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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les profits de la pandémie augmentent, la faim aussi

9 Août 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Covid-19, #Afrique

Les profits de la pandémie augmentent, la faim aussi
 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

Image : un jeune agriculteur africain travaille le sol dans la ferme de son village. Davide Bonaldo/Shutterstock

 

 

Les grandes entreprises alimentaires et agricoles qui réalisent d'énormes bénéfices en pleine pandémie de Covid-19 sont invitées à investir une partie de cette manne dans les populations et les petits exploitants agricoles les plus affamés du monde.

 

L'appel est lancé dans un rapport d'Oxfam International intitulé « The Hunger Virus: How COVID-19 is fueling hunger in a hungry world » (le virus de la faim : comment le Covid-19 alimente la faim dans un monde affamé », avertissant que d'ici décembre 2020, plus de personnes mourront de la faim liée à Covid-19 que du virus lui-même. L'organisation prévoit que la faim induite par le Covid-19 pourrait tuer jusqu'à 12.000 personnes par jour si des mesures drastiques ne sont pas prises pour faire face aux défis de la sécurité alimentaire mondiale.

 

L'insécurité alimentaire s'aggravant avec la propagation de la pandémie à l'échelle mondiale, huit des plus grandes entreprises alimentaires et de boissons du monde ont versé plus de 18 milliards de dollars de dividendes à leurs actionnaires depuis janvier 2020, selon le rapport. Ce chiffre serait dix fois supérieur à ce dont les Nations Unies affirment avoir besoin pour empêcher les gens de souffrir de la faim. En avril, les Nations Unies ont lancé un appel de 2 milliards de dollars pour aider les populations vulnérables à faire face aux problèmes de sécurité alimentaire liés au Covid-19.

 

« C'est le problème que certains d'entre nous ont rencontré avec le capitalisme non réglementé », explique George Osei Bimpeh, directeur national de SEND Ghana [Social Enterprise Development Foundation], une organisation de la société civile travaillant à réduire les inégalités au sein des ménages pauvres, à l'Alliance pour la Science. « Autant nous cherchons à promouvoir des intérêts commerciaux, autant cela devrait être guidé par un sens élevé du devoir moral. Il est tout à fait impensable que les propriétaires d'entreprises et les actionnaires tirent autant de profit des malheurs qui se sont abattus sur les citoyens, les agriculteurs et les pauvres à cause du Covid-19. »

 

Le rapport s'inquiète des « signes inquiétants selon lesquels certaines entreprises utilisent la pandémie pour profiter des consommateurs ». L'indice des prix alimentaires de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), qui suit le prix moyen que les supermarchés et autres détaillants paient pour les produits de base des agriculteurs, a en moyenne baissé régulièrement depuis janvier 2020.

 

 

Des prix à la consommation en hausse
 

Dans le même temps, les prix à la consommation augmentent dans de nombreux pays en raison de la perturbation de la production locale et des chaînes d'approvisionnement, de l'inflation et des achats de panique, fait observer le rapport. Aux États-Unis, par exemple, les prix à la consommation ont augmenté en moyenne de 36 %, mais les revenus agricoles ont chuté. Les puissants et dominants négociants agricoles, les entreprises alimentaires et de boissons et les chaînes de supermarchés, qui dictent le prix et les conditions du commerce alimentaire, s'efforcent de maximiser les profits en payant aux producteurs qui assument la plupart des risques associés à la production alimentaire des « salaires de misère ».

 

« Nous devons faire appel à la conscience morale des propriétaires d'entreprises, en particulier ceux qui tirent leur existence de l'agriculture, pour qu'ils se penchent essentiellement sur la question du partage des bénéfices », déclare M. Bimpeh. « Mais pas dans le contexte de l'intérêt des actionnaires. Dans le contexte de l'intérêt des agriculteurs. Dans ce cas, les bénéfices exceptionnels qui reviennent aux grandes entreprises doivent revenir aux communautés agricoles d'où elles tirent leurs matières premières. »

 

Bimpeh souhaite que les grandes entreprises investissent une partie de leurs bénéfices exceptionnels dans le renforcement des systèmes agricoles dans les zones rurales, ainsi que dans les initiatives locales de protection sociale menées par le gouvernement et les organisations humanitaires. Il exhorte également les grandes entreprises agricoles à soutenir directement les agriculteurs et les pauvres.

 

« La plupart de ces agriculteurs travaillent dans le cadre de systèmes coopératifs », dit-il. « Ils peuvent être facilement identifiés. Même lorsqu'il n'existe pas de syndicats coopératifs, les agriculteurs peuvent facilement être identifiés dans les communautés rurales et les parties les plus pauvres de l'économie agraire pour qu'ils puissent obtenir un soutien. »

 

L'inégalité atteint des niveaux extrêmes

 

Le rapport d'Oxfam indique que les inégalités dans le monde ont atteint des niveaux extrêmes. Alors que près de la moitié de la population mondiale vit avec moins de 5,50 dollars par jour, les 2.200 milliardaires de la planète possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes réunies. Selon le rapport, la pandémie exploite et exacerbe ces inégalités, car ce sont les plus pauvres qui sont le plus touchés par les pertes d'emplois et de revenus.

 

« Ces inégalités piègent des millions de personnes dans la pauvreté et la faim », observe le rapport. « Avec les familles les plus pauvres dont les dépenses alimentaires représentent jusqu'à la moitié de leurs revenus, même la plus petite augmentation des prix alimentaires ou la plus petite baisse de revenus peut les amener à sauter des repas ou à manger des aliments moins nutritifs. »

 

Ces énormes inégalités signifient que les petits agriculteurs qui produisent plus de 70  % de la nourriture en Asie et en Afrique subsaharienne, ainsi que les plus de 1,7 milliard de personnes qui travaillent dans les fermes et les plantations, sur les bateaux de pêche et dans les usines de transformation, sont incapables de produire suffisamment de nourriture ou de gagner suffisamment de revenus pour échapper à la faim et à la pauvreté.

 

Bimpeh fait pression pour l'établissement d'« un lien étroit entre la production agricole et les programmes de protection sociale afin que nous puissions consacrer des ressources aux dépenses agricoles de manière à atténuer les souffrances que la majorité des agriculteurs ruraux pauvres ont dû endurer ».

 

Il ajoute : « Le monde des entreprises doit répondre à cet appel, non seulement en tant que responsabilité sociale des entreprises, mais aussi pour se montrer à la hauteur d'un devoir moral qui leur est plus que jamais imposé. »

 

Wiledio Naboho, un agriculteur du Burkina Faso, demande aux entreprises de se rappeler que leurs activités ne survivront pas si les agriculteurs ne survivent pas au Covid-19. « Nous dépendons les uns des autres », dit-il à l'Alliance pour la Science. « Sans nous, les entreprises ne peuvent pas survivre. Leurs matières premières proviennent des agriculteurs. Ils peuvent financer de nombreux projets d'agriculteurs. Ils devraient financer des projets d'agriculteurs comme l'accès à la mécanisation comme les tracteurs. Ils peuvent soutenir les agriculteurs en nous facilitant l'accès aux fonds des banques. »

 

 

Aggravation de la faim dans le monde
 

Le rapport avertit que 121 millions de personnes supplémentaires, dont la majorité sont des agriculteurs pauvres des zones rurales, pourraient être poussées au bord de la famine cette année car le Covid-19 perturbe la chaîne d'approvisionnement alimentaire et provoque un chômage généralisé alors que l'aide humanitaire diminue.

 

Le rapport identifie la région du Sahel en Afrique de l'Ouest, le Yémen, le Venezuela, le Sud-Soudan et six autres pays/régions comme les plus exposés au risque de famine en raison du Covid-19. Au cours des 11 dernières années, la région du Sahel en Afrique de l'Ouest, qui comprend le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Tchad, a connu la crise de la faim qui s'est développée le plus rapidement au monde. On estime qu'entre mars et mai 2020, environ 13,4 millions de personnes ont eu un besoin immédiat d'aide alimentaire dans la région.

 

Aujourd'hui, la situation s'aggrave. Les fermetures de frontières ont provoqué de fortes augmentations des prix des produits alimentaires et agricoles importés dans la région, le Mali voyant les prix augmenter de 10 % en moyenne et le Nigeria de 30 %.

 

« Des millions de personnes ont déjà du mal à manger ne serait-ce qu'une fois par jour, et beaucoup d'autres dépendent de revenus très volatiles », fait observer le rapport. « Les femmes, qui se privent souvent de nourriture pour pouvoir nourrir leurs enfants, sont particulièrement menacées. »

 

Naboho vit ces défis au Burkina Faso. « En réalité, le Covid-19 a eu un impact négatif sur nous, les agriculteurs. Tout d'abord, il a limité notre accès à des semences de qualité. Et aussi, les quelques [semences] que nous avons sont vendues à un prix élevé. Deuxièmement, l'accès à la nourriture est limité à cause du verrouillage des marchés. Dans notre cas, l'année dernière, nous n'avons pas eu un rendement suffisant à cause du manque de pluie et de certaines maladies des plantes », dit-il.

 

« Ainsi, le Covid-19 est venu ajouter à la tristesse de mon peuple. Je peux dire que beaucoup de familles n'ont pas de nourriture pour se nourrir. Le Covid-19 a en quelque sorte révélé les faiblesses de notre gouvernement en matière de sécurité alimentaire », ajoute Naboho.

 

Le rapport indique que les gouvernements des pays à faible revenu n'ont pas réussi à investir dans l'agriculture et l'économie rurale au fil des ans, laissant les petits producteurs sans les infrastructures, les informations ou les technologies dont ils ont besoin pour accéder aux marchés, améliorer la productivité et s'adapter à un climat de plus en plus hostile. Par exemple, au cours de la période de quatre ans comprise entre 2014 et 2018, seuls huit pays africains ont suivi les recommandations de l'Union Africaine et ont systématiquement consacré plus de 10 % de leur budget à l'agriculture. Plus de 40 pays ont dépensé beaucoup moins. Et en période de faibles investissements financiers, les grandes entreprises agroalimentaires sont souvent privilégiées, tandis que les investissements dans les petits producteurs sont terriblement négligés.

 

Anthony Morrison, président de la Chambre d'Agro-business de l'Afrique de l'Ouest, souhaite que les agriculteurs ruraux s'organisent en associations plus fortes afin qu'ils puissent exiger leur dû. « Comment les acteurs du secteur agricole rural sont-ils organisés ? Ils doivent être organisés en coopératives plus fortes afin de pouvoir jouer un rôle dans la conception, la formulation et la mise en œuvre des politiques », dit-il. « Nous devrions également voir une augmentation des subventions existantes afin que les bénéficiaires pauvres puissent y avoir accès. »

 

____________

 

* Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2020/07/as-pandemic-profits-increase-so-does-hunger/

 

Ma note : Ce n'est pas le meilleur de notre ami Joseph !

 

Les « rapports » d'Oxfam International sont régulièrement dénoncés pour leurs insuffisances et leur parti pris.

 

Les milliardaires sont riches ? Ils contribuent au fonctionnement – dont chacun jugera s'il est bon ou mauvais, susceptible d'être amélioré – de l'économie.

 

Les grandes entreprises ont distribué des dividendes ? Ils rémunèrent les détenteurs de capital (y compris les caisses de retraite par capitalisation comme la mienne). Les 18 et quelque milliards évoqués dans le texte sont tirés d'une note du « rapport ». Le plus gros chiffre est celui de Nestlé... mais pour une année entière (8,248 milliards de dollars). Le huitième (Kellogg) pointe à 391 millions.

 

Et la note se termine par : « Beaucoup de ces compagnies déploient des activités pour répondre au Covid-19 et/ou à la faim dans le monde. »

 

Oxfam International se vante dans ce rapport de contribuer à la lutte contre le Covid-19 et la faim. Ce qui est remarquable, c'est qu'il n'y a pas d'indication des montants déployés.

 

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PierreL. 10/08/2020 12:58

Et pour en rajouter une couche, qu'est-ce qui est plus grave (important) en Mauritanie ? la famine ou l'esclavage ? Pourquoi ont-ils le plus besoin d'aide ?

max 09/08/2020 17:34

La critique d'Oxfam sur les grandes entreprise est plutôt malvenus. Il omet de dire qu'il a supprimer 1500 emploi et dans les pays pauvre en plus.
De plus il fait partie de ces ONG qui militent contre ce qui pourrait facilité la vie des agriculteur les plus pauvre (comme les OGM et le génie génétique en générale).
En faite Oxfam est une multinationale qui fait son beurre sur la misère humaine. Plus la situation se dégrade (ou a l'air de se dégrader), plus Oxfam justifie son existence et donc les subventions qu'il reçoit.
Et quand on regarde le salaire de leur président, on se rend compte que combattre les inégalité est le cadet de leur souci (146.532 €/ans, à coté le smic c'est 14 623 €/ans).
https://fr.irefeurope.org/Publications/Les-chiffres-cles/article/Le-salaire-du-PDG-d-Oxfam-GB-est-100-fois-plus-eleve-que-le-salaire-moyen-du-quart-de-l-humanite

PierreL. 09/08/2020 14:08

Pourtant j'ai l'impression que cet article ne dit qu'une partie de l'histoire .
Que les pays mentionnés ici soit pauvres et en état de famine est infiniment triste mais comment par exemple le Venezuela se retrouve sur cette liste ? Ce pays était un des plus riches d'Amérique du sud.
Les autres pays Africains sont en guerre civiles et/ou ethnique depuis des décennies, ajouté à cela l'infestation de criquets de cette année et vous avez une catastrophe humaine des plus triste.
Aussi , se pourrait-il que certains des ces pays préfèrent acheter de l'équipement militaire russe et/ou chinois et /ou américain ..etc au lieu de nourrir leur peuple?

max 09/08/2020 17:37

Pour les autres pays je ne sais pas. Mais pour le Venezuela, le socialisme (et la dictature qui va avec) tant vanté par Mélanchon et comparse est passé par là. Faisant du pays d'Amérique du sud le plus riche l'un des plus pauvre.