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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Cinq mesures pratiques que les gouvernements africains devraient prendre pour maintenir les systèmes alimentaires intacts lorsque la prochaine pandémie frappera

10 Novembre 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique

Cinq mesures pratiques que les gouvernements africains devraient prendre pour maintenir les systèmes alimentaires intacts lorsque la prochaine pandémie frappera

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

Culture commerciale de maïs en Afrique du Sud. Shutterstock/Sunshine Seeds

 

 

La Covid-19 a frappé de plein fouet les économies mondiales, et le secteur agricole ne fait pas exception. Les restrictions imposées pour prévenir la propagation de la pandémie ont rendu plus difficile l'accès des agriculteurs aux intrants, comme les engrais et les produits phytosanitaires, et la vente de leurs produits, ce qui a entraîné des difficultés pour les agriculteurs et les consommateurs.

 

Entre 83 et 132 millions de personnes [de plus] « pourraient souffrir de la faim en 2020 en raison de la récession économique déclenchée par la pandémie », selon le rapport sur l'état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde publié par l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) et d'autres agences des Nations Unies (ONU). On estime que quelque 690 millions de personnes souffrent déjà de la faim dans le monde et ne sont « pas en mesure de satisfaire leurs besoins alimentaires ». Le rapport observe que « [c]'est en Asie que les personnes qui souffrent de la faim sont les plus nombreuses, mais c'est en Afrique que leur nombre croît le plus rapidement ». Bien que l'Afrique ne compte que 16 % de la population mondiale, selon les Nations Unies, elle abrite environ 27 % des personnes souffrant de la faim dans le monde.

 

Il est probable qu'un nombre encore plus important d'Africains souffrent au cours d'une pandémie en raison de la faiblesse institutionnelle des infrastructures agricoles du continent et de sa dépendance excessive à l'égard du soutien étranger dans la chaîne de valeur agricole.

 

Il n'est pas nécessaire qu'il en soit ainsi. Je propose ici cinq mesures pratiques que les gouvernements africains peuvent prendre pour assurer la résilience et la sécurité alimentaires lorsque la prochaine pandémie frappera.

 

 

Stimuler la consommation d'aliments locaux

 

Le principal moyen de maintenir les systèmes alimentaires africains intacts est d'encourager la production et la consommation locales de denrées alimentaires. Bien que l'Afrique possède plus de 60 % des terres arables non cultivées du globe, elle dépense environ 50 milliards de dollars par an en importations alimentaires, dont la majorité pourrait être produite sur le continent. Près de la moitié de la facture annuelle de 1,5 milliard de dollars US de mon pays (le Ghana) pour les importations alimentaires est consacrée à l'achat de riz, même si le riz est produit dans les 16 régions du pays. Les consommateurs affirment que le riz importé a un meilleur arôme. Le poulet importé est en fait moins cher à l'achat. En attendant, les producteurs locaux n'ont pas de marché pour ces produits. Il est intenable que le continent continue à dépendre du riz, de la volaille et d'autres aliments importés alors que nous avons la capacité de les produire en abondance. Les gouvernements devraient introduire des barrières (notamment des taxes plus élevées et des interdictions ciblées) qui encourageront la dépendance aux aliments locaux plutôt qu'aux importations, afin qu'il n'y ait pas lieu de s'alarmer en cas de pandémie, lorsque tous les pays se replient sur eux-mêmes.

 

 

Investir vigoureusement dans l'amélioration de la productivité agricole

 

Les gouvernements africains devraient investir massivement dans des mesures visant à améliorer la productivité agricole. Il est triste que les fermes africaines produisent en moyenne 1,5 tonnes [15 quintaux] de maïs par hectare, alors que les agriculteurs américains en produisent plus de 10 tonnes par hectare. Pour changer cette triste statistique, il faudra des investissements bien ciblés dans les intrants agricoles, notamment les engrais, les produits chimiques pour la lutte contre les parasites et les maladies et, surtout, les semences améliorées et certifiées. Les semences génétiquement modifiées (GM) sont une technologie qui peut faire une grande différence. L'adoption accrue des semences génétiquement modifiées sur le continent peut changer la donne en stimulant la productivité. Actuellement, les cultures génétiquement modifiées ne sont produites que dans trois pays africains, mais la technologie des OGM a joué un rôle important dans l'augmentation de la production dans le monde entier. Dans certains cas, les pays africains qui ont limité la production locale de semences génétiquement modifiées se retournent et importent des produits génétiquement modifiés pour nourrir la population. S'il est acceptable d'importer le produit final, à quoi bon s'accrocher à des barrières réglementaires qui rendent impossible la culture locale de plantes génétiquement modifiées ? Au cours des 23 dernières années de culture de plantes génétiquement modifiées, la technologie a été responsable de la production mondiale supplémentaire de 278 millions de tonnes de soja, 498 millions de tonnes de maïs et 32,6 millions de tonnes de coton fibre, entre autres cultures – sans utilisation supplémentaire de terres. C'est remarquable à tous points de vue. Cette technologie peut être développée localement pour répondre aux besoins régionaux et relever les défis propres au continent. Avant que la prochaine Covid-19 n'arrive, il faut savoir qu'une augmentation de la productivité est cruciale pour garantir que quelque chose sera disponible pour la consommation. Il est moralement impératif que les dirigeants africains donnent la priorité à la sécurité alimentaire de leurs populations plutôt qu'aux intérêts de groupes d'intérêts particuliers et qu'ils autorisent la culture d'OGM sur le continent.

 

 

Développer la production locale de semences, d'engrais et de machines

 

Les gouvernements africains doivent rendre leurs pays moins dépendants des intrants importés. Par exemple, en 2016, l'Afrique a importé environ 4,3 millions de tonnes d'engrais, contre 3,1 millions en 2011. Et ce, bien que l'Afrique dispose d'abondantes réserves minérales nécessaires à la production d'azote, de phosphore et de potasse, qui sont les trois principaux macronutriments des plantes. Les gouvernements africains doivent créer un environnement favorable pour que davantage de sociétés semencières et d'autres entreprises d'intrants agricoles soient créées pour approvisionner les petits agriculteurs, au lieu de dépendre d'intrants importés. Des allègements fiscaux, des prêts à faible taux d'intérêt et des tarifs réduits sur les équipements doivent être accordés aux entrepreneurs qui sont prêts à créer des entreprises d'intrants agricoles afin qu'ils puissent prendre en charge la fourniture de la plupart des intrants dont les agriculteurs africains ont besoin. Cela permettra de préserver la sécurité alimentaire locale en cas de pandémie et de créer davantage d'emplois pour les jeunes sur tout le continent. Les gouvernements africains devraient également soutenir les agriculteurs par des subventions afin de s'assurer qu'ils peuvent se permettre les intrants qui rendront leurs activités agricoles plus efficaces.

 

 

Augmenter les installations de transformation et de stockage des aliments

 

À l'avenir, les gouvernements africains doivent encourager les industries qui transforment les produits des cultures localement pour prolonger leur durée de conservation, produire des aliments et faciliter le transport et la vente de ces produits. En 2011, la FAO a estimé qu'environ 37 % des aliments produits en Afrique subsaharienne sont perdus entre la production et la consommation. Ce chiffre n'a pas beaucoup changé au fil des ans et la seule façon de combler l'écart est d'accroître la transformation. Il convient de renforcer les capacités pour que de telles entreprises de transformation puissent voir le jour. Une fois que cela sera fait, les agriculteurs pourront continuer à vendre leurs produits aux entreprises de transformation locales même si les pandémies ferment les frontières des pays. Pourquoi l'Afrique de l'Ouest devrait-elle exporter la quasi-totalité de son cacao vers l'Europe, l'Amérique et la Chine pour le transformer, créant ainsi une situation où même le marché local de la confiserie sur le continent est dominé par les chocolats produits aux Pays-Bas et au Royaume-Uni ? Des installations locales peuvent être mises à la disposition des petits exploitants agricoles pour transformer certaines de ces cultures de rente en vue de leur vente locale. Les agriculteurs pourront ainsi gagner encore plus d'argent pour leur cacao, car les produits transformés à valeur ajoutée rapportent plus que les matières premières.

 

 

Renforcer les capacités des agriculteurs africains

 

Selon les estimations des Nations Unies, quelque 27 % des analphabètes dans le monde vivent en Afrique subsaharienne, et la majorité d'entre eux sont des agriculteurs ruraux pauvres. Par ailleurs, l'agriculture telle que nous l'avons connue n'est plus la même aujourd'hui qu'il y a une génération. Les technologies de l'information et de la communication (TIC), l'intelligence artificielle et la robotique sont en train de changer la façon dont l'agriculture est pratiquée par rapport à l'époque de la houe et de la machette que nous avons connue. Il est injuste qu'un avocat doive nécessairement être instruit et détenir un certificat, et qu'il soit normal qu'un producteur alimentaire n'ait pas ou peu d'éducation. L'agriculteur africain ordinaire devrait pouvoir – comme les autres agriculteurs du monde entier – s'asseoir derrière un ordinateur pour irriguer ses cultures, appliquer des pesticides en quantité suffisante et calculer correctement combien d'argent un champ est susceptible de rapporter à la fin de la campagne. La production agricole efficace est aujourd'hui une activité davantage cérébrale que physique. L'agriculteur africain ne doit pas être laissé pour compte. Le continent a un besoin urgent de formation, de tutorat sur l'utilisation des technologies de l'information (TI) dans l'agriculture et d'investissements dans des équipements agricoles de pointe. Un agriculteur très bien informé et doté de grandes capacités sera mieux à même de prévoir les tendances du marché et de répondre aux incertitudes d'une pandémie.

 

 

Une occasion en or

 

La pandémie de Covid-19 nous donne à tous en Afrique une occasion en or d'utiliser nos propres ressources et compétences locales pour redresser notre production agricole et réduire la faim sur le continent. L'Afrique est une puissance sur laquelle le monde peut compter pour se nourrir en période de crise. Mais pour atteindre ce statut, il faudra une planification minutieuse, des investissements bien conçus, un travail acharné et un engagement sérieux de la part des dirigeants politiques. Le moment est venu de faire ce qui nous permettra de produire des denrées alimentaires plus efficacement et d'accroître notre capacité d'exportation tout en créant des emplois pour les millions de jeunes chômeurs africains. Ne laissons pas passer cette occasion.

 

______________

 

* Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2020/10/5-practical-steps-african-governments-should-take-to-keep-food-systems-intact-when-the-next-pandemic-hits/

 

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Lacazedieu 10/11/2020 09:54

Une initiative magnifique de la famille Du Preez. Toute la famille travaille dur
au sud ouest de la Zambie aux côtés de leurs voisins "Lozi".
Voyez leurs réalisations sur les rives du Zambèze.
https://www.touchingafricazambia.org/