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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'opulence de la France d'en haut, la faim de la France d'en bas

14 Juillet 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie, #Alimentation, #Politique

L'opulence de la France d'en haut, la faim de la France d'en bas

 

 

Quand j'ai commencé à écrire cet article, nous attendions la surprise du Chef, la liste des ministres et la définition des portefeuilles. De « grands stratèges » avaient proposé de créer un grand ministère de l'écologie incluant l'agriculture. L'idée était suffisamment affriolante dans les hautes sphères du pouvoir pour que Mme Christiane Lambert, fraîchement réélue à la présidence de la FNSEA, ait formulé le souhait « qu’il y ait un ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Agroalimentaire de plein exercice ».

 

Parmi les « stratèges », étonnament, le député paysan de la Creuse LaREM Jean-Baptiste Moreau, et aussi de M. Gilles Luneau dans « Arrimer l’agriculture aux engagements climatiques de la France », dans le Monde du 26 juin 2020 (date sur la toile).

 

 

(Source)

 

 

Pitié... Mais Zeus a été pour une fois raisonnable – ou poussé par la nécessité d'assurer un équilibre politique indispensable à sa réélection – en nommant M. Julien Denormandie au poste de Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Avant-dernier dans l'ordre protocolaire...

 

 

L'opulence de Paris

 

L'« arrimage », ou plutôt le phagocytage, a été réalisé à la Mairie de Paris : parmi les 37 adjoints figure, en 26e position, Mme Audrey Pulvar, adjointe à l'alimentation durable (durable... forcément...), l'agriculture (tiens... elle n'est pas durable, elle...) et les circuits courts.

 

Elle est précédée par M. Christophe Najdovski, adjoint à la végétalisation de l'espace public, aux espaces verts, à la biodiversité et à la condition animale. La prévention, la sécurité et la police municipale (M. Nicolas Nordman) n'arrivent qu'en 29e position, la santé publique (Mme Anne Souyris), en 30e.

 

Souriez... Ou grincez...

 

Voilà donc l'agriculture parisienne aux mains d'une journaliste, présidente de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme (dans cet ordre) pendant que M. NicolasHulot officiait au gouvernement.

 

Mais rassurez-vous... la dame s'est formée, a beaucoup appris et continue d'apprendre, auprès de spécialistes (ironie) comme MM. Marc Dufumier, Dominique Bourg, Pierre-Henry Gouyon, François Gemenne et Mmes Marie-Antoinette Mélières et Valérie Cabanes... Ouf !

 

Et tant qu'à persifler : Mme Audrey Pulvar se présente sur Twitter comme « écoféministe »... comme l'escroquerie ambulante Vandana Shiva...

 

 

(Source)

 

 

Cela vous fait sourire ? Souhaitez-lui bonne chance, ainsi qu'à l'agriculture parisienne.

 

Il n'y a pas que la vigne de Montmartre. Paris – enfin Mme Anne Hidalgo et son équipe – a de grandes ambitions en matière d'« agriculture urbaine », une agriculture qui s'inscrit dans de grands projets écologiques.

 

Gonflez du torse... nous sommes les meilleurs. La Mairie du 15e arrondissement nous informe : « La plus grande ferme en toiture au monde Porte de Versailles ». Elle est sur Paris Expo – Porte de Versailles et occupera à terme 14.000 mètres carrés, soit, pour un paysan, 1,4 hectare.

 

 

 

 

Des fruits et légumes y poussent déjà « au plus proche des consommateurs » (voir notamment notre « Hors-sol des villes, hors-sol des champs... »). Mais poursuivons la lecture d'une annonce qui n'a pas été mise à jour correctement (en dernier lieu le 11 mai 2020, vive l'efficacité bureaucratique...) : « Dès le printemps 2020, c’est un tiers de ce potager organique et high tech de 14 000 m2 qui produira fruits, légumes et aromates pour les restaurants et hôtels alentours »... des consommateurs un peu particuliers, quoi...

 

Il y a aussi un système de « paniers » comme dans les AMAP (associations pour le maintien d'une agriculture paysanne). Mais 15 euros le bouquet d'aromates et 1 kg de fruits ou 1 kg de légumes selon Consoglobe... et son zeppelinesque « Les Parisiens peuvent déguster les produits de leur grande ferme urbaine ».

 

Très franchement, ils ne seront pas nombreux à pouvoir le faire, ni du point de vue de la production escomptée, ni de celui du prix.

 

 

(Source)

 

 

Remarquez... dans un article d'août 2019 du Monde (largement pompé du Guardian mais que nous avions trouvé plutôt bon), « Une ferme urbaine de 14 000 m², la plus grande d’Europe, ouvrira à Paris en 2020 », on prévoyait de « produire jusqu’à une tonne de fruits et légumes par jour en haute saison ». Dans « Des Parisiens louent de "petits coins de terre"...sur le toit du Parc des expositions », Europe1 insiste en intertitre sur « Organiser la résilience économique et environnementale de la ville » et annonce qu'« [à] terme, 200 tonnes de fruits, légumes et plantes aromatiques doivent sortir chaque semaine de la ferme ».

 

Imaginez... un prodigieux rendement de... 10.400... tonnes sur un an ou 5.200 tonnes sur six mois (quoique, il y a bien des légumes d'hiver). Gonflez du torse... nous sommes les meilleurs. Les maraîchers comptent beaucoup en kilos par mètre carré et par an ou cycle de production. Ici, Europe 1 nous annonce une production de 2 kg/m2... allées comprises...par jour...

 

Comme l'annonce le titre d'Europe1, il y a aussi une sorte de... comment dire... le terme générique usuel est « jardins ouvriers » ou « jardins familiaux ». En effet, 135 « parcelles » d'1 mètre carré sont disponibles à la location (les anciens jardiniers parlaient souvent en ares, alors convertissons : 0,01 are ; pour les rats de bureaux, c'est 16 pages A4). Selon Consoglobe, ce seraient 1,85 mètre carré, un chiffre plus réaliste car cela correspond à un carré fabriqué en palettes recyclées. Selon Europe1 ce seraient des rectangles d'un mètre sur deux.

 

 

 

 

Des jardins ouvriers ? Plutôt des jardins bobos... C'est que : « Le droit d’entrée pour louer une parcelle à l’année est de 80 euros, le tarif mensuel est ensuite de 20 euros par mois pour une parcelle, et 15 euros à partir de la deuxième. » Même avec les services complémentaires inclus dans l'offre, cela fera cher la salade...

 

 

La faim à Tours

 

Les projets de Paris préfigurent peut-être ce que sera l'agriculture – enfin une certaine production maraîchère – et l'alimentation des Français : chère, imposée (nous mangerons ce qu'on nous mettra dans les paniers...) et sélectionnée selon les contraintes techniques et économiques de production (les légumes seront de saison, mais ne vous attendez pas à y trouver des pommes de terre, non rentables, ni des carottes, peu disposées à croître en hydroponie...).

 

Il y a des Français pour qui les options sont aussi limitées.

 

Mme Nathalie Birchem, de la Croix, a produit un instructif et émouvant « long format », « Avoir faim en France : "Tu manges ce qu’on te donne, tu choisis pas" ».

 

C'est une plongée dans l'univers des compatriotes et des étrangers, avec ou sans carte de séjour ou de réfugié, de Tours (mais c'est pareil ailleurs en France) qui sont tributaires de l'aide alimentaire.

 

En intertitre : « Pas de misérabilisme mais… ». En effet : on ne meurt pas de faim en France comme on peut mourir dans la rue, faute de toit. Mais... voici les repères de la précarité alimentaire :

 

« Un Français sur quatre a du mal à manger trois fois par jour : 25 % des Français déclarent avoir du mal à se procurer une alimentation saine leur permettant de faire plus de trois repas par jour, selon le sondage Ipsos-Secours populaire réalisé en mai 2019 sur 1 009 personnes.

 

5,5 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire, selon le rapport sénatorial Bazin-Bocquet, publié en 2018, qui précise que leur nombre a plus que doublé par rapport à 2009.

 

61 % des bénéficiaires ont au moins un enfant, selon une étude réalisée fin 2018 par l’institut CSA sur 2 070 bénéficiaires pour les Banques alimentaires.

 

33 % sont des familles monoparentales. L’âge moyen est de 47 ans. 71 % des bénéficiaires perçoivent moins de 1 000 € par mois, majoritairement des prestations sociales. 17 % ont un emploi, souvent à temps partiel.

 

84 % disposent d’un logement stable. 53 % reçoivent une aide alimentaire au moins une fois par semaine. Celle-ci représente une économie de 96 € par mois en moyenne. 52 % des bénéficiaires sont aidés depuis plus d’un an. »

 

Et, pendant ce temps, on dépense un pognon de dingue à Paris – ville « gérée » par une coalition regroupant notamment socialistes et écologistes – pour faire pousser quelques salades, quelques tomates et quelques herbettes sur les toits.

 

 

 

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D
15 euros c'est pas si chère car les coûts de productions doivent être énormes ! Mais avec une bonne perfusion d'argent publique ça passe mieux ! Je leur donne 5 ans pour descendre de leurs toits et remettre les pieds sur terre...
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M
Dictature verte en marche.
https://positivr.fr/moelan-sur-mer-proprietaires-contraints-agriculture-bio/
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A
Côté positif : Les heureux bobos vont socratiquement mener leur hypothèse potagère jusqu'à prendre conscience de son absurdité.

J'ai visité la ferme urbaine. L'hydroponie est, pour ce public, une claque intellectuelle plus puissante qu'un article. Pourquoi, monsieur Seppi, broyer du noir ? Pour une fois qu'un projet tech' est pour les gens !
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