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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

[Science militante :] la protection des cultures sans pesticides apporte des avantages économiques appréciables dans la région Asie-Pacifique

16 Novembre 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Agronomie, #Activisme

[Science militante :] la protection des cultures sans pesticides apporte des avantages économiques appréciables dans la région Asie-Pacifique

 

CABI (CAB International)*

 

 

 

 

Des scientifiques ont estimé pour la première fois que les solutions de lutte contre les parasites agricoles basées sur la nature permettent de dégager 14,6 à 19,5 milliards de dollars par an dans 23 pays de la région Asie-Pacifique.

 

Les nouvelles recherches, publiées dans la revue Nature Ecology & Evolution, suggèrent que la protection non chimique des cultures (ou lutte biologique) apporte des dividendes économiques qui dépassent de loin ceux obtenus grâce à l'amélioration du matériel génétique du riz de la « Révolution Verte » (estimés à 4,3 milliards de dollars par an).

 

L'étude, menée par le Dr Kris Wyckhuys avec les contributions pour la collecte de données du Dr Matthew Cock et du Dr Frances Williams du Centre for Agriculture and Bioscience International (CABI), dévoile l'ampleur et la pertinence macroéconomique des contributions basées sur la biodiversité à la croissance de la productivité des cultures non rizicoles sur une période de 100 ans entre 1918 et 2018.

 

La lutte biologique scientifiquement guidée contre 43 invertébrés exotiques nuisibles a permis de récupérer de 73 à 100 % des pertes de rendement dans des cultures essentielles pour l'alimentation humaine et animale et les fibres, notamment la banane, l'arbre à pain, le manioc et la noix de coco.

 

« On attribue à la Révolution Verte la réduction de la famine, l'atténuation de la pauvreté et la stimulation de la croissance économique globale depuis les années 1960 – grâce au triplement de la production de riz. La pierre angulaire de la Révolution Verte a été les semences "emballées" [venant avec les engrais et les produits phytosanitaires], les technologies agrochimiques et les innovations biologiques telles que les variétés de céréales à haut rendement et résistantes aux maladies », a déclaré M. Wyckhuys, qui est affilié à des institutions universitaires en Chine, au Vietnam et en Australie.

 

« Notre recherche est la première à mesurer le bénéfice financier de l'utilisation de la lutte biologique pour combattre les parasites des cultures dans la région Asie-Pacifique et démontre comment ces approches écologiques ont favorisé la croissance et la prospérité rurales dans des environnements marginaux, mal dotés et non rizicoles », a poursuivi M. Wyckhuys.

 

« En plaçant ainsi les innovations agro-écologiques sur un pied d'égalité avec les mesures à forte intensité d'intrants, notre travail fournit des enseignements pour les efforts futurs visant à atténuer les espèces envahissantes, à restaurer la résilience écologique et à augmenter durablement la production des systèmes agro-alimentaires mondiaux », a déclaré M. Wyckhuys.

 

Les scientifiques, qui montrent comment 75 agents de contrôle biologique différents ont atténué 43 parasites sur une période de 100 ans, soulignent comment les services écosystémiques fondés sur la biodiversité sous-tendent les systèmes alimentaires et le bien-être de la société face au changement environnemental.

 

« La lutte biologique a permis de lutter durablement contre les parasites dans une myriade de secteurs agricoles de la région Asie-Pacifique, permettant de récupérer jusqu'à 73 %, 81 % et 100 % des pertes de rendement dans les cultures de manioc, de bananes et de noix de coco respectivement », a ajouté le coauteur, le Dr Michael Furlong de l'Université du Queensland en Australie.

 

« Les dividendes économiques qui en découlent sont substantiels, puisque des pertes dues aux parasites allant jusqu'à 6,8 ; 4,3 et 8,2 milliards de dollars par an pour les cultures susmentionnées ont été compensées (pour des valeurs respectives de 5,4 à 6,8 milliards de dollars, 1,4 à 2,2 milliards de dollars et 3,8 à 5,5 milliards de dollars par an, pour une fourchette de scénarios allant de prudents à très impactés). Étant donné que de nombreux programmes sous-jacents ont été exécutés avec des moyens très limités, le taux de rendement de la science de la lutte biologique est extraordinaire », a poursuivi M. Furlong.

 

« Notre travail constitue une démonstration empirique de la manière dont la lutte biologique contre les insectes a contribué à consolider les bases agraires de plusieurs économies de la région Asie-Pacifique et, ce faisant, place la lutte biologique sur un pied d'égalité avec d'autres innovations biologiques, telles que le germoplasme de la Révolution Verte.

 

« Non seulement il met en lumière ses effets transformateurs – en particulier à la lumière de la dépendance mondiale croissante aux pesticides chimiques – mais il célèbre également les réalisations centenaires d'explorateurs d'insectes dévoués, mais souvent peu reconnus, et de pionniers de la lutte biologique », a-t-il noté.

 

_____________

 

* Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2020/09/pesticide-free-crop-protection-yields-sizable-economic-benefits-in-asia-pacific/

 

Ma note : Le « sizable » du titre anglais a été traduit ici par « appréciable ». Magie des langues, ce mot couvre pratiquement toute la gamme, de « non négligeable » à « considérable »...

 

Les acrobaties économétriques sont résumées dans le tableau suivant :

 

 

 

 

À vos calculettes si le cœur vous en dit.

 

L'article ci-dessus reflète assez fidèlement le résumé de l'article « scientifique », lequel est un nouvel avatar de la « science prolétarienne » contre la « science bourgeoise », ici la « science agro-écologique » contre la « science agro-génético-chimique ».

 

Il est parfaitement stupide de vouloir comparer l'un à l'autre en termes de performances – et, pour l'autre, en avançant un seul chiffre tiré d'une seule publication (de 2008) en choisissant dans celle-ci une seule référence (de 2003) limitée à la seule Asie.

 

Il est tout aussi stupide de comparer les coûts des investissements pour conclure à la supériorité d'une voie par rapport à l'autre. Chacune de ces voies a ses avantages et ses inconvénients, et ses domaines d'application particuliers.

 

La différence majeure est toutefois la suivante : la lutte biologique permet de réduire des pertes de production. L'amélioration des plantes permet aussi de réduire des pertes, voire de les éviter totalement grâce à l'incorporation de résistances dans le patrimoine génétique et, en plus, d'augmenter la production grâce à un patrimoine génétique plus performant, y compris pour la résistance ou la tolérance aux stress biotiques et abiotiques.

 

Lorsqu'un ravageur est accidentellement introduit dans un culture, la lutte biologique permet de revenir (souvent en partie) au status quo ante. Lorsque le ravageur est endémique et qu'on trouve une réponse – biologique ou génétique – on augmente le potentiel de production.

 

Il y a fort longtemps, j'ai eu le plaisir d'entendre Gurdev Kush, qui a contribué à la création de plus de 300 variétés de riz à l'IRRI. Et le défi de le traduire à une époque où on en était encore à la machine à écrire à boule. Je pense que les 4,3 milliards de dollars (en plus de 1990) de Hossain et al. n'incorporent pas le montant des pertes qui ont pu être évitées grâce à la génétique.

 

Le Dr Kris Wyckhuys n'est pas seulement « affilié à des institutions universitaires en Chine, au Vietnam et en Australie », mais aussi directeur général de Chrysalis Consulting, « une société qui fournit un soutien adapté aux initiatives de contrôle biologique et d'agriculture respectueuse de la biodiversité ». C'est un militant lié au Groupe de travail sur les pesticides systémiques.

 

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un physicien 16/11/2020 14:06

La lutte "biologique" me rappelle toujours le texte de Gould sur les escargots à Moorea. Des espèces étrangères introduites artificiellement qui font autre chose que prévu et aboutissent à une catastrophe écologique. Très bien résumé dans https://www.newscientist.com/article/mg13818684-500-review-essays-on-nature/