Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

2020 aurait dû être l'Année internationale de la santé des végétaux

31 Décembre 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

2020 aurait dû être l'Année internationale de la santé des végétaux

 

 

 

 

« 2 décembre 2019, Rome – L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a lancé aujourd’hui l’Année internationale de la santé des végétaux (IYPH) 2020, qui a pour but de sensibiliser le public à la protection de la santé des végétaux comme levier pour éliminer la faim, réduire la pauvreté, protéger l’environnement et doper le développement économique.

 

Les végétaux représentent 80 pour cent des aliments que nous consommons et produisent 98 pour cent de l’oxygène que nous respirons. Pourtant, ils subissent la menace constante et croissante des ravageurs et des maladies.

 

Chaque année, jusqu’à 40 pour cent des cultures vivrières mondiales sont détruites à cause des ravageurs ou des maladies. Ceci entraîne des pertes de plus de 220 milliards de dollars américains (USD), engendre la famine pour des millions de personnes et endommage l’agriculture – principale source de revenus des communautés rurales pauvres.

 

Pour ces raisons, les politiques et les mesures de promotion de la santé des végétaux sont fondamentales pour la réalisation des Objectifs de développement durable. »

 

Ainsi commençait le communiqué de presse de la FAO annonçant le lancement de l’Année internationale de la santé des végétaux 2020.

 

Persiflons un peu : un communiqué de presse dans lequel on avait réussi à caser l'incontournable référence aux « populations autochtones »... mais pas les « agriculteurs, et en particulier les femmes agricultrices ».

 

Il avait aussi osé :

 

« Le Directeur général de la FAO a ajouté que les partenariats stratégiques et les actions communes avec toutes les parties prenantes, y compris les gouvernements, le monde académique et les instituts de recherche, la société civile et le secteur privé, sont aussi essentiels à la réalisation des objectifs de l’Année internationale de la santé des végétaux. »

 

Le « secteur privé » ? Quelle horreur ! Voir sur ce site : « Le directeur général de la FAO QU Dongyu "fricote" avec CropLife International ».

 

Pendant ce temps, en Chine, dans la province de Wuhan... un coronavirus...

 

LAnnée internationale de la santé des végétaux 2020 a sans surprise été mise en quasi-sommeil.

 

La pandémie de Covid a toutefois suscité un intérêt pour une thématique plus large, connue sous son intitulé anglais, « One Health » (une seule santé), avec quelques références à la santé des végétaux.

 

« One Health », écrit Wikipedia,

 

« ...est un mouvement créé au début des années 2000 qui promeut une approche intégrée, systémique et unifiée de la santé publique, animale et environnementale aux échelles locales, nationales et planétaire. Elle vise notamment à mieux affronter les maladies émergentes à risque pandémique. »

 

Cet intérêt est un aspect positif.

 

Côté négatif, la pandémie de Covid a été largement instrumentalisée par les militantismes pour mettre en accusation l'agriculture intensive, l'élevage intensif, la consommation de viande, le commerce international, la déforestation, etc.

 

Si la chauve-souris est un important réservoir de virus potentiellement pathogènes pour l'Homme, on peut affirmer sans crainte de se tromper que la Plateforme Intergouvernementale Scientifique et Politique sur la Biodiversité et les Services Écosystémiques (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services – IPBES) sera un important réservoir de virus médiatiques hautement pathogènes pour la rationalité.

 

Le 29 octobre 2020, l'IPBES annonçait le lancement d'un nouveau rapport sur la biodiversité et les pandémies. La messe est déjà dite par l'IPBES qui cite M. Peter Daszak, président de EcoHealth Alliance et président d'un atelier de l'IPBES :

 

« Il n'y a pas de grand mystère quant à la cause de la pandémie COVID-19, ou de toute autre pandémie moderne. Les mêmes activités humaines, qui sont à l'origine du changement climatique et de la perte de biodiversité, entraînent également un risque de pandémie par leurs effets sur notre environnement. Les changements dans la manière dont nous utilisons les terres, l'expansion et l'intensification de l'agriculture ainsi que le commerce, la production et la consommation non durables perturbent la nature et augmentent les contacts entre la faune sauvage, le bétail, les agents pathogènes et les humains. C'est la voie vers les pandémies. »

 

Espérons qu'une fois la pandémie surmontée, on organisera une nouvelle année internationale de la santé des végétaux, que l'on déploiera les activités qui avaient été prévues pour 2020 ; et ce, avec le pragmatisme requis, et par le sujet pris en lui-même – la santé des végétaux –, et par l'objectif principal – nourrir le monde.

 

Notre Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation a parfaitement illustré les risques de dérapage. Il a produit un dossier sur l'Année internationale introduit avec le texte suivant :

 

« Assurer la protection des végétaux est un enjeu majeur, tant pour la biodiversité, le commerce que pour l'alimentation humaine.

 

L'année internationale de la protection des végétaux, proclamée par l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), est l'occasion de (re)présenter le dispositif français et ses agents qui réalisent des inspections via, notamment, des outils numériques.

 

C'est aussi l'occasion de comprendre comment chacun peut contribuer au bon état de la biodiversité, en veillant à ne pas introduire de végétaux d'autres pays ou en ayant recours au biocontrôle dans ses cultures. »

 

Les enjeux majeurs... dans l'ordre, « la biodiversité, le commerce [et, en dernier lieu] l'alimentation humaine ».

 

La suite n'est guère meilleure. Les communicants du Ministère en profitent pour faire l'article pour la bureaucratie (sachant toutefois que les inspections sont nécessaires) et pour le biocontrôle... C'était pondu avant la crise de la betterave sucrière...

 

 

Post scriptum

 

Quand un enseignant de lycée agricole proclame que « Faire un lâcher d'insectes, c'est plus pédagogique que d’expliquer comment faire un traitement ! » et que le Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation trouve judicieux d'en faire une page sur son site, nous avons un (très) sérieux problème.

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

un physicien 31/12/2020 19:15

Il y aura peut être un intérêt pédagogique. Le Covid a montré à tous ce qu'était une pandémie, et que pour s'en protéger on avait besoin d'un pesticide (hydroalcoolique) et d'un vaccin, le premier disponible étant à base d'ARN de synthèse.
Les animaux d'élevage et les plantes cultivées sont logées exactement à la même enseigne.
Est-ce si difficile à comprendre ?

Bebop76 31/12/2020 18:18

J'avoue ne pas avoir l'envie d'ouvrir le dossier du Ministère !
Les phrases que vous citez sont suffisamment éloquentes :
Mettre en exergue les contrôles avant toute autre chose est révélateur de l'état d'esprit de ces gens. De même on peut s'étonner de voir que l'importation de végétaux d'autres pays pose des problèmes de biodiversité, alors que le problème posé c'est celui de la protection de ces végétaux. On a vu le "savoir faire" de nos omnipotents fonctionnaires avec le biocontrôle du Charençon rouge du Palmier pour ne citer que celui là.
Tour cela me rappelle les propositions du Conseil scientifique de l'NRA il y a quelques années concernant les biotechnologies végétales : maintenir les connaissances pour pouvoir juger des traits et variétés mises sur le marché. Du contrôle encore du contrôle.
Pauvre recherche agronomique Française !