Et ces autres méthodes rapides doivent être utilisées pour nous assurer la sécurité alimentaire. Donc, je dois être franc avec vous. Nous ne pouvons pas strictement dire que nous allons suivre cette méthode [agro-écologique]. »

 

Un certain nombre d'organisations d'aide internationale, dont ActionAid et Oxfam, ainsi que l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), ont promu l'agro-écologie notamment en Éthiopie, en Ouganda, au Burkina Faso, au Ghana et au Sénégal, en tant que voie d'avenir de la production agricole. Certains universitaires et ONG occidentaux, dont Pesticide Action Network, la Community Alliance for Global Justice et Regeneration International, poussent également l'Afrique à adopter une définition très étroite de l'agro-écologie, à l'exclusion d'autres formes de production.

 

La Ghana Alliance for Agroecology and Food Sovereignty (alliance ghanéenne pour l'agro-écologie et la souveraineté alimentaire) décrit l'agro-écologie comme un système de production agricole et alimentaire qui fonctionne avec l'écologie naturelle, plutôt que d'essayer de la contrôler. Le groupe définit l'agro-écologie comme étant biologique, ce qui signifie la non-utilisation du génie génétique, des engrais de synthèse ou des produits de lutte contre les parasites et maladies. Le groupe critique également les pratiques agricoles modernes et améliorées – y compris l'utilisation de machines lourdes comme les tracteurs – en les qualifiant de non durables.

 

Edwin Kweku Andoh Baffour, du groupe de la société civile Food Sovereignty Ghana, a déclaré au forum d'Accra que l'amélioration de l'agriculture est préjudiciable à la production alimentaire et à la planète. « Combien d'années allons-nous faire de l'agriculture comme nous le faisons ? » a-t-il demandé. « Les sols s'épuisent, la fertilité s'épuise, la biodiversité se perd parce que nous ne voulons pas regarder les besoins à long terme et introduire l'agro-écologie. »

 

Il a ensuite déclaré à l'Alliance pour la Science dans une interview que « le dernier rapport des Nations Unies sur la durabilité a déclaré que le monde doit s'éloigner de l'agriculture commerciale à grande échelle pour adopter l'agro-écologie au nom de la durabilité de la planète ».

 

Lorsqu'on a demandé à M. Bambangi quels conseils il donnerait à d'autres pays africains où des groupes d'activistes se font les champions de l'adoption de l'agro-écologie, il a exhorté les gouvernements à donner la possibilité aux agriculteurs de faire leur propre choix quant aux méthodes de production à utiliser.

 

« Nous ne devons pas perdre de vue le fait que nous devons répondre aux besoins immédiats de la population en matière de sécurité alimentaire. Car une fois que nous sommes en situation d'insécurité alimentaire, les maladies et la guerre peuvent s'installer. Nous devons créer un très, très bon équilibre entre ces idéaux dont nous parlons », a averti M. Bambangi.

 

« Les agriculteurs qui veulent pratiquer l'agro-écologie peuvent le faire », a-t-il déclaré à l'Alliance pour la Science lors d'une interview. « On ne peut pas s'asseoir sur les droits de qui que ce soit. Vous pouvez replanter vos propres semences. Mais nous sensibilisons également les agriculteurs au fait que les semences améliorées produisent de meilleurs rendements. En tant que gouvernement, nous obtiendrons un très bon mélange des deux [méthodes]. Nous ne ferons pas cavalier seul en matière d'agro-écologie. »

 

La Dre. Irene Egyir, professeure associée au département d'économie agricole de l'Université du Ghana, a convenu avec M. Bambangi que le monde ne peut pas survivre uniquement grâce à l'agro-écologie. Elle a critiqué la pression en faveur de l'adoption généralisée de l'agro-écologie, la qualifiant de rétrograde.

 

« Nous sommes partis de là », a-t-elle déclaré à l'Alliance pour la Science lors d'une interview. « Dans la progression de l'agriculture, c'était la frontière et le modèle de conservation. C'était au XVIIe siècle. Donc, nous pouvons compter sur elle comme une niche. Mais pas pour être adoptée comme la seule option. Si on dit que le Ghana possède ses propres semences, son sol, son eau, que le Ghana possède tout, cela ne sera peut-être pas possible... »

 

« Quand je suis née, nous étions six millions, et maintenant nous sommes 30 millions », a-t-elle poursuivi. « Et les bouches deviennent nombreuses. Donc, pour moi, cela [l'agro-écologie seule] n'est pas possible. Les gouvernements africains devraient la poursuivre comme une politique parallèle. Elle devrait être parallèle à tous les autres systèmes agricoles afin que nous puissions avoir la sécurité alimentaire. »

 

Le principal problème de l'agro-écologie, dit-elle, est qu'elle n'a pas la capacité de produire suffisamment pour nourrir le monde.

 

Mais M. Andoh de Food Sovereignty Ghana a insisté sur le fait que toute forme d'agriculture autre que l'agro-écologie endommage la planète. « Le coût à long terme est beaucoup plus élevé que vous ne le pensez », a-t-il affirmé. « Nous devrions aller côte à côte. »

 

Il a écarté les inquiétudes selon lesquelles de meilleures technologies sont nécessaires pour assurer la sécurité alimentaire d'un monde dont la population atteindra les 9 milliards d'habitants en 2050 selon les estimations. « La réalité de l'alimentation et de la faim est la politique de distribution de la nourriture », a insisté M. Andoh. « C'est pourquoi vous avez des montagnes de nourriture dans certains pays... et de la pauvreté dans d'autres. Le Ghana produit suffisamment de nourriture. Il s'agit de la politique de l'endroit où la nourriture finit... Nous avons des terres arables qui ne sont pas utilisées. »

 

Sur son site web, la Ghana Alliance for Agroecology and Food Sovereignty affirme que l'agro-écologie est moins chère pour les agriculteurs parce qu'ils produisent leur propre engrais organique plutôt que d'acheter des produits agrochimiques coûteux. Mais de nombreux agriculteurs pauvres n'ont pas les moyens d'élever du bétail, et d'autres n'ont pas assez d'animaux pour produire des quantités suffisantes de fumier pour fertiliser leurs champs.

 

Mme Egyir n'est pas d'accord sur le fait que l'agro-écologie est une forme de production alimentaire moins coûteuse.

 

« [Elle est] encore plus coûteuse parce qu'elle prend du temps », a-t-elle expliqué. « Et beaucoup dépend du travail. Beaucoup n'utilisent pas de machines. C'est le défi... Vous passez tellement de temps à gérer et à vous assurer que les parasites et maladies n'apparaissent pas. Cela demande du temps et des efforts. Les gens peuvent mourir parce que c'est lent et coûteux. »

 

L'agronome ougandais Nassib Mugwanya a fait valoir que les limites de l'agro-écologie rendront difficile l'augmentation de la production alimentaire en Afrique.

 

« Quels que soient les problèmes et les limites de l'agriculture moderne, l'adhésion dogmatique à un modèle basé fondamentalement sur l'agriculture traditionnelle n'est pas la solution », a-t-il fait observer. « L'agriculture africaine a besoin de transformation. »

 

« Comme les agriculteurs eux-mêmes, nous devrions cesser de nous fixer sur les pratiques et les technologies et nous concentrer plutôt sur les objectifs et les résultats, tant humains qu'environnementaux », a poursuivi M. Mugwanya. « Nous devrions abandonner la distinction arbitraire entre traditionnel et moderne – le seul critère qui donne de la cohérence aux pratiques que l'agro-écologie promeut ou évite – comme étant celle qui a peu de sens ou d'importance pour les agriculteurs pauvres. »

 

________________

 

* Source : Relying on agroecology will jeopardize Africa’s food security, ag official warns - Alliance for Science (cornell.edu)

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Il est là, fils spirituel de Seppi 16/12/2020 13:10

Perso je usis d'accord avec M Andoh. L'agro écologie peut améliorer la sécurité alimentaire en Afrique. Si elle accdepte les OGM, l'usage modéré de certains pesticides de synthèse, l'usage modéré d'engrais organiques, bien entendu.
Comment ? Ce n'est pas ce que demande M Andoh qui prône le modèle biotausaurus ? Là par contre oui c'est irréalisable pour l'Afrique.