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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Interdiction du glyphosate : une réponse Denormandie ; retraites : c'est (un peu) plus clair

10 Juillet 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Politique, #Glyphosate (Roundup)

Interdiction du glyphosate : une réponse Denormandie ; retraites : c'est (un peu) plus clair

 

 

Même question pour le glyphosate... (Source)

 

 

Le 8 juillet 2020, c'était « Questions au Gouvernement » à l'Assemblée Nationale.

 

M. Julien Dive, député les Républicains de l'Aisne, a interrogé le Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Julien Denormandie au sujet de la « sortie » du glyphosate. Voici le compte rendu, encore provisoire, des échanges.

 

« M. le président. La parole est à M. Julien Dive.

 

M. Julien Dive. Monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, je vous félicite pour votre nomination. Pouvez-vous nous confirmer que c’est bien l’ingénieur agronome qui fixera la doctrine de la politique agricole nationale, et non le dogmatisme rampant qui a, à tort, nourri jusqu’à aujourd’hui l’agribashing et qui siège déjà sur ces bancs ?

 

Pour vous amener à répondre, je vous propose de vous engager sur un sujet d’actualité, sur lequel le Président de la République lui-même a voulu prendre date : l’interdiction du glyphosate en France. Ce sujet épineux provoque un double émoi dans notre société : d’un côté, l’aspiration des consommateurs en matière d’utilisation de cet herbicide qui, contrairement aux idées reçues, n’est pas appliqué sur des cultures alimentaires en place ;  de l’autre, la crainte et les inquiétudes des agriculteurs français face à l’absence d’autres solutions durables et respectueuses de l’environnement, ainsi que de moyens financiers.

 

Je rappelle que nos paysans respectent des règles et des normes environnementales et sanitaires bien plus exigeantes que beaucoup de leurs homologues en Europe et dans le monde.

 

M. Fabien Di Filippo. C’est de la concurrence déloyale !

 

M. Julien Dive. Pour l’instant, une annonce étant toujours plus simple lorsqu’elle n’est pas expliquée, le débat sur l’interdiction du glyphosate n’a réussi qu’une seule chose : dresser les consommateurs contre les agriculteurs.

 

Afin que tout le monde sache aujourd’hui ce qu’il en est, je vous poserai donc des questions claires, auxquelles j’espère des réponses tout aussi claires : à quelle date l’utilisation du glyphosate sera-t-elle interdite en France ?

 

M. Loïc Prud’homme. À la Saint-Glinglin !

 

M. Julien Dive. Nos agriculteurs ont besoin de visibilité et le temps semble compté : proposez-vous des dérogations et, le cas échéant, allez-vous les fonder sur un type de culture en situation d’impasse ou une conduite culturale particulière ? Quelle autre solution proposez-vous aux agriculteurs, et avec quel financement ?

 

Rendre accessible à tous une alimentation saine et de qualité, c’est aussi rappeler l’effort fourni par les filières. Si vous créez des règles supplémentaires pour nos agriculteurs, mettez sur la table les moyens nécessaires pour les accompagner. C’est à vous de trouver les alternatives qui tiennent compte de leur réalité : il y va de notre sécurité alimentaire et de notre puissance agricole. (Applaudissements sur les bancs des groupes LR et LT.)

 

M. le président. La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation.

 

M. Julien Denormandieministre de l’agriculture et de l’alimentation. C’est bien l’ingénieur agronome qui vous répondra.

 

M. Jean-Luc Mélenchon. Vous êtes ministre, ou pas ?

 

M. Fabien Di Filippo. Cela va vous changer du logement !

 

M. Julien Denormandieministre. Ce ne sera jamais le dogmatisme – je crois que c’est là une position partagée par beaucoup.

 

Durant la période que nous avons vécue, les Français ont pu compter sur l’agriculture. Les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs sont une deuxième ligne à laquelle nous devons beaucoup (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et LR), parce qu’ils ont tenu, mais aussi parce qu’ils sont une part de notre identité et un formidable secteur d’activité économique. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Pour toutes ces raisons, nous devons les accompagner dans les défis techniques et technologiques auxquels ils font face, comme la transition vers l’interdiction des produits phytosanitaires.

 

Mme Frédérique Meunier. Répondez à la question !

 

M. Julien Aubert. La réponse !

 

M. Julien Denormandieministre. S’agissant de votre question, je serai très clair.

 

M. Fabien Di Filippo. Cela ne vous ressemble pas !

 

M. Julien Denormandieministre. Comme l’a indiqué le Président de la République, les objectifs temporels de sortie du glyphosate seront établis en fonction de certains critères, au premier rang desquels l’existence de produits de substitution, car l’accompagnement de nos agriculteurs est absolument indispensable.

 

M. Loïc Prud’homme. Bon, c’est clair, on n’en sortira pas !

 

M. Julien Denormandieministre. Ensuite, cette sortie sera organisée avec méthode : à mes yeux, la mobilisation du ministère de l’agriculture et de l’alimentation, du ministère de la transition écologique, des agences, de l’ensemble des acteurs et des parlementaires, qui sont extrêmement présents sur cette question, sont essentiels. Enfin – et je m’engage sur ce point –, nous agirons dans la transparence que vous appelez de vos vœux. Ainsi, la majorité présidentielle a engagé un recensement qui montre que près d’un tiers des exploitations ont déjà cessé d’utiliser du glyphosate, et un autre tiers sont actuellement en transition.

 

M. Loïc Prud’homme. Langue de bois !

 

M. Julien Denormandieministre. Les résultats de ce recensement seront rendus publics prochainement, notamment s’agissant de l’achat des produits phytosanitaires. Maintien de l’objectif, transparence et méthode : telle sera notre ligne. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)

 

M. Julien Aubert. Merci pour cette intervention éclairante !

 

L'ingénieur agronome n'aura sans doute pas de mal à convaincre le ministre de l'agriculture et de l'alimentation que la « sortie » du glyphosate est une grosse connerie. Mais le ministre saura-t-il convaincre le Président de la République ?

 

 

M. Julien Denormandie a été moins évasif sur la question des retraites des agriculteurs :

 

« M. le président. La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne.

 

M. Jean-Paul Dufrègne. Il y a quelques jours, dans le cadre de la niche parlementaire réservée au groupe GDR, l’Assemblée nationale a adopté un texte que tout le monde appelle depuis plusieurs années la loi Chassaigne. Même si votre majorité, monsieur le Premier ministre, en a réduit la portée en adoptant un système d’écrêtement et en repoussant son entrée en application au 1er janvier 2022, les députés du groupe GDR se sont réjouis de ce qui constitue une avancée pour près de 200 000 retraités agricoles, dont la retraite ne pourra plus être inférieure à 85 % du SMIC contre 75 % aujourd’hui.

 

M. Thierry Benoit. Tout à fait !

 

M. Jean-Paul Dufrègne. Nos discussions ont permis l’adoption d’un amendement précisant que la date d’entrée en vigueur de la loi pourrait être avancée si les solutions techniques le permettaient. Selon la Mutualité sociale agricole, la MSA, rien ne s’oppose à ce que ce dispositif soit appliqué dès le 1er janvier 2021. L’entendez-vous ? Des directives seront-elles données rapidement en ce sens ?

 

Ce n’est pas pour autant que le problème des conjoints d’agriculteurs est réglé, toutes ces femmes dites « sans profession » malgré des journées de travail de douze heures, qui vont continuer de percevoir des retraites de 300 à 500 euros par mois. Ce n’est plus tolérable ! L’adoption de la proposition de loi Chassaigne a remis en lumière le sort de ces femmes de l’ombre qui, en plus de tenir la maison, participaient aux travaux agricoles, élevaient les volailles, fabriquaient les fromages qu’elles vendaient au marché local.

 

Pendant combien de temps encore, monsieur le Premier ministre, celles qui ont tant travaillé vont-elles percevoir des retraites de misère ? Nous déposerons prochainement une proposition de loi pour y remédier. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

 

M. le président. La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation.

 

M. Julien Denormandieministre de l’agriculture et de l’alimentation. Je vous le dis clairement : il ne faut plus attendre. On a beaucoup trop attendu depuis beaucoup trop longtemps.

 

M. Thierry Benoit. Tout à fait !

 

M. Julien Denormandieministre. Je ne remettrai pas à demain ce qui peut être fait aujourd’hui.

 

M. Boris Vallaud. Et qui aurait pu être fait hier !

 

M. Julien Denormandieministre. Vous savez quelle a été la mobilisation de mon prédécesseur, Didier Guillaume, à qui je rends hommage…

 

M. Fabien Di Filippo. Il était tellement bon qu’ils l’ont viré !

 

M. Julien Denormandieministre. …et celle de la majorité et de beaucoup d’entre vous pour en finir avec cette injustice que constitue le niveau de revenu des agriculteurs et des agricultrices, actifs comme retraités. Je salue à ce propos la célèbre proposition de loi du président Chassaigne qui a été examinée ici. C’est en effet, vous l’avez dit, une véritable avancée sociale et j’assume clairement de faire du social un axe de mon action tant il est important de mener une politique sociale agricole. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

 

Vous savez pourquoi un amendement a été adopté afin d’appliquer ces dispositions au plus tard en 2022, mais je m’engage à ce qu’elles s’appliquent avant cette date dès lors que le système d’information permettra de garantir l’accès à l’ensemble des droits servis par la MSA. Encore une fois, je ne remettrai pas à plus tard ce qui peut être fait dès maintenant.

 

S’agissant de la retraite des agricultrices, il faut là aussi agir avec méthode pour lutter contre une situation que je juge tout autant que vous intolérable. Les conclusions de la mission confiée aux députés Lionel Causse et Nicolas Turquois – je les salue – qui me seront remises à l’automne nous permettront d’avancer sur ce sujet car là aussi, il faut aller vite sans faire l’économie de la concertation. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)

 

M. le président. La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne.

 

M. Jean-Paul Dufrègne. Je vous remercie, monsieur le ministre, pour votre réponse positive. Notre proposition s’inscrit effectivement dans le prolongement de notre proposition de loi et les deux questions sont étroitement liées. Vous avez accepté la première : je suis certain que vous ne refuserez pas la seconde. Ce serait de la discrimination !

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E
L'élection présidentielle c'est en Mai 2022 il me semble !
Question : pourquoi avoir supprimé 36 produits à base de glyphosate (soit plus de la moitié des AMM) l'hiver dernier ceci en un temps record pour nous dire 6 mois après que non le gouvernement ne souhaite supprimer cette molécule .
Avec la poussée du vote écolo , c'est joué d'avance .
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R
Encore une superbe conséquence de l'usage des pesticides à outrance a commencer par les herbicides .

Bravo les marchands de POISONS qui persistent dans les conneries.
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E
Que Allah te protège mon z'ami
I
Intéressant cet échange. Surtout que lorsque le ministre rappelle que "Comme l’a indiqué le Président de la République, les objectifs temporels de sortie du glyphosate seront établis en fonction de certains critères, au premier rang desquels l’existence de produits de substitution, car l’accompagnement de nos agriculteurs est absolument indispensable.", notre Loïc Prud'homme national répond "On en sortira pas". Donc, Loïc Prudcomme l'antpesticide reconnaît lui-même qu'il n'y a pas d'alternative valable au glyphosate ?
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P
Bien vu le jeu de mot avec Denormandie
Je ne l’ai pas tout de suite vu...
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M
Deux membres de la chambre d'agriculture condamné à la prison ferme pour avoir permis de construire une retenue d'eau dont les agriculteurs ont besoin en été durant la sècheresse. Alors que les faucheurs volontaire reçoivent une tape sur la main dix ans après, que ceux qui agressent, menaces et les vols les agriculteurs ne sont toujours pas inquiété par la justice et que des gens du voyage peuvent construire des résidence sur des terrains qui ne leur appartiennent pas en toutes illégalité sans que la justice ne bronche. Il a fallu moins de deux ans pour condamné ces deux personnes, et à la prison ferme en plus. Une amende ont aurait compris (ils l'ont eu aussi l'amende d’ailleurs), mais là la peine est grande, surtout quand l'on compare à ceux qui s'en sorte en toute impunité pour des fait plus grave.
https://www.20minutes.fr/justice/2819463-20200710-agen-construit-lac-illegal-prison-ferme-deux-dirigeants-agricoles

C'est une affaire qui ne date pas d’hier en faite. Ils avaient reçu l'autorisation de la préfecture en 2018 avant que le ministère de l'écologie et de l'agriculture ne s'en mêle (surement inspiré par des ONG comme FNE et par NDDL dont l'annulation de l'aéroport à eu lieu la même année, par le même gouvernement (et ministre de l'écologie).
https://www.20minutes.fr/societe/2736787-20200310-lot-garonne-plan-autorites-sortir-crise-lac-caussade
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