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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

The Guardian, Dave Goulson, Stéphane Foucart et la patascience

4 Septembre 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Glyphosate (Roundup), #Alimentation

The Guardian, Dave Goulson, Stéphane Foucart et la patascience
 

 

 

Voici un nouveau billet de la série de dénonciations de comportements aberrants.

 

The Guardian a publié le 11 août 2020 « You have pesticides in your body. But an organic diet can reduce them by 70% » (vous avez des pesticides dans votre corps. Mais une alimentation biologique peut les réduire de 70 %.).

 

En chapô :

 

« Une nouvelle étude montre que les familles américaines consomment du glyphosate lié au cancer dans leur alimentation. La bonne nouvelle : le passage au bio réduit rapidement les niveaux de glyphosate. »

 

Difficile de faire plus militant...

 

Il s'agit, bien sûr, de niveaux (des microgrammes ou fractions de microgrammes par litre d'urine) qui, au départ ou à l'arrivée de l'« étude », sont inférieurs d'au moins trois ordres de grandeur à la valeur (des milligrammes par litre) reflétant la dose journalière admissible (elle-même inférieure d'un facteur 100 à la dose sans effets nocifs observables la plus élevée déterminée dans des essais sur des animaux).

 

M. Dave Goulson – professeur de biologie (évolution, comportement et environnement) à l'Université du Sussex, travaillant plus particulièrement sur les bourdons et les abeilles et versé dans un militantisme que nous avons souvent pointé du doigt sur ce blog (voir en particulier ici et ici) – gazouille :

 

« Rassurant d'entendre que la consommation d'aliments biologiques est un moyen efficace d'éviter la consommation de désherbant au glyphosate. »

 

 

(Source originale)

 

 

M. Stéphane Foucart a répercuté (« retweeté »)...

 

M. Dave Goulson a-t-il lu l'article « scientifique » ? M. Stéphane Foucart a-t-il lu l'article scientifique ou s'est-il contenté de l'éructation de son pote Dave Goulson ?

 

Voici ce qu'écrivait Alerte Environnement en avril 2018 dans « "Liaisons troubles" entre Stéphane Foucart et les militants écologistes » :

 

« Sur le dossier des néonicotinoïdes, Stéphane Foucart se réfère quasi systématiquement aux propos des chercheurs Jean-Marc Bonmatin et David Goulson, qui sont tous les deux engagés avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), une association écologiste connue pour vouloir interdire ces insecticides. Le journaliste du Monde a d’ailleurs toujours omis de dire que certains de leurs travaux avaient été financés par des structures d’obédience anthroposophe, très impliquées dans la lutte contre les pesticides. »

 

Ont-ils vérifié le pedigree des deux auteurs de l'article du Guardian ? Voici :

 

« Kendra Klein est scientifique senior au sein de Friends of the Earth-US, une organisation nationale qui travaille à la création d'un monde plus juste et plus sain. »

 

Et :

 

« Anna Lappé est une auteure de best-sellers nationaux et co-directrice de Real Food Media. Elle fait partie de la campagne "Organic for All". »

 

Ont-ils lu l'article du Guardian ? On peut se contenter du premier paragraphe (c'est nous qui graissons) :

 

« Jamais auparavant nous n'avons pulvérisé autant de produits chimiques sur notre nourriture, dans nos jardins, sur les terrains de jeux de nos enfants. Il n'est donc pas surprenant que le Roundup – le désherbant le plus utilisé au monde – se retrouve dans notre corps. Ce qui est peut-être surprenant, c'est la facilité avec laquelle il peut être éliminé. Une nouvelle étude revue par des pairs et cosignée par l'une d'entre nous a étudié les niveaux de pesticides dans quatre familles américaines pendant six jours avec un régime non biologique et six jours avec un régime entièrement biologique. Le passage à un régime biologique a permis de réduire les niveaux de glyphosate, le principal ingrédient toxique du Roundup, de 70 % en six jours seulement. »

 

Cela se passe de commentaires.

 

Le lien du texte ci-dessus nous mène à la page « Organic for All » (du bio pour tous) de Friends of the Earth-US...

 

Il faut passer sur une autre page pour trouver les liens vers deux « études » :

 

 

Les images de FoE-US nous ont furieusement rappelé quelque chose. Merci Google, voici, de février 2019, « Une "étude" bidon sur les aliments biologiques et les pesticides dans l'urine publiée par les Amis de la Terre (USA) ». En bref, FoE-US avait fait l'article pour « son » article (le premier cité plus haut) et ses miraculeux résultats avant même que l'article « scientifique » n'eût été publié.

 

 

 

 

Les articles « scientifiques », nous les avons donc... Le premier papier avait bénéficié du concours d'universitaires, probablement militants ou « bien disposé » (c'est le cas du premier auteur, Carly Hyland) ; le second est l'œuvre d'un John Fagan et de son Health Research Institute qui a suscité quelques billets sur ce blog (voir par exemple ici) ; d'un auteur émargeant dans une autre boîte de charlatanerie, le Commonweal Institute ; et de Mme Kendra Klein, de FoE-US.

 

Ces noms et affiliations suffisent pour dire : « poubelle... ».

 

Mais le Guardian publie, M. Dave Goulson s'extasie et M. Stéphane Foucart retweete.

 

Pauvre science... Pauvres de nous...

 

 

Post scriptum

 

Voici un échange intéressant avec un certain Dr John Parkes, biologiste moléculaire et biochimiste :

 

 

 

 

M. John Parkes met en lien un article qui affirme que le bio n'est probablement pas meilleur pour la santé.

 

M. Dave Goulson répond :

 

« Compte tenu des preuves contradictoires de l'impact du glyphosate sur la santé humaine, il semble sage d'éviter de le consommer, si possible. »

 

M. John Parkes renvoie alors vers une page Facebook qui donne quelques indications sur les avis des agences d'évaluation et d'homologation...

 

M. Dave Goulson répond qu'il préfère se fier à la littérature revue par les pairs, par exemple « A comprehensive analysis of the animal carcinogenicity data for glyphosate from chronic exposure rodent carcinogenicity studies » (une analyse complète des données sur la cancérogénicité du glyphosate chez les animaux tirées d'études sur la cancérogénicité de l'exposition chronique chez les rongeurs) de Christopher J. Portier et « Probable carcinogenicity of glyphosate » (cancérogénicité probable du glyphosate) de Manolis Kogevinas – c'est du reste un éditorial, non revu par des pairs.

 

M. Dave Goulson réussit donc l'exploit de citer celui qui a joué un rôle majeur dans le CIRC-gate et s'est décrédibilisé par son implication dans l'activisme anti-glyphosate et dans les procès états-uniens aux côtés des avocats prédateurs. Et l'exploit de renvoyer à un article dans le BMJ qui évoque des implications (alléguées) de milieux industriels restées (prétendument) secrètes dans les évaluations de la JMPR, de l'EFSA et de l'EPA... tout en passant sous silence le CIRC-gate.

 

M. John Parkes rétorque que les résultats (du Centre International de Recherche sur le Cancer) sur les lymphomes non hodgkiniens ont bel et bien été « mis en sommeil » depuis longtemps et que l'article (de M. Christopher Portier) semble les ressusciter.

 

M. Dave Goulson revient à la charge avec une citation de l'article de M. Manolis Kogevinas :

 

« L'implication non divulguée de l'industrie est apparue dans les évaluations de l'EFSA, de la réunion conjointe des Nations Unies sur les résidus de pesticides et de l'Agence Américaine de Protection de l'Environnement. Le lobbying de l'industrie était très répandu et bien documenté... »

 

Ça s'appelle un non sequitur, indigne d'un chercheur.

 

On trouve le même aveuglement sur le fil de M. Dave Goulson.

 

M. John Parkes tente, en vain, de convaincre M. Dave Goulson que le glyphosate ne présente pas de risques et que le conflit est dans la presse et non dans la communauté scientifique de réglementation. Il cite un article du Genetic Literacy Project (« IARC (International Agency for Research on Cancer): Glyphosate cancer determination challenged by world consensus » – CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) : la détermination de la cancérogénicité du glyphosate remise en question par un consensus mondial)...

 

Réponse de M. Dave Goulson :

 

« Le Genetic Literacy Project est l'un des chiffons en ligne les plus biaisés en faveur du glyphosate et des OGM. »

 

Quel naufrage !

 

 

 

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I
Parfois je me dis qu'il faut faire une liste des scientifiques militants pour que l'on sache, lorsque l'on voit un article écrit par l'un d'eux, à qui on a à faire.
Prêt pour la faire, mon cher Seppi ?
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