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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Monde anti-OGM de M. Stéphane Foucart : quand une hausse cache une baisse pour la protection phytosanitaire du cotonnier GM en Inde

5 Août 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Inde, #OGM, #Pesticides

Le Monde anti-OGM de M. Stéphane Foucart : quand une hausse cache une baisse pour la protection phytosanitaire du cotonnier GM en Inde
 

 

J'aime bien cette photo.

 

 

Connaissez-vous la loi de Brandolini ? Exprimons-la avec un brin de vulgarité :

 

« La quantité d'énergie nécessaire pour réfuter du bullshit est supérieure d'un ordre de grandeur à celle nécessaire pour le produire. »

 

La chronique publiée le 18 juillet 2020 (date sur la toile) par le Monde, « Les arguments favorables aux “OGM” sont soumis à très peu d’esprit critique » (les guillemets sont dans le titre) a donné lieu sur ce blog à trois billets :

 

 

Voic donc le quatrième volet, sur l'allégation selon laquelle « les agriculteurs dépensent aujourd'hui plus en pesticides qu'avant l'introduction du Bt ».

 

C'est, une fois de plus, l'histoire d'un journalisme militant (ou engagé) qui prend pour argent comptant les allégations d'une recherche, en principe scientifique, engagée (ou militante). Cette recherche, c'est « Long-term impacts of Bt cotton in India » (impacts à long terme du cotonnier Bt en Inde – texte complet ici) de K. R. Kranthi et Glenn Davis Stone.

 

 

La question des pesticides
 

M. Stéphane Foucart écrit :

 

« M. Kranthi et M. Stone indiquent que l'introduction du coton Bt en Inde s'est bien accompagnée d'une réduction de l'utilisation des pesticides, mais celle-ci n'a été qu'"éphémère". Avec l'apparition de résistances à la toxine Bt chez certains insectes et la prolifération de ravageurs secondaires non ciblés, "les agriculteurs dépensent aujourd'hui plus en pesticides qu'avant l'introduction du Bt", écrivent les deux auteurs, "Tout indique que la situation va continuer à se détériorer", ajoutent-ils. »

 

Un graphique est très suggestif.

 

 

Fig. 8 | Dépenses nationales en insecticides pour la production de coton. Les données proviennent de Kranthi et de Srivastava et Kolady, mises à jour avec les informations provenant de la société d'études de marché Tech-SciResearch Pvt Ltd, Noida, Inde, et ont été recoupées lors d'entretiens avec des cadres de l'industrie des pesticides.

 

 

Malheureusement, il est difficile à interpréter car exprimé en dollars US. Quelle est la part de l'évolution des taux de change ? De l'inflation ? Des prix des nouveaux insecticides ?

 

À supposer que les chiffres soient corrects (et correctement interprétés – ménageons le suspense... quoique la réponse est déjà dans le titre), quelle est aussi la part de la volonté des cotonculteurs de mieux protéger leurs cultures et, en dernière analyse, leurs revenus ?

 

Il faut commencer par une observation d'agroécologie (au sens scientifique du terme).

 

Comme nous l'avons vu dans le billet précédent, le développement de ravageurs précédemment secondaires ensuite de la réduction des traitements contre le ver de la capsule et de sa quasi-disparition est un phénomène attendu. L'intensification de la culture a, peut-être aussi, provoqué une augmentation du parasitisme et, sans nul doute, incité les cotonculteurs à mieux protéger leurs cultures et préserver leurs rendements et perspectives de gains.

 

Avec quelles conséquences ?

 

 

Un article scientifique imprégné d'idéologie

 

Kranthi et Stone écrivent :

 

« L'introduction de nouveaux insecticides a également été importante. Notez que l'apparition de nouveaux insecticides n'est pas en soi une raison de se réjouir, car le "tapis roulant des insecticides" a pour effet global de maintenir une forme de culture instable et coûteuse qui mine les compétences des agriculteurs [deux citations, dont une de Stone]. Cependant, chaque tour de tapis roulant apporte souvent des stimulations temporaires de la productivité, et plusieurs insecticides avec de nouveaux modes d'action sont apparus en 2000-2002 et ont été adoptés dans les années où les rendements du coton étaient en hausse.

 

On voit l'idéologie qui sous-tend l'article. En réalité, la protection des cultures est une course aux armements : les ravageurs développent une résistance, parfois rapidement compte tenu de leur vitesse de multiplication... les humains développent de nouvelles armes – génétiques, chimiques, biologiques, relevant des pratiques culturales... Entre-temps, les humains engrangent les bénéfices de l'innovation.

 

Plutôt que de se lamenter à propos d'un « tapis roulant », on ferait mieux de se réjouir de son existence, des gains qu'il apporte et de notre capacité à maintenir une activité productive. Si vous voulez une preuve de l'effet de son absence ou de son arrêt, voyez le désastre des betteraves à sucre atteintes par la jaunisse.

 

 

Il y a quelque chose de curieux avec les chiffres...

 

Les auteurs écrivent encore :

 

« Mais la figure 8 montre un problème encore plus important que celui des lépidoptères : des populations en augmentation d'insectes suceurs de sève qui se développent grâce à des hybrides gourmands en engrais. Les hybrides d'hirsutum Bt sont très vulnérables à ces insectes, contrairement aux variétés du secteur public qui étaient largement utilisées dans les années 1990. La figure 8 montre qu'en 2007, alors que l'adoption du Bt a fait un bond en avant, les dépenses pour les traitements ciblant les insectes suceurs de sève ont également augmenté. En 2013, le coût des insecticides par hectare a dépassé la valeur d'avant l'adoption du Bt en 2001. En 2018, les producteurs de coton indiens dépensaient en moyenne 23,58 dollars par hectare, soit 37 % de plus qu'avant l'adoption du Bt, et la situation se détériorait tant pour le ver rose de la capsule que pour les insectes suceurs. »

 

Curieusement, on fait maintenant un lien avec le Bt, alors qu'on s'est efforcé de nier ce lien pour les augmentations de rendement...

 

Incidemment, l'idéologie pointe à nouveau son nez avec : « ...des hybrides gourmands en engrais ». Les plantes, c'est comme les chevaux : pour qu'ils soient performants il faut donner des fertilisants aux premières et de l'avoine aux seconds...

 

« En 2018... » ?

 

Le graphique nous suggère que les 37 % s'appliquent à des montants en dollars US., 23,58 dollars en 2018 et (23,58/1,37 =) 17,21 dollars en 2001 (prenons cette date pour référence). Ces montants, affectés par les taux de change des années considérées (70,09 et 47,19 roupies pour un dollar), représentent respectivement 1.652,72 et 812,22 roupies. Mais 100 roupies de 2001 valent 295,84 roupies de 2018. Les traitements de 2001 valaient donc (812,22*295,84/100) = 2.402,87 roupies de 2018.

 

Cela aboutit à la conclusion inverse de celle des auteurs : les traitements de 2018 représentent une économie de quelque 30 % par rapport à 2001.

 

 

Et vous savez quoi ?

 

Avant les variétés Bt, les rendements languissaient autour de 200-250 kg/ha. Ils sont actuellement du côté de 500 kg/ha.

 

L'Inde est devenue une puissance cotonnière et textile de premier rang. Il y a l'agriculture, mais aussi l'industrie.

 

Le cotonnier, c'est aussi de l'huile alimentaire et des résidus de culture utilisés en alimentation du bétail.

 

Le cotonnier performant, c'est aussi plus de travail, particulièrement pour les femmes à la récolte.

 

Le cotonnier Bt, c'est plus de revenus, la possibilité de sortir de la pauvreté, d'envoyer les gosses à l'école, etc., etc.

 

 

Capture coton 7

 

 

Capture coton 8

Les parts de marché des 5 grands et du reste du monde en 2002 (cercle intérieur) et 2014 (cercle extérieur)

 

 

Et il y a des gens qui écrivent au Monde :

 

« Mais aucun des grands bénéfices que lui attribuent ses supporteurs n'est réel ou n'a tenu sur la durée. »

 

Ou encore, plus généralement :

 

« La transgenèse ou l'édition du génome peuvent apporter des innovations utiles dans de nombreux domaines, et peut-être le feront-elles. Mais il y a fort à parier que, dans leurs principaux usages agricoles, elles n'ont jusqu'à présent pas tenu leurs promesses. »

 

Que, face à la réalité de l'utilisation des OGM et, demain des variétés issues des NBT, on puisse tenir de tels propos est proprement déroutant.

 

 

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