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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pétition de Pollinis sur le forçage génétique : honnête ?

22 Août 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #CRISPR, #OGM, #Politique

Pétition de Pollinis sur le forçage génétique : honnête ?
 

 

(Image de la vidéo)

 

Il n'est pas facile d'exister pour une entité – incorporée sous forme d'association, mais qu'importe ici la forme sociale – qui s'est construite dans un écosystème de gesticulation sciento- et technophobe très spécialisé, ici la (prétendue) défense des gentilles zabeilles. Mais avec très peu d'imagination, Pollinis peut participer à la grande kermesse anti-agriculture-qui-nous-nourrit :

 

« POLLINIS se bat pour la protection des abeilles domestiques et sauvages, et pour une agriculture qui respecte tous les pollinisateurs. »

 

Et là s'offrent bien d'autres tremplins. L'un d'eux, d'actualité dans le monde de la contestation, est le forçage génétique.

 

Rappelons en bref que le forçage génétique est un mécanisme qui permet de faire sauter une loi de la génétique. Un organisme géniteur muni d'un forçage pour un gène d'intérêt et porteur d'un exemplaire de ce gène peut le transmettre à toute sa descendance plutôt qu'à la moitié. Ce gène peut ainsi se propager en quelques générations à l'ensemble d'une population.

 

Ce gène peut être favorable, neutre ou nocif pour l'organisme cible. Exemples : un gène qui le protégerait d'une maladie (par exemple pour protéger des amphibiens de mycoses dévastatrices) ; un gène qui l'empêcherait de transmettre un agent causal de maladie à l'Homme (pas besoin d'exemples...) ; un gène qui rendrait les femelles stériles, conduisant la population à l'extinction (par exemple pour débarrasser la Nouvelle-Zélande des rats et opossums qui dévastent la faune indigène).

 

 

Houlah ! mais c'est dangereux tout ça !

 

Début juillet 2020, une meute de 78 organisations (et « organisations ») a écrit à la Présidente de la Commission Européenne pour lui intimer de soutenir une demande de moratoire lors de la COP 15 de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) qui a été reprogrammée pour les 17-30 mai 2021, à Kunmin (Chine).

 

Le 23 juillet 2020, une clique de 16 organisations (et « organisations ») ont écrit au Premier Ministre Jean Castex pour lui demander la même chose pour la COP 15 et le Congrès Mondial de la Nature de l’UICN qui devrait se tenir du 8 au 11 janvier 2021 à Marseille. Voir à cet égard « Forçage génétique et forçage politique ».

 

Le procédé est classique : comme on ne sait pas tout des dangers et risques – « potentiellement » apocalyptiques selon une formulation classique – il faut un moratoire sur les activités de recherche-développement, ainsi que de déploiement, en attendant d'en savoir plus. En apprendre davantage est forcément impossible... le « moratoire » serait dès lors perpétuel et l'obscurantisme aurait gagné.

 

Mais cela n'empêche pas de faire plus... de lancer une pétition, laquelle a aussi l'immense avantage de faire le buzz – et de faire entrer les dons.

 

Avez-vous bien lu ? La question du forçage génétique est à l'ordre du jour de la COP 15 de la CDB, comme elle le fut à la COP-14 de Charm el-Cheikh (qui avait adopté une résolution mi-chèvre mi-chou). Ce sont donc les représentants des gouvernements qui décideront.

 

Mais cela n'empêche pas Pollinis d'utiliser un argument percutant pour attirer les nigauds :

 

« Ne laissons pas les multinationales décider seules de l'avenir du vivant ! »

 

La pétition est adressée à deux membres de la Commission Européenne, M. Virginijus Sinkevičius (Environnement, Affaires maritimes et Pêche), et Mme Stella Kyriakides (Santé), à la Commission Européenne (sic) et au Conseil Européen (l'organe réunissant les chefs d'État et de gouvernement). Le texte final :

 

« Nous vous demandons d’empêcher la dissémination d'organismes modifiés par forçage génétique dans l'environnement, et d'œuvrer en faveur d'un moratoire international sur la dissémination d'organismes modifiés par forçage génétique lors de la Conférence des parties (COP) de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CBD). »

 

Répétons-le : ce seront les représentants des gouvernements qui décideront à Kunmin (du reste, la Vieille Europe sera vraisemblablement bien isolée dans sa frilosité décadente). Ils y seront confrontés à un intense lobbying (oups ! plaidoyer) de l'activisme sciento- et technophobe et à des argumentations rationnelles des supporteurs de la technologie, en particulier de certains milieux de la recherche dans le domaine de la santé (Target Malaria ou GeneConvene Global Collaborative par exemple) et, dans une moindre mesure, des milieux de l'industrie (par exemple la jeune entreprise Oxitec).

 

Les « multinationales » ne sont bien sûr pas absentes de ce domaine de recherche. Mais elles ne sont pas en pointe, certainement pas en ce qui concerne la communication et les stratégies d'influence.

 

Cela n'empêche pas Pollinis de claironner :

 

« Ne laissons pas les multinationales décider seules de l'avenir du vivant ! »

 

Est-ce honnête ?

 

L'argumentaire se sert sans surprise du registre de la peur panique. Mais c'est la contestation de l'« industrie » qui domine.

 

Ainsi,

 

« ...les laboratoires industriels [seraient dotés] d'un droit de vie ou de mort sur l'ensemble des organismes vivants, sur des critères commerciaux, productifs, économiques, qui ne représentent pas nécessairement l'intérêt général ».

 

Est-ce honnête ?

 

Ainsi,

 

« ...avec une centaine de brevets déjà déposés, qui couvrent un large spectre d'espèces sauvages, ces techniques permettraient un accaparement du vivant par les multinationales : les populations naturelles seront petit à petit remplacées par celles porteuses de gènes brevetés par les firmes ».

 

Outre que cela repose sur une profonde méconnaissance du fonctionnement du système des brevets, est-ce honnête ?

 

Ainsi :

 

« ...les décisions concernant ces technologies et leur implication pour notre avenir à tous sont actuellement prises par un groupe limité d'"experts" ».

 

Est-ce honnête, sachant par ailleurs que les organismes dotés d'un forçage génétique sont des OGM, donc soumis aux procédures régissant ces derniers et aux décisions politiques ?

 

Pollinis a aussi produit une vidéo, apparemment d'une vingtaine de minute (on ne peut pas naviguer à l'intérieur).

 

On y prétend, sur le mode indicatif, que des insectes – abeilles et papillons – ont été génétiquement modifiés

 

« ...pour résister aux pesticides » ou « pour polliniser uniquement certaines cultures industrielles au détriment des plantes sauvages fécondées depuis des millénaires grâce à leurs congénères naturels ».

 

Est-ce honnête ?

 

Et aussi :

 

« ...Mais les firmes qui financent les recherches mènent un lobbying intensif auprès des autorités européennes et à travers le monde pour obtenir au plus vite l'autorisation de relâcher dans la nature ces créatures porteuses de "gènes invasifs". Objectif : tester en live les conséquences de cette technologie révolutionnaire et mortifère directement sur les êtres vivants, la biodiversité, les chaînes alimentaires. »

 

Est-ce honnête ?

 

« ...mais les profits attendus à court terme sont colossaux [bruit de tiroir-caisse] et le lobbying intense des multinationales commence à porter ses fruits. La Commission Européenne a demandé à l'EFSA […] de procéder à une évaluation des risques, notamment environnementaux, des insectes ravageurs agricoles modifiés par forçage génétique dans la perspectives d'une dispersion délibérée dans l'environnement. »

 

 

 

 

Est-ce honnête ?

 

Où sont les profits colossaux, et ce, à court terme ? Le principal acteur du forçage, Oxitec, ne prévoit pas de dissémination expérimentale avant plusieurs années... Où est le lobbying intense des multinationales ? Faut-il croire qu'il serait intense précisément parce qu'il ne serait pas visible (à la différence du lobbying des activistes) ? Peut-on croire que la Commission Européenne a donné un mandat à l'EFSA sous la pression des lobbyistes (industriels, cela va de soi) avec, en sous-entendu, une invitation à préparer le terrain pour les disséminations ?

 

Nous ne sommes pas allés plus loin dans cette œuvre de propagande.

 

Mais il y a pire...

 

« Les réseaux sociaux ont donné le droit à la parole à des légions d'imbéciles qui avant ne parlaient qu'au bar et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd'hui ils ont le même droit de parole qu'un prix Nobel. » – Umberto Eco

 

Les termes de référence donnés le 10 août 2018 par la Commission à l'EFSA pour son évaluation. Risques, dangers... rien sur les bénéfices...

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P
Donc , selon Pollinis faire disparaître des espèces comme Aedes albopictus (moustique tigre) ou Aedes aegypti serait un dommage irréversible "du vivant".
Es-ce que faire disparaître les rats ou autre vermine serait aussi un dommage irréversible ?
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