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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Néonicotinoïdes : et pourtant la production de miel augmente en Europe

27 Octobre 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Néonicotinoïdes, #Abeilles, #Politique

Néonicotinoïdes : et pourtant la production de miel augmente en Europe

 

 

Les polémiques sur les effets des insecticides sur les abeilles ne sont pas nouvelles...

 

 

Aujourd'hui, 27 octobre 2020, le Sénat doit se prononcer sur le projet de loi relatif aux conditions de mise sur le marché de certains produits phytopharmaceutiques en cas de danger sanitaire pour les betteraves sucrières.

 

Pour rappel, en bref, ce texte autorisera la délivrance de dérogations de 120 jours, conformément au droit européen, pour permettre la lutte contre la jaunisse de la betterave grâce à l'enrobage des semences avec des néonicotinoïdes, et ce, pendant au plus trois ans.

 

Pour rappel également, les services de presse du Sénat ont résumé les interventions sur ce sujet de M. Roger Genet, directeur général de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail (ANSES), et de M. Philippe Mauguin, président de l’Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement (INRAE), auditionné dans le cadre du renouvellement de son mandat. Cela a donné : « Néonicotinoïdes : Malgré les efforts de recherche, pas encore d’alternative pour lutter contre la jaunisse de la betterave ».

 

Un titre éloquent.

 

Ce qui n'empêche pas certains groupes et sénateurs de tenter de torpiller la loi... Idéologie über alles. On découvre au passage que le groupe socialiste est aussi « écologiste et républicain », et que le groupe communiste est également « républicain, citoyen et écologiste »...

 

Ce qui n'empêche pas Sud Ouest – inspiré par une dépêche de l'AFP qui n'a pas intéressé grand monde dans les médias – de « panurger » avec l'inévitable « Néonicotinoïdes "tueurs d’abeilles" » dans le titre. L'inévitable n'apparait dans la Dépêche que dans le texte.

 

La dépêche et l'article sont plutôt bien faits. Cela se termine par la rhétorique de l'opposition et de l'anxiogenèse (le gazouillis fait partie de l'article de Sud Ouest) :

 

« Convaincu de "l’extrême toxicité de ces pesticides" qui menacent "toute la chaîne de la biodiversité", l’élu écologiste [M. Joël Labbé] défend "un changement de pratique agricole". "Sénateurs, sénatrices : nous ne sommes pas obligés de choisir entre les abeilles et les agriculteurs! Dites NON au projet de loi !", a tweeté jeudi la Fondation Nicolas Hulot.

 

(Source)

 

"Si tous nos collègues pouvaient voter en leur âme et conscience, on trouverait une majorité pour s’opposer à ce texte", se plaît à rêver Joël Labbé. »

 

On est là, tout compte fait, dans le comique de répétition...

 

Mais il est vrai que « ne sommes pas obligés de choisir entre les abeilles et les agriculteurs », car les abeilles ne sont nullement menacées.

 

Un lecteur m'a rappelé un bref article publié par le Betteravier français le 1er septembre 2020, « La production de miel n’a pas baissé en Europe ». Presque tout est dit dans un graphique.

 

 

 

 

En très bref, il n'y a pas de cataclysme apicole.

 

En moins bref, la production de miel et le nombre de ruches (qui dépend essentiellement de l'activité des apiculteurs et, pour partie, de l'honnêteté des déclarations – ce volet s'appliquant également à la production) ont évolué en parallèle entre 1960 et le milieu des années 1980. La production a ensuite continué d'augmenter malgré une baisse du nombre de ruches, qui nous semble liée aux ravages de Varroa destructor (apparu en France en 1982). La baisse s'est stabilisée au milieu des années 1990. Ce nombre remonte depuis le début des années 2010, la production continuant d'augmenter.

 

Il manque une donnée importante dans ce graphique.

 

 

 

 

Elle se trouve dans le graphique de gauche ci-dessus : 1994 est l'année de l'apparition d'un insecticide à base de néonicotinoïde (l'imidaclopride), le Gaucho. Le graphique de droite montre la régularité de l'augmentation de la production de miel par ruche et, partant, l'absence de décrochage qui serait dû à un facteur nouveau... tel que l'arrivée des néonics.

 

En France, le nombre d’exploitations apicoles a fortement baissé, avec une relative stabilité du nombre de ruches. Le milieu s'est professionnalisé.

 

 

 

 

Cela induit une complication dans l'analyse des données, déjà difficile du fait des variations annuelles qui peuvent être importantes.

 

 

 

 

Mais, là encore, on constate une augmentation de la production par ruche, sans doute doublement due à la professionnalisation : meilleure gestion du cheptel, particulièrement sur le plan sanitaire, et transhumance. Toutefois, on observe un fléchissement à partir des années 1995, après une succession d'années que l'on peut qualifier de fastes, et avant des années erratiques.

 

Ce n'est en tout cas pas le désastre que l'on se plait à tonitruer. D'autres chiffres circulent, en particulier ceux émis par une association qui s'est faite le supplétif de l'altermondialisme et du militantisme antipesticides.

 

Deux points paraissent importants au final.

 

D'une part, air connu mais sciemment ignoré par le militantisme : la mesure envisagée se limite à l'enrobage des semences de betteraves sucrières, une espèce non attractive pour les abeilles, etc., etc.

 

D'autre part, à qui faut-il faire confiance ? Aux études de laboratoire ou en milieu contrôlé, et parfois en situation réelle mais avec des protocoles ne reflétant pas la réalité ? Ou les apiculteurs – en particulier les agri-apiculteurs qui n'ont jamais eu de problèmes avec le traitements aux néonicotinoïdes ?

 

Les auteurs d'une étude sur le terrains, largement médiatisée, qui concluait à une abeillecalypse sur la base d'une étude originale suivie d'une simulation ? Essentiellement la même équipe qui écrit dans un article subséquent :

 

« Bien que les essais de laboratoire rapportent des effets délétères sur les abeilles à l’état de traces, les études sur le terrain ne révèlent aucune diminution de la performance des colonies d’abeilles dans le voisinage des champs traités. »

 

« Faut-il avoir peur des néonicotinoïdes ? » était le titre d'un de nos articles récents. La réponse est toujours négative.

 

 

Post scriptum 1

 

On trouvera d'autres chiffres intéressants ici.

 

 

Post scriptum 2

 

Une proposition d'amendement déposée au Sénat inclurait la noisette (et son ravageur, le balanin) dans la loi. Cela pourrait déboucher sur une Commission Mixte Paritaire. Le Sénat a prévu un créneau pour un éventuel débat le 4 novembre 2020.

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