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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Blé pérenne : le Saint Graal de la recherche sur le blé

10 Décembre 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie, #amélioration des plantes

Blé pérenne : le Saint Graal de la recherche sur le blé

 

Jake Leguee*

 

 

 

 

Si vous plantez un pépin de pomme aujourd'hui, vous devrez probablement attendre environ sept ans avant que votre arbre ne produise des fruits. Mais une fois qu'il l'a fait, il peut produire pendant des décennies.

 

C'est un gain permanent, mais les agriculteurs comme moi ne peuvent pas bénéficier de cette option. Nous cultivons des annuelles. Nos cultures ne vivent qu'une seule saison. C'est en grande partie ce que nous faisons : semer ou planter, récolter, recommencer.

 

Mais que se passerait-il si nos cultures duraient plus longtemps ? Et si nous pouvions prolonger leur durée de vie et leur capacité de production au-delà d'un an ?

 

C'est le Saint Graal de la recherche sur le blé : depuis plus d'un siècle, les scientifiques ont essayé de mettre au point une variété de blé qui produit du grain pendant des campagnes consécutives.

 

Le blé est déjà l'une des cultures les plus résistantes de la planète. C'est pourquoi je le cultive dans ma ferme de la province de la Saskatchewan, dans l'ouest du Canada. C'est parfait pour nos conditions difficiles : le blé peut résister à une mauvaise sécheresse, vivre sous des pluies extrêmes et survivre dans le froid intense. C'est la culture la plus résistante que nous produisons.

 

Mais ce n'est pas notre seule culture. Nous produisons également du canola, des lentilles, des pois et du lin. Cette diversité est bonne pour nous. Elle allonge notre rotation, est bénéfique pour nos sols et améliore notre gestion des risques. En nous appuyant sur plusieurs cultures, nous avons réduit le risque de mauvaises herbes, de parasites et de maladies. Les consommateurs bénéficient de ces résultats car ils permettent de disposer d'une alimentation plus abondante et plus abordable.

 

Le blé n'est plus la culture la plus importante de notre région en termes de dollars par production, mais c'est un élément fondamental de notre activité. C'est notre culture de base la plus traditionnelle et nous l'expédions dans le monde entier : le blé de ma ferme peut se retrouver dans des pâtes, du pain ou des biscuits dans des endroits comme l'Afrique du Nord, l'Italie, le Japon et la Turquie. Notre économie agricole dépend de la vente du produit de cette culture sur ces marchés d'exportation.

 

Je ne peux tout simplement pas imaginer l'agriculture sans blé.

 

La science moderne me permet aujourd'hui d'imaginer une révolution dans la culture du blé : la possibilité de rompre le cycle annuel et de cultiver une plante qui vit plus d'un an.

 

Les chercheurs du Land Institute et d'ailleurs travaillent dur pour transformer ce rêve de longue date des producteurs de blé en réalité. La recherche consiste à croiser des blés annuels avec des espèces d'Agropyron, dans le but de créer un blé amélioré qui puisse apporter des avantages supplémentaires aux agriculteurs et aux consommateurs.

 

Les avantages potentiels du blé pérenne sont incroyables. Il permettrait de réduire la superficie à ensemencer chaque printemps, ce qui réduirait considérablement les capitaux consacrés au carburant, aux machines et à la main-d'œuvre et, partant, le coût de production. Il permettrait également de faire face à la concurrence des mauvaises herbes annuelles, de développer des systèmes racinaires étendus pour puiser de l'eau et des nutriments, et d'être éventuellement pâturé par le bétail et d'autres types d'animaux. Enfin, il permettrait de lutter contre le changement climatique en séquestrant d'énormes quantités de carbone, en raison des années sans labour ni semis et de la croissance pendant toute la saison de croissance qu'il emploierait, en extrayant le CO2 de l'atmosphère et en le stockant dans le sol.

 

Le défi pour le blé pérenne est la durabilité économique. Les derniers prototypes produisent environ 50 à 70 % de ce que nous pouvons actuellement récolter avec le blé de printemps. C'est une bonne chose, mais ce n'est pas suffisant : je pense que si un blé pérenne peut produire de manière fiable avec un rendement relatif de 70 ou 80 %, cela pourrait être faisable dans mon exploitation, à condition que le grain soient utilisable pour la production d'aliments et de produits de boulangerie.

 

En outre, il faudrait qu'il le fasse de manière régulière : si le blé pérenne devait produire à 80 % la première année, puis tomber à 30 % la deuxième et la troisième année, cela ne fonctionnerait pas. Il devrait être performant à un niveau élevé au fil des campagnes.

 

Ce sont là des exigences importantes, mais la culture du blé est un gros travail. Sur le marché mondial du blé, nous sommes en concurrence avec la Russie, les États-Unis, l'Australie, l'UE et certains pays de l'ex-Union soviétique comme l'Ukraine et le Kazakhstan.

 

La bonne nouvelle, c'est que les scientifiques travaillent sur ce problème et qu'ils sont motivés par les énormes avantages économiques et environnementaux que le blé pérenne présenterait.

 

Cela me rend optimiste quant à l'avenir du blé pérenne. Nous avons déjà vu tant de progrès technologiques dans l'agriculture, de la bénédiction de la modification génétique à l'avènement des équipements fonctionnant avec le GPS.

 

De nombreuses cultures familières sont en fait des plantes vivaces : pas seulement les pommes et autres arbres fruitiers, mais aussi la luzerne, les asperges, etc.

 

Pourquoi pas le blé ?

 

_______________

 

Jake Leguee, agriculteur, Canada

 

Jake et sa famille exploitent une ferme d'environ 5.000 hectares – canola GM, blé, blé dur, pois, soja, lin et lentilles. L'une des premières fermes de la région à produire du soja en 2010. Il envisage maintenant de cultiver du maïs. Pas de labour depuis plus de 20 ans.

 

Source : Perennial Wheat: The Holy Grail of Wheat Research – Global Farmer Network

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