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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Exportation de pesticides « interdits » : la Commission en état de siège

13 Novembre 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Union européenne, #Politique, #Activisme

Exportation de pesticides « interdits » : la Commission en état de siège

 

 

(Source de l'original)

 

 

Vous pensez peut-être que des événements peuvent se suivre fortuitement. Ou au contraire qu'il y a un lien entre eux, sans nécessairement verser dans le complotisme.

 

Dans notre livraison précédente, « Exportation de pesticides « interdits » : une manœuvre d'un fonctionnaire de la Commission Européenne ? », nous en étions resté à une lettre du 5 novembre 2020 de sept douzaines d'organisations (facile : elles peuvent naître par scissiparité) à la Commission pour demander l'interdiction de l'exportation de pesticides interdits (dans l'Union Européenne) et de l'importation de produits alimentaires produits à l'aide de ces pesticides.

 

 

 

 

Figurez-vous que, le 11 novembre 2020, Ouest France a publié une tribune des eurodéputés Éric Andrieu, Anja Hazekamp et Michele Rivasi, co-signée par 66 autres eurodéputés, essentiellement de la gauche avec quelques brebis égarées du centre-droit et de la droite.

 

Ne vous étonnez pas si vous trouvez dans : « Il faut en finir avec l’exportation de pesticides toxiques ! » des éléments de langage qui ressemblent fortement à ceux du militantisme anti-pesticides (et anticapitaliste). Certes, les mêmes objectifs se fondent sur les mêmes arguments qui s'expriment de manière identique ou similaire et les eurodéputés ou leurs assistants peuvent copier, voire faire des copier-coller... Mais rien n'interdit de penser à des textes livrés clés en main.

 

Le début de la tribune :

 

« La Commission européenne a annoncé vouloir tendre vers un modèle agricole plus responsable : Pacte Vert, Stratégie "De la ferme à la fourchette", interdiction progressive des pesticides dangereux, promotion de pratiques alternatives plus saines… Pour cela, il faut avant tout que l’Union européenne mette un terme à notre système législatif hypocrite qui permet aux sociétés agrochimiques de continuer à inonder des pays en développement ou émergents de substances jugées trop dangereuses pour être utilisées dans l’UE. Selon les ONGs Public Eye et Greenpeace UK, l’Union Européenne a autorisé en 2018 la vente de plus de 81 000 tonnes de pesticides extrêmement dangereux hors de l’Europe. »

 

Ces gens ont également produit une déclaration commune qui tient lieu d'appel à agir à l'adresse de la Commission Européenne.

 

On pourra en lire le texte sur le site de l'eurodéputé Éric Andrieu, à l'origine de l'initiative (notez bien...). Il écrit en commentaire :

 

« "C’est une honte d’un point de vue sanitaire, une mise en danger des populations où ces produits sont exportés; c’est aussi une mise en danger des citoyens européens qui finissent par consommer des produits importés de pays qui ont utilisé nos pesticides interdits"  explique Eric Andrieu, Eurodéputé socialiste à l’origine de l’initiative. »

 

Ah, la politique par l'indignation... les raisonnements primaires... M. Éric Andrieu a certainement des preuves convaincantes de la mise en danger des citoyens européens (ironie)...

 

Nos eurodéputés se sont évidemment épanchés sur Twitter.

 

 

(Source)

 

 

Mme Michèle Rivasi s'est tout particulièrement illustrée avec un fil, dont voici le début :

 

 

(Source)

 

 

 

 

Il eût été étonnant de ne pas trouver une pointe d'anticapitalisme... Les sociétés agrochimiques « inonde[nt] » les pays tiers... alors que la procédure applicable repose en priorité sur les demandes de ces États d'ûment communiquées aux autorités européennes.

 

Mais ce qui doit nous intéresser plus particulièrement, c'est l'affirmation selon laquelle « La FAO et l'OMS estiment que 30% des pesticides vendus chaque année dans les pays tiers ne répondent pas aux normes internationales ».

 

Affirmation invérifiable en l'état. Mais elle se rapporte sans doute aux normes de qualité, le commerce de produits contrefaits ou de qualité insuffisante étant un fléau international.

 

Ces gens du « camp du bien » veulent donc favoriser les trafics – et leurs dégâts collatéraux – en fermant le robinet des produits de qualité fabriqués dans l'Union Européenne.

 

Mais pour le militantisme se réclamant de la société civile, qui doit entretenir son fond de commerce,

 

« L'UE a un rôle de chef de file mondial à jouer sur ces questions et peut aider à parvenir à un consensus international sur le fait que ces pratiques odieuses, qui aboutissent à la discrimination et à l'exploitation, doivent cesser. Cet objectif pourrait être atteint en établissant un nouveau mécanisme des Nations Unies pour promouvoir l'élimination des pesticides hautement dangereux à l'échelle mondiale en coopération avec la FAO, l'OMS, le PNUE et l'OIT. »

 

Et pour nos bien-pensants eurodéputés,

 

« Nous nous félicitons également de l’engagement que l’UE utilisera "tous ses instruments de diplomatie, de politique commerciale et de soutien au développement pour promouvoir l’élimination, dans la mesure du possible, de l’utilisation de pesticides qui ne sont plus approuvés dans l’UE et pour promouvoir les substances à faible risque et des alternatives aux pesticides dans le monde". Nous exigeons que l’UE travaille à l’élaboration d’un traité international global et contraignant pour réglementer les pesticides dangereux tout au long de leur cycle de vie, en tenant compte des principes des droits humains, comme recommandé par les experts de l’ONU. »

 

Loin de nous l'idée qu'il n'y a pas de problème de ce côté-là. Mais s'agissant des dangers et risques des produits de protection des plantes, l'Union Européenne se comporte comme Chicken Little. Son jusqu'au-boutisme de la précaution est du reste régulièrement dénoncé à l'OMC.

 

Et ce serait un singulier retournement de situation si un traité international voyait le jour... sur la base des principes plus raisonnables appliqués par les pays tiers.

 

En résumé, pour les événements récents :

 

  • Le 29 septembre 2020, le militantisme auto-proclamé « de la société civile » (PAN Europe et Public Eye) organise un webinaire au Parlement Européen, sous l'égide des trois eurodéputés lobbyistes Éric Andrieu, Anja Hazekamp et Michèle Rivasi ;

     

  • Le 27 octobre 2020, Euractiv publie « Commission to consider halting export of banned pesticides, EU source says », traduit par « Vers la suspension des exportations des pesticides interdits dans l’UE ? », un coup de pouce d'une gorge profonde de la Commission Européenne ;

     

  • Le 5 novembre 2020, le militantisme auto-proclamé « de la société civile », chassant en meute, écrit une lettre à la Commission, dûment relayée sur les réseaux sociaux par les eurodéputés lobbyistes ;

     

  • Le 11 novembre 2020, des eurodéputés militants, emmenés par les trois eurodéputés lobbyistes, écrivent une « déclaration commune » constituant un appel à agir à la Commission, dûment relayée sur les réseaux sociaux par le militantisme « de la société civile », dont une partie est liée à des intérêts économiques particuliers.

 

 

(Source)

 

 

Un lecteur a écrit un commentaire sous le billet précédent et fait observer que ce serait « amusant » si une éventuelle interdiction d'exporter et d'importer concernait un produit de traitement des cultures de pyrèthre, une plante utilisée pour la production d'un insecticide « biologique », les pyréthrines (voir ici, sur ce blog, et surtout ici chez M. Erwan Seznec qui a pris la peine d'éplucher un document très fouillé).

 

Les militants s'auto-proclamant de la société civile ont insisté sur les produits alimentaires mais ont néanmoins conclu comme suit :

 

« L'UE devrait veiller à ce qu'aucun pesticide interdit ne soit autorisé en tant que résidu dans les produits alimentaires et agricoles mis sur le marché européen. »

 

Le pyrèthre est sans nul doute un produit agricole. Les pyréthrines le seraient-elles encore ? Ah, on voit déjà le jésuitisme à l'œuvre... Car dans les pesticides interdits (ou non autorisés) dans l'Union Européenne et utilisés sur le pyrèthre, il y a par exemple le bénomyl et le chlorothalonyl non approuvés, et quelques autres apparemment non fichés à l'ANSES.

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J
Les pesticides sont toxiques? Moi qui croyais qu'on en mettait dans les champs pour que ça sente bon!

Plaisanterie à part, la "vaccino-critique" M. Rivasi s'inquiète de la santé des gens quand ça l'arrange.
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H
Une balle dans le pied de plus pour l'économie européenne qui n'en fini plus de sombrer. Les pesticides seront produits en Chine pour être vendus à nos anciens clients, comme l'est désormais massivement l'herbicide glyphosate dont la Chine est devenu le premier producteur et exportateur mondial.
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S
@ Hbsc Xris le vendredi 13 novembre 2020 à 20:35

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Exact ! Mais nous sommes les plus vertueux et nous finirons comme des "héros morts" selon la formule de Christiane Lambert.
A
LEs pesticide Action Network, c'est le groue auxquel appartenair Christopher Portier, l'expert invité du CIRC/IARC derrière la monographie du Glyphosate (et du Benzène je crois) ?
j'ai cru en entendre parker...

Qui peut confirmer?
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S
@ Alain le vendredi 13 novembre 2020 à 18:33

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Christopher Portier travaille (ou travaillait) pour l'Environmental Defense Fund) états-unien et, bien sûr, des avocats prédateurs.

Il a fait une présentation à l'EChA (Agence européenne des produits chimiques) pour le compte de PAN Europe (ou sous la casquette "PAN Europe pour le compte des avocats prédateurs...).
J
Y'a pas le sulfate de cuivre (Bio mais de synthèse) qui est interdit au danemark et aux pays bas (et donc dans l'UE)?

En suivant leur logique on devrait l'interdire en france aussi non?

http://www.lhebdoduvendredi.com/article/32921/des-parlementaires-se-mobilisent-pour-le-cuivre
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