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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Betteraves et néonicotinoïdes : la Confédération Paysanne insulte les producteurs

19 Août 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #betteraves, #Néonicotinoïdes, #Activisme

Betteraves et néonicotinoïdes : la Confédération Paysanne insulte les producteurs
 

 

La Confédération Paysanne a publié le 14 août 2020 un communiqué au titre explicite, « Tous les néonicotinoïdes doivent rester interdits ».

 

Surprenant ? Non ! Cette entité est peut-être encore, formellement, une « Confédération », mais elle n'est plus « paysanne ». Ce n'est plus un syndicat agricole mais une entité au service d'intérêts opposés à la paysannerie.

 

 

« Nos amis » ? Étonnant ? Non (Source)

 

 

Ce qui étonne aussi, c'est le raisonnement. Allons-y pas à pas.

 

« Dans le calme des vacances aoûtiennes, la Ministre de la Transition écologique Barbara Pompili vient de permettre l’usage de semences de betteraves sucrières enrobées de néonicotinoïdes, par dérogation au moment des semis sur une période de 120 jours. »

 

C'est complètement faux, comme nous l'avons déjà expliqué par ailleurs, dans « Betteraves, néonicotinoïdes et abeilles : le délire de M. Stéphane Foucart dans le Monde ».

 

« Cette décision, après celle du gouvernement de ne pas suivre les injonctions du Conseil d'État l'obligeant à publier au plus tard le 7 août le décret engageant la réglementation comme OGM des variétés rendues tolérantes aux herbicides de colza CL, est un signal désastreux allant dans le sens de la protection d'intérêts économiques particuliers aux dépens de l'intérêt général. »

 

Beau sophisme de la diversion, belle gesticulation et belle contre-vérité. La Confédération Paysanne devrait savoir que le gouvernement a établi des projets de décret et d'arrêtés. À preuve, elle a cosigné un communiqué commun avec des organisations dont elle s'est fait le supplétif pour dénoncer, à propos du Haut Conseil des biotechnologies, « un avis scientifique trompeur, un comité économique, éthique et social bâillonné » (voir notre analyse dans « Variétés issues de la mutagenèse : l'incroyable pouvoir des lobbies verdâtres »).

 

On nous explique ensuite de manière lourdaude que ce n'est pas si grave :

 

« Contrairement à des annonces catastrophiques, l'interdiction de trois molécules néonicotinoïdes en 2013 par la Commission européenne n'a pas provoqué de pertes économiques significatives dans les productions concernées. En 2019, la gravité des dégâts dus à la jaunisse nanisante est restée très faible avec en moyenne 1,5 % de la surface touchée à l'échelle nationale[1]. Les dégâts sont probablement plus importants cette année, mais l'incidence économique globale de la jaunisse ne sera pas aussi catastrophique qu'affirmé. »

 

Pour 2019, il s'agit de picorage (cherry picking) dans un compte rendu du Betteravier. Voici les texte complet du paragraphe sur l'état des lieux :

 

« Cet automne, les équipes régionales de l’ITB ont effectué des notations jaunisse sur plusieurs centaines de parcelles. La fréquence de parcelles présentant au moins un rond de jaunisse ainsi que la surface moyenne atteinte (gravité) ont été relevées. À l’échelle nationale, la fréquence moyenne est de 37%, avec de fortes disparités régionales : plus de 70 % pour la Normandie, la Somme et le Nord-Pas-de-Calais ; environ 50 % en Île-de-France ; autour de 30 % pour l’Oise et le Centre-Val-de-Loire et moins de 10 % pour l’Aisne et la Champagne (Figure 1). En ce qui concerne la gravité, celle-ci reste très faible avec en moyenne 1,5 % de la surface touchée à l’échelle nationale. Seules les régions de Normandie, la Somme et le Nord-Pas-de-Calais présentent des gravités supérieures à 2,5 % avec un maximum de 4 % en Normandie. En conclusion, le développement de la maladie aura été relativement faible cette année, mais il aura fallu compenser l’arrêt des néonicotinoïdes par une surveillance accrue et jusqu’à trois traitements insecticides selon les niveaux de pression pucerons au printemps. »

 

Des producteurs ont subi des pertes plutôt importantes en 2019 ? Pas de quoi fouetter un chat, la moyenne est bonne...

 

Les pertes de 2020 ? Bah ! Il suffit d'inventer sa propre vérité. Qu'importe si les rapports venant de toute part sont à l'exact opposé (et que même Mme Barbara Pompili, Ministre de la Transition Écologique, y adhère).

 

Mais c'est à juste titre que la Conf' affirme que les producteurs pourraient être incités à utiliser des semences enrobées à titre préventif l'année prochaine (caveat : pour autant que le projet gouvernemental passe la rampe devant le législatif).

 

Vient ensuite la gesticulation anxiogène sur la persistance des néonicotinoïdes dans le sol, les effets sur la santé humaine et sur la faune. Tout y passe en quelques phrases. Mais là, c'est sans références...

 

Il y a enfin la faute à la dérégulation, la suppression des quotas, les méchants « industriels privés ou coopératifs (Tereos produit sur d'autres continents) » qui

 

« conduit la majorité des paysan·ne·s dans le mur et pousse à des modes de production intensifs et spécialisés au détriment de la durabilité des agroécosystèmes et de la biodiversité. »

 

Vraiment bête cette «  majorité des paysan·ne·s »...

 

Il doit aussi y avoir, selon la Conf', des monocultures – au sens propre du terme – de betteraves. C'est bien ce qu'il faut entendre sous « modes de production intensifs et spécialisés ».

 

 

(Source)

 

 

Mais il est difficile de voire là un argument sérieux à faire valoir pour la question des semences de betteraves enrobées.

 

Le mille-feuille argumentatif continue :

 

« Comment dans ce contexte, peut-on développer sereinement l'usage d'alternatives aux néonicotinoïdes ? Sans protection économique des paysan·ne·s et sans visiblement de volonté politique réelle de répondre à cette urgence, c'est impossible. [...] »

 

Ne serait-ce pas là l'admission de la nécessité des néonicotinoïdes en enrobage ? Vite ! Un red herring, une diversion :

 

« Et les syndicats CGB* et FNSEA* entraînent leurs adhérent·e·s dans le repli de la victimisation face à un supposé agribashing, concept inventé plus que réel, pour justifier l'archaïsme d'un usage non limité des pesticides et en freiner l'inéluctable affranchissement pour les paysan·ne·s, nos concitoyen·ne·s et la biodiversité. »

 

Une analyse de cette phrase qui aligne une série d'épouvantails relève de la psychiatrie ! Limitons nous à un point : il faudra populariser la notion du sophisme de la reductio ad FNSEA...

 

Après avoir affirmé l'impossibilité de « développer sereinement l'usage d'alternatives », voici que la Conf' nous dit que des alternatives existent. Le paragraphe vaut son pesant de cacahuètes :

 

« Les alternatives existent. Elles nécessitent de repenser les modes de production en plaçant les cultures dans un écosystème comportant des ravageurs mais aussi des alliés (les auxiliaires). La santé des plantes ne peut être pensée de façon isolée. Haies, rotations assez longues, taille raisonnable des parcelles, diverses méthodes de lutte biologique dont la conservation des habitats des auxiliaires, biostimulants, traitements aux huiles essentielles, etc. peuvent permettre de mieux réguler les populations de pucerons. […] »

 

On croirait lire... Mais non, c'est normal, la Conf' s'est mise au service d'entités telles que celles avec lesquelles elle signe des communiqués communs (exemple).

Il y a tout de même une martingale :

 

« […] Et, si dans certains cas ces méthodes ne sont pas assez efficaces, des insecticides moins dangereux que les néonicotinoïdes sont déjà homologués et utilisables. »

 

Étonnant ! On lutte contre les pucerons propagateurs de jaunisse avec des huiles essentielles, par exemple... ça ne marche pas... on utilise des insecticides déclarés – par principe – moins dangereux (ha ! ha ! ha !)... mais la jaunisse est installée... Très fort les gars !

 

Et pour conclure, ce ne sont pas moins que trois points d'exclamation :

 

« La Confédération Paysanne demande que tous les néonicotinoïdes restent interdits !!! »

 

 

Post scriptum

 

Les belles qui se font belles et les naturopathes qui prétendent soigner avec des huiles essentielles apprendront avec grand intérêt que ces huiles sont des... pesticides.

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W
les rivières polluées, la biodiversité qui disparaît, les terres sans vie ce n'est pas de la fiction c'est du réel et c'est aujourd'hui. Qui sont les responsables. Le principe de précaution doit être appliqué, le profit aux dépend du vivant doit être banni
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P
@ max
Je suis bien d'accord avec vous.
Répondre
P
@max

En soit, le fait que l'on trouve des infimes traces d'insecticides, pas bio ou bio, ne me choque pas... On trouve bien de la cocaïne (info a vérifier :) ) sur une partie des billets de banque à Londres. En fait, on peut trouver des infimes de traces de tout dans tout... Cela ne présente pas de danger. De même, le Spinosad est un "tueur d'abeilles" mais utilisé de manière intelligente, les dégâts seront minimes. Ce qui me choque c'est que l'on interdisse l'utilisation des grains enrobées de néonicotinoides alors qu'il n'y a jamais eu de preuve qu'elles aient présentées un réel danger dans les champs. Et que l'on a préconisé en remplacement des insecticides que l'on pulvérise sur toute la surface et qui, c'est évident, on plus d'impact... On est donc dans une décision d'ordre symbolique... Soit purement politique, soit religieuse.
Et c'est à qui est dangereux. Il en est de même pour la campagne anti glyphosate... Lutte symbolique. Lutte dogmatique. Pas une approche scientifique...
Répondre
M
En faite je suivais le sens votre commentaire précédant en soulignant l'hypocrisie de ceux demandant l'interdiction des néonicotinoïde. Je ne demande pas l'interdiction du spinosad ou de la déltaméthrine, mais le faite qu'ils soit laissé tranquille part les anti-pesticide de synthèse montre l'hypocrisie de ces derniers qui soit défendent un dogme soit un business anti-conventionnel et pro-bio (comme le fait génération future), mais ne soucie en fait ni de la santé, ni de la biodiversité ou des abeilles.
Pour les trace de pyréthrine dans les urine, vu la quantité je doute que ça ne représente un risque. Mais de nouveau selon le discours des pisseurs involontaire et de leurs supporter, nous serions tous contaminés par les pesticides de synthèse et si l'on suit ces même critères et que l'on regarde les pyréthrines nous serions donc aussi contaminés par ces derniers. Ça donne juste un argument lorsque vous discuter avec un pisseur involontaire pour souligner son hypocrisie.
H
Il y a aujourd'hui une curieuse alliance d'un néo capitalisme vert extrêmement dynamique et puissant et qui caracole sur les marchés boursiers et les conservateurs écologistes qui sont la rémanence d'un phénomène religieux fanatique, la Nature (avant un grand N), ayant remplacé comme objet de culte les dieux du passé. A mon sens, je peux me tromper, l'alimentation bio est chère pour cause de faiblesse des rendements, cela entraine des prix de vente élevés. En conséquence, seule une clientèle aisée gagnée au fanatisme religieux écologiste achète bio, les clientèles moins aisées ou pauvres, ne pouvant se le permettre même si on les a fanatisé également. Or comme cela peut se voir dans d'autres pays, comme l'Allemagne, passé au bio avant nous, vu les prix du bio, le marché des acheteurs est limité, et assez rapidement, il y a surproduction en bio. La seule solution pour que les clientèles moins aisées ou pauvres achètent bio à leur tour, c'est de faire monter les prix des productions de l'agriculture conventionnelle. Or la seule solution pour faire monter ces prix, c'est de priver l'agriculture conventionnelle de ses moyens (produits phytosanitaires, engrais, semences sélectionnées voir OGM) par toutes les propagandes possibles. Petit à petit, et on le constate sur les étals, les prix du conventionnel montent et les produits bio deviennent concurrentiels.
Et au passage, on fait la propagande du manger local et on tente d'interdire, ou de taxer ou de limiter les importations étrangères concurrentielles en utilisant tous les arguments fallacieux possibles.
Et pourtant, c'est bien les transports, la mondialisation et la fin du "manger local" qui a révolutionné l'alimentation des français 2ème moitié du XIXème siècle et XXème siècle. Tous les produits alimentaires ont baissé, la diversification est arrivée sur les tables, et même les ménages modestes ont accédé à autre chose que la généraliste trilogie quotidienne matin-midi-soir (même s'il y avait quelques nuances régionales) : pain/soupe aux choux avec un fragment de lard ou de viande/pommes de terre. Il semblerait que certains rêvent de nous y faire revenir.
Au passage rappelons que la Confédération paysanne qui regroupe essentiellement des agriculteurs bio et des extrémistes de gauche repeints en vert, et qui ne compte que 10 000 adhérents, bénéficie dans les médias d'un écho favorable étonnant. Il y a plus de 20 fois ce nombre d'adhérents à la FNSEA.
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P
Bonne analyse
P
- L'insecticide bio le plus important (le pyrêtrhe) étant produit en Afrique et en Papouasie (comme vous nous l'avez déjà expliqué) avec une ribambelle de pesticides pas du tout bio, et même pour certain interdits en France, j'aimerai donc savoir ce qu'il en est pour ces "huiles essentielles".

- Huile essentiel ne veut pas dire inoffensif... L'huile de Neem (Azadirachtine) utilisé (à titre dérogatoire) par tous les arboriculteurs bios est un perturbateur endocrinien avéré (fait avorter traditionnellement les femmes en inde, modifie le sexe de certaines larves d'insectes, tue les abeilles, etc.)..
Qu'en ait il des huiles essentielles recommandé par la CONF

Accessoirement, c'est très drôle de savoir que Bayer en vend aux jardiniers bio... Le méchant Bayer du Roundup
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M
D'autres insecticides bio sont problématiques si on leur applique le discours du bio.
La deltaméthrine produis par action du tétrabromure de carbone sur la cyperméthrine. Il me semble que ça en fait un produit de synthèse et que le bio n'est pas sensé en utilisé.
Son profil n'est pas génial, DL50 aiguë par contact est de 0,067 µg/abeille, extrêmement toxique pour les organismes aquatique, elle aussi toxique pour l'homme et les animaux à sang chaux.
Le spinosad qui à le même principe de fonctionnement que les néonicotinoïdes et qui toxique pour les abeilles et même considéré comme un des principaux pesticide responsable de leur décès.

Et pour les pisseur involontaire j'ai trouvé ça. Des traces de pyréthrines retrouvé dans l'urines. Selon leur terme nous sommes donc tous contaminé par les poisons du bio. Un argument à opposer à ceux qui nous disent que le conventionnel nous empoisonnes.
https://scihub.unblockit.win/https://doi.org/10.1584/jpestics.R10-01
https://journals.lww.com/epidem/FullText/2008/11001/Urinary_Concentrations_of_Pyrethroid_Metabolites.545.aspx