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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Étonnant : on peut être (presque) d'accord avec Stéphane Veillerette et François Foucart sur les ventes de pesticides

20 Juillet 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Politique, #critique de l'information

Étonnant : on peut être (presque) d'accord avec Stéphane Veillerette et François Foucart sur les ventes de pesticides

 

 

(Source)

 

 

Cela se passe le surlendemain d'une mémorable déculottée de la République en Marche au deuxième tour des municipales – et une déroute de la démocratie que nous espérons temporaire. Cela se passe trois jours avant la démission (alors attendue) du gouvernement Édouard Philippe.

 

Mme Élisabeth Borne, Ministre de la Transition Écologique et Solidaire, et M. Didier Guillaume, Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, se sont précipités pour publier « Plan d’actions sur les produits phytopharmaceutiques et une agriculture moins dépendante aux pesticides : baisse sensible des ventes en 2019 ».

 

Le plat principal :

 

« Ces données provisoires permettent de constater les premiers effets des mesures engagées par le Gouvernement depuis 2018 afin de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires, en commençant par les produits les plus dangereux pour la santé ou l’environnement :

 

  • Les quantités totales de substances actives vendues en usages agricoles, hors produits de biocontrôle, diminuent de 44% entre 2018 et 2019 (-28 078 tonnes), après avoir augmenté de 18% entre 2017 et 2018 (+11 870 tonnes) ;

     

  • Les quantités totales de produits les plus préoccupants vendus (cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques - CMR) diminuent de plus de 50% en 2019 par rapport à 2018 ;

     

  • Les quantités de glyphosate vendues diminuent de 35% (-3 358 tonnes) entre 2018 et 2019 après avoir augmenté de +11% (+ 999 tonnes) entre 2017 et 2018 ;

     

  • La part relative des produits de biocontrôle continue à augmenter, ce qui illustre une substitution progressive et continue des substances les plus dangereuses par ces produits. »

 

Très franchement, il faut être sacrément gonflé – enfin politicard ou technocrate – pour attribuer des « effets », même « premiers », à des mesures gouvernementales (lesquelles?) sur la base de statistiques (de surcroît provisoires) portant sur une seule campagne.

 

Que disait donc Mme Élisabeth Borne en janvier 2020, à l'annonce des chiffres de vente de 2018 ?

 

 

(Source)

 

 

C'est finalement miraculeux : les chiffres (provisoires...) sont bons... donc la politique est bonne...

 

Remarquez : si les chiffres avaient été « mauvais », le ministère de l'escrologie en aurait profité pour rajouter une couche de contraintes sur l'agriculture qui nous nourrit (encore).

 

Très franchement aussi, il faut être sacrément cynique et condescendant pour (faire) croire qu'au premier claquement de doigt (lequel déjà ?), les agriculteurs, en gros, divisent par deux leurs achats de produits de protection des plantes. Sont cons ces agriculteurs, n'est-il pas (ironie) ? Faut les empêcher d'acheter des choses inutiles...

 

Nous ne ferons pas l'injure aux deux ministres de suggérer qu'ils croient qu'au premier de leurs claquements de doigt, la si bienveillante et généreuse Dame Nature aurait décidé de mater mauvaises herbes, parasites et maladies. Quoique... ce n'est pas l'envie qui nous manque...

 

Le Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation a publié des chiffres provisoires le lendemain de ce communiqué de victoire. Comment ne pas comprendre, à la lecture du graphique principal reproduit ci-dessous, qu'il y a un loup avec les chiffres de 2019 ? Tout n'est pas remonté, notamment en raison de la crise du Covid-19. Quelle est l'incidence sur les chiffres provisoires ? Nous ne savons pas. Mais la communication est pour le moins intempestive et irresponsable.

 

 

 

 

Un certain François Veillerette a été prompt à dénoncer une manipulation sur le site de la florissante petite entreprise Générations Futures : « Baisse supposée des pesticides : le ministère de l’Agriculture fait ce jour un coup de com’ sur des chiffres provisoires ». Il oublie, ce faisant, que le coup de com' est aussi – et en premier lieu dans l'ordre protocolaire – le fait du Ministère de la Transition Écologique et (à l'époque) Solidaire... Il faut bien ménager ses amis...

 

Au fait, Fanfoué, offrirez-vous aussi un bouquet à Mme Barbara Pompili ? À quoi devra-t-elle se compro... oups ! que doit-elle accomplir ?

 

 

(Source)

 

 

Mais revenons au sujet. Parmi les « remarques » de GF, il y a :

 

« 3.  De plus Générations Futures s’étonne de voir avancés des chiffres en volume … alors que l’indicateur de suivi du plan est le NODU, basé sur le nombre de doses, et pas le volume des pesticides. Pourquoi le gouvernement n’utilise t’il pas l’indicateur de référence du plan, qui pourrait donner des chiffres assez différents ? »

 

Ces gens de GF ont dû mal lire – volontairement ou non, qu'en pensez-vous ? – le communiqué « Ventes de produits phytopharmaceutiques pour l’année 2019 – données provisoires » :

 

« Les indicateurs ci-après, sont exprimés en quantité de substances actives contenues dans les produits phytopharmaceutiques. Ils seront complétés par les autres indicateurs du plan Écophyto, et notamment le NODU, dont le calcul est plus complexe. »

 

Il y a surtout :

 

« Générations futures se réjouit bien sûr de toute diminution de la vente et de l’usage des pesticides mais rappelle que cette supposée baisse intervient après une forte hausse en 2018 (+ de 20 %), les chiffres sont donc à mettre en perspective. »

 

Voici ce qu'écrivait France Inter le 8 janvier 2020, à la suite de l'annonce des chiffres de vente de 2018, dans « Les ventes de pesticides ont explosé en 2018, les associations écologistes consternées » :

 

« Dans leur communiqué de presse commun, les quatre ministères relativisent néanmoins la hausse. Leur argument : les agriculteurs ont stocké des produits en 2018, car ils ont anticipé l’augmentation d’une taxe sur les pesticides au 1er janvier 2019.

 

L'explication ne convainc pas du tout François Veillerette, le président fondateur de l’association Générations futures : "Qu’il y ait une petite partie de l’augmentation qui soit liée à quelques stocks qui aient pu être faits par ci par là pourquoi pas", estime celui qui préside aussi le réseau européen Pesticide Action Network, contacté par France Inter. "Mais les stocks de pesticides coûtent cher. Or, on nous dit que les agriculteurs ont des difficultés financières, qu’ils n’ont pas de trésorerie. Une grosse partie des agriculteurs n’ont pas pu faire ça.»

 

Qu'en est-il aujourd'hui ?

 

Le Monde Planète de M. Stéphane Foucart a, en fait, précédé le Générations Futures de M. François Veillerette dans la critique de la communication ministérielle avec « Baisse du recours aux pesticides : des chiffres à manier avec précaution » (du 1er juillet 2020 sur la toile, du 4 juillet pour l'édition papier).

 

Il y a un premier glissement : il ne s'agit pas de « recours aux... », mais de « ventes de... ». Mais le message général est le bon.

 

M. Stéphane Foucart cite – évidemment – M. François Veillerette :

 

« "C’est un pur coup de com, c’est lamentable et surtout ce n’est pas sérieux", proteste pour sa part François Veillerette, porte-parole de Générations futures. Le choix de communiquer sur les tonnages de certaines substances vendues et non sur le nombre de doses-unités (NODU) est en particulier fortement critiqué par l’association, associée au plan Ecophyto – le plan gouvernemental qui, depuis 2009, mesure l’évolution du recours aux pesticides en France.

 

Or, depuis une décennie, le NODU est le principal indice choisi par les autorités françaises pour mesurer cette évolution. En effet, cet indice tient compte de l’efficacité des molécules. Certaines doivent être appliquées en doses importantes, tandis que d’autres – beaucoup plus actives – ont des taux d’application très faibles. Une baisse des ventes des premières pourrait, par exemple, occulter une augmentation des secondes. »

 

Pour le lamentable et pas sérieux et le pur coup de com', M. François Veillerette est un véritable expert...

 

Son argument se retourne parfaitement, et de manière beaucoup plus plausible : le retrait de molécules agissant à très faible dose (comme les néonicotinoïdes en traitement des semences) oblige les agriculteurs à recourir à des molécules, souvent plus anciennes et moins efficaces, requérant parfois des applications plus nombreuses (donc augmentant aussi le NODU).

 

 

(Source)

 

 

S'il ne traite pas spécifiquement de cette question, il convient de relire avec attention « Bilan Ecophyto 2017 : l’impuissance organisée » de M. Philippe Stoop sur Forumphyto.

 

M. Stéphane Foucart s'est aussi intéressé aux achats anticipés face à l'augmentation de la redevance pour pollution diffuse (payée par les agriculteurs... et par la société dans son ensemble en ce qu'elle pénalise la compétitivité de l'agriculture française) :

 

« de nombreux agriculteurs auraient fait des stocks en 2018, gonflant artificiellement les chiffres. Une baisse des ventes est donc probable en 2019, les agriculteurs pouvant puiser dans leurs stocks. Cette réduction sera-t-elle aussi spectaculaire que celle annoncée par le gouvernement ? »

 

Le raisonnement est faux : la baisse résultant de la constitution de stocks – curieusement mise au conditionnel par l'auteur – est incluse dans la baisse générale annoncée par le gouvernement.

 

Mais sur le fond, on peut être d'accord : les chiffres annoncés doivent être maniés avec prudence. Et c'est là un euphémisme.

 

Mais rendez-vous, en principe, en janvier 2021. On nous dira peut-être que les ventes ont baissé en 2019 à cause d'une constitution de stocks en 2018, phénomène mis en doute voire nié en janvier 2020...

 

 

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Maître Folace24/07/2020 09:46 dans :
Les Coquelicots et les dérivés de pesticides dans l'eau : plus fort que les Protocoles des Sages de Sion

"Étant ingénieur ESPCI je connais un peu le cuivre contrairement à ce que prétend l'autre hurluberlu."
...
l'autre hurluberlu ne connais pas un peu mais connais très bien le cuivre !!! ^-^

Alors Monsieur l'ingénieur ESPCI le 23/07/2020 à 15:42 vous écrivez ceci "bref c'est autorisé à raison de 4 kg/ha de sulfate de cuivre" ;
alors je confirme vous connaissez un peu le cuivre car ceci est complétement FAUX; Monsieur l'ingénieur ESPCI vous ignorez bien évidement qu'en agriculture,
le sulfate de cuivre n'est absolument pas l'unique forme de cuivre utilisée; Monsieur l'ingénieur ESPCI vous ignorez bien évidemment que la dose réglementaire de 4 Kg
est exprimée en cuivre métal ce qui change donc la donne par rapport à vos balivernes, Monsieur l'ingénieur afin d'être bien clair envers les lecteurs,
je vous laisse donc le soin d'expliquer la différence entre vos balivernes et la réalité puisque contrairement à l'autre hurluberlu vous connaissez un peu le cuivre.

Ensuite, l'autre hurluberlu corrigera votre copie avec grand plaisir ;-))

En même temps, Monsieur l'ingénieur ESPCI afin que ce soit bien clair pour les lecteurs non avertis, développez et expliquez nous votre écrit du même jour :
"Ça n'est tout de fois pas anodin car le cuivre est rémanent et s'accumule dans le sol et le stérilise"
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Maître Folace24/07/2020 09:46 dans :
Les Coquelicots et les dérivés de pesticides dans l'eau : plus fort que les Protocoles des Sages de Sion

"Étant ingénieur ESPCI je connais un peu le cuivre contrairement à ce que prétend l'autre hurluberlu."
...
l'autre hurluberlu ne connais pas un peu mais connais très bien le cuivre !!! ^-^

Alors Monsieur l'ingénieur ESPCI le 23/07/2020 à 15:42 vous écrivez ceci "bref c'est autorisé à raison de 4 kg/ha de sulfate de cuivre" ;
alors je confirme vous connaissez un peu le cuivre car ceci est complétement FAUX; Monsieur l'ingénieur ESPCI vous ignorez bien évidement qu'en agriculture,
le sulfate de cuivre n'est absolument pas l'unique forme de cuivre utilisée; Monsieur l'ingénieur ESPCI vous ignorez bien évidemment que la dose réglementaire de 4 Kg
est exprimée en cuivre métal ce qui change donc la donne par rapport à vos balivernes, Monsieur l'ingénieur afin d'être bien clair envers les lecteurs,
je vous laisse donc le soin d'expliquer la différence entre vos balivernes et la réalité puisque contrairement à l'autre hurluberlu vous connaissez un peu le cuivre.

Ensuite, l'autre hurluberlu corrigera votre copie avec grand plaisir ;-))

En même temps, Monsieur l'ingénieur ESPCI afin que ce soit bien clair pour les lecteurs non avertis, développez et expliquez nous votre écrit du même jour :
"Ça n'est tout de fois pas anodin car le cuivre est rémanent et s'accumule dans le sol et le stérilise"