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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La « vertueuse » Europe ne doit pas exporter des pesticides « interdits », dit la bien-pensance

17 Septembre 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Activisme

La « vertueuse » Europe ne doit pas exporter des pesticides « interdits », dit la bien-pensance

 

 

À quoi rime cet article du Monde du 10 septembre 2020 de M. Stéphane Mandard, « L’UE a autorisé l’exportation de plus de 80 000 tonnes de pesticides pourtant interdits au sein de l’Union » ?

 

En chapô :

 

« Produites en Europe, où leur utilisation est interdite en raison de leur très haute toxicité, quarante et une substances ont pu être vendues à l’étranger en 2018. »

 

 

Le Monde instrumentalisé au su de son plein gré ?

 

Le Monde aurait eu accès, pour son article publié le 10 septembre 2020, à 1 heure du matin, à un rapport publié... le 10 septembre 2020. Ne serait-ce pas plutôt que le Monde a été instrumentalisé, au su de son plein gré, pour faire le buzz ?

 

Voici le début :

 

« C’est un commerce dont l’Europe ne se vante pas. Chaque année, l’Union européenne (UE) autorise, dans la plus grande opacité, ses champions de l’agrochimie à continuer à produire et à exporter des tonnes de pesticides dont elle interdit l’usage en son sein en raison de leur très haute toxicité et des risques qu’ils font peser sur la santé et l’environnement.

 

Une enquête publiée jeudi 10 septembre et à laquelle Le Monde a eu accès révèle l’ampleur de ce commerce. En 2018, les pays membres de l’UE ont approuvé l’exportation de 81 615 tonnes de pesticides contenant des substances bannies depuis parfois plus de dix ans sur leur propre sol, selon les données auxquelles ont eu accès pour la première fois l’association suisse Public Eye et la branche britannique de Greenpeace. C’est l’équivalent de la quantité de pesticides vendus en France cette année-là. Si le Royaume-Uni est le premier exportateur en volume, la France est le pays qui exporte le plus grand nombre de substances prohibées différentes (dix-huit). »

 

 

La « plus grande opacité » transparente

 

Cela se ferait « dans la plus grande opacité »... mais elles ont eu accès aux données, la petite entreprise helvétique Public Eye (anciennement Déclaration de Berne) et la succursale britannique de la multinationale Greenpeace ! Un accès qui leur a permis d'articuler un chiffre à la tonne près.

 

Public Eye écrit dans « Pesticides interdits : l’hypocrisie toxique de l’Union européenne » :

 

« Nous avons ainsi obtenu des milliers de "notifications d’exportation", les documents que les entreprises doivent remplir, en vertu de la législation européenne, lorsqu’elles prévoient d’exporter des pesticides interdits vers des pays hors de l’UE, où leur utilisation est toujours autorisée.

 

Si les quantités citées dans les notifications peuvent parfois différer des volumes effectivement exportés, ces documents représentent la source d’informations la plus complète disponible. Nous publions un fichier avec l’ensemble des données utilisées. »

 

 

 

 

Des opérations commerciales étroitement contrôlées

 

Un regard sur la carte... et on s'aperçoit que l'objectif n'est pas vraiment de défendre la veuve et l'orphelin – lire les pays en développement qui auraient des difficultés à réguler leur marché. Public Eye écrit :

 

« Destinations prévues ? 85 pays, dont les trois-quarts sont des pays en développement ou émergents, où l’utilisation de telles substances présente des risques très élevés. Le Brésil, l’Ukraine, le Maroc, le Mexique et l’Afrique du Sud figurent parmi les dix principaux importateurs de pesticides interdits "Made in Europe". »

 

Autre lecture possible : cinq pays développés figurent parmi les 10 principaux importateurs. Le premier est les États-Unis d'Amérique pour 44 % des volumes.

 

Les produits ne peuvent être exportés que vers des pays dans lesquels ils sont autorisés, a priori parce qu'ils y rendent des services à l'agriculture, pas pour le plaisir d'engraisser un « agrochimiste ». Les « notifications d'exportation » ont pour finalité de satisfaire les autorités de régulation européennes que le pays importateur a bien donné son consentement préalable.

 

Par ailleurs, le premier pays exportateur, avec près de 40 % des volumes, n'est plus membre de l'Union Européenne à cette heure...

 

Pour les volumes de substances, le trio de tête se compose du paraquat (28.000 tonnes), du 1,3-dichloropropène (1,3-D) (15.000 tonnes) et de la cyanamide (7.000 tonnes). À eux trois, il font quelque 60 % des volumes.

 

 

Une rhétorique de l'anxiogénèse et de l'indignation...

 

Pour la gesticulation, tout y passe, de la suprême dangerosité des substances pour la santé et du hoax des « [p]lus de 200 000 personnes [qui] meurent chaque année dans les pays en développement suite à une intoxication aux pesticides, selon des informations de l'ONU » à «  la chloropicrine, un autre pesticide interdit dans l'UE utilisé comme arme chimique durant la Première Guerre mondiale ».

 

 

...qui se heurte à un mur de réalités plus complexes

 

Il serait fastidieux de vérifier les faits pour chacune des substances mises en cause.

 

Une substance peut être « interdite » ou « non autorisée » (il y a une nuance...) dans l'Union Européenne pour divers motifs. Elle peut effectivement être dangereuse pour la santé, à un niveau que notre société cossue et (généralement) bien nourrie ne trouve plus acceptable. À l'autre extrémité, le metteur en marché a aussi pu considérer que le renouvellement de son autorisation ne valait pas la chandelle.

 

Les motifs de la non-inscription à l’annexe I de la directive 91/414/CEE du Conseil sont variés et spécifiques à chaque cas. Pour le 1,3-dichloropropène par exemple, c'est l'absence de données satisfaisantes, notamment s'agissant des impuretés :

 

« Toutefois, les données et informations complémentaires fournies par l’auteur de la notification n’ont pas permis de lever toutes les inquiétudes particulières qui ont conduit au refus d’inscription [précédent]»

 

Présenter ces substance avec le qualificatif « interdit » est donc tout simplement malhonnête.

 

C'est ainsi qu'on trouve dans la liste le chlorate (de soude), un herbicide largement employé en des temps anciens ; il a été interdit parce qu'il pouvait servir à la fabrication d'explosifs artisanaux. L'amitraz est utilisé en apiculture. Le fipronil n'est certes pas autorisé en tant que produit de protection des plantes en Europe, mais il est largement utilisé comme anti-puces pour nos chers animaux domestiques.

 

Et le Monde évoque une « très haute toxicité »... il s'est encore une fois fait intoxiquer...

 

 

Anti-colonialisme ?

 

Pour les deux organisations, le modèle de vertu et d'exemplarité qu'est l'Europe se devrait de ne pas produire et exporter ce qui n'a pas d'autorisation de mise en marché sur son territoire.

 

Public Eye fait donner d'un idiot utile de l'activisme, l'ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur les incidences sur les droits de l’homme de la gestion et de l’élimination écologiquement rationnelles des produits et déchets dangereux, Baskut Tuncak, et fait référence à une déclaration de juillet 2020 endossée par une flopée d'« experts » des droits humains, « States must stop exporting unwanted toxic chemicals to poorer countries, says UN expert » (les États doivent arrêter d'exporter des substances chimiques toxiques non désirée vers les pays plus pauvres, selon un expert de l'ONU). On se frotte les yeux à la lecture de ce texte (notre traduction) :

 

« […] L'expert a déclaré que les Nations les plus riches créent souvent un régime de deux poids, deux mesures qui permet le commerce et l'utilisation de substances interdites dans des parties du monde où les réglementations sont moins strictes, externalisant ainsi les impacts sanitaires et environnementaux sur les plus vulnérables.

 

La nature racialisée de ces normes ne peut être ignorée, a-t-il dit, car les dangers sont externalisés aux communautés d'origine africaine et aux autres personnes de couleur – une grave préoccupation qui existe également à l'intérieur des pays exportateurs en ce qui concerne l'implantation d'industries polluantes et le déversement de déchets dangereux. »

 

 

La France pionnière... tant pis pour l'économie française et les pays importateurs

 

La France y est félicitée. Phare lumineux de l'obscurantisme et de la bien-pensance, n'a-t-elle pas prévu ce qui suit à l'article 83 de la loi dite « égalim » ?

 

« Sont interdits à compter du 1er janvier 2022 la production, le stockage et la circulation de produits phytopharmaceutiques contenant des substances actives non approuvées pour des raisons liées à la protection de la santé humaine ou animale ou de l'environnement conformément au règlement (CE) n° 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil du 21 octobre 2009 précitée, sous réserve du respect des règles de l'Organisation mondiale du commerce. »

 

Nous laisserons donc ces marchés à d'autres fournisseurs qui, dans un moment de bonté, remercieront peut-être nos braves députés pour le cadeau.

 

Ce n'étaient certes que 7.663 tonnes de produits en 2018 – soit à la louche l'équivalent de 10 % du marché français. L'opulente France peut supporter cette amputation d'une partie de son économie.

 

Les pays importateurs s'approvisionneront chez d'autres fournisseurs. Peut-être pas aussi fiables que les entreprises présentes sur le sol français.

 

 

Pour la bonne cause ? Mais laquelle ?

 

Le Monde écrit :

 

« Le rapporteur spécial des Nations unies sur les substances toxiques, Baskut Tunkak [ma note : son mandat a expiré], demande à l'UE de "faire preuve de leadership pour mettre fin à cette pratique odieuse, synonyme de discrimination et d'exploitation". »

 

Pour Public Eye et Unearthed (la filiale britannique de Greenpeace) l'Europe doit sans doute le faire aussi en vertu de leur propre vertu et de leurs nobles idéaux proclamés. À moins que ce ne soit pour répondre à leur cynisme, leur l'objectif réel étant d'assurer la pérennité de leur fond de commerce en agitant le drapeau du bien comme le mendiant sa sébile.

 

 

Une petite histoire de criquets

 

 

 

 

Tous ces gens, prétendument du camp du bien, ignorent par exemple que des criquets font des ravages considérables de l'Afrique de l'Est à l'Asie de l'Ouest et du Sud, jusqu'en Inde, et menacent l'Afrique de l'Ouest. Pour en venir à bout, il y a notamment, le fénithrotion.

 

Le fénithrotion ? Non inscrit en tant que substance approuvée dans l'Union Européenne. Motif : données insuffisantes et : « Un certain nombre de sujets de préoccupation ont été identifiés au cours de l’évaluation de cette substance active. »

 

Depuis septembre de l'année dernière, des « organisations non gouvernementales » font le siège du Parlement kényan pour faire interdire les importations de 262 produits de protection des plantes. En pointe, la Route to Food Initiative, qui serait financée par la Heinrich-Böll-Stiftung, elle-même liée au parti Vert allemand. Quoi qu'il en soit, le lien avec le lobby du biobusiness est transparent.

 

Parmi les substances visées : le fénithrotion... Le Wall Street Journal a publié un article au titre éloquent : « Africa’s Locust Plague Shows the Danger of Green Colonialism » (le fléau des criquets en Afrique montre les dangers du colonialisme vert).

 

Cette manœuvre de Public Eye et Unearther, à laquelle le Monde a contribué, en relève. Et c'est du niveau « Ya bon Banania ».

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P
Il serait intéressant de savoir où sont produits les pesticides non bios (dont, semble-t-il, au moins un insecticide organo-phosphoré interdit en France) utilisés en Afrique et en Papouasie pour la culture du pyrèthre, plante avec laquelle on produit le principal insecticide bio...
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F
"la France est le pays qui exporte le plus grand nombre de substances prohibées différentes"

Des "substances prohibées", rien que ça. On croirait qu'ils s'agit de mines antipersonnel ou autres armes...

L'idée que des clients achètent librement ces produits parce qu'ils répondent à leurs besoins locaux ne semble pas effleurer les militants. Cela révèle un immense mépris pour les populations de ces pays où les agriculteurs seraient trop stupides pour décider par eux-mêmes. Prétendre imposer aux populations étrangères (africaines ou autres) ce qu'elles doivent faire, c'est un cas flagrant de néo-colonialisme.
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