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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Abeilles : M. Dave Goulson définitivement tombé du côté obscur de la science

12 Juin 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Abeilles, #Activisme

Abeilles : M. Dave Goulson définitivement tombé du côté obscur de la science

 

 

 

 

M. Dave Goulson, professeur de biologie (évolution, comportement et environnement) à l'Université du Sussex est un personnage bien connu du monde des abeilles et des bourdons. Il est l'auteur de Bumblebees: Their Behaviour and Ecology (bourdons : leur comportement et écologie – 2003) et de plus de 200 articles revus par les pairs (le passage par un comité de lecture n'est cependant pas un gage de qualité).

 

On le savait militant (voir par exemple, sur ce blog, de notre ami David Zaruk alias Risk-monger, « Dave Goulson : Portrait d'un chercheur militant »).

 

Avec « Pesticides, Corporate Irresponsibility, and the Fate of Our Planet » (les pesticides, l'irresponsabilité des entreprises et le destin de notre planète), un commentaire publié dans One Earth, il vient de signer à notre sens son certificat d'indignité scientifique.

 

Le résumé :

 

« Il y a plus de 50 ans, Silent Spring [Printemps Silencieux de Rachel Carson] a réveillé le monde sur les risques environnementaux et sanitaires des pesticides de l'époque. L'industrie a résisté, mais beaucoup de ces produits chimiques ont finalement été interdits. Bien qu'il s'agisse d'une victoire, des batailles similaires se déroulent chaque fois que des preuves font surface sur les dommages potentiels des nouveaux produits agrochimiques. »

 

M. Dave Goulson a sans doute raison de souligner que Silent Spring (1962 – publié en français en 1963) a marqué un tournant dans la perception des produits de protection des plantes. Mais était-il judicieux de citer Rudolf Steiner (le père d'une charlatanerie nommée « biodynamie ») comme un des précurseurs des préoccupations concernant les impacts des engrais de synthèse ? Et que viennent faire les engrais ici ?

 

Mais voici les deux premiers paragraphes qui illustrent assez bien la démarche.

 

« L'agriculture a connu des changements spectaculaires au cours du XXe siècle, en particulier dans les pays développés. Les petites exploitations familiales avec de petits champs contenant un mélange de bétail et de cultures se sont progressivement transformées en un nombre réduit d'exploitations plus grandes avec des champs plus vastes, une spécialisation accrue sur un nombre réduit de cultures, une mécanisation lourde et beaucoup moins de personnes travaillant la terre. Une partie intégrante de ces changements a été l'introduction généralisée des engrais de synthèse, suivie par celle des pesticides de synthèse, ces derniers étant apparus principalement pendant et après la Seconde Guerre Mondiale. L'industrialisation de l'agriculture a été encouragée par les politiques et les subventions gouvernementales qui, de manière compréhensible, ont cherché à augmenter la production alimentaire et à prévenir les pénuries alimentaires que beaucoup ont connues pendant et après la guerre. Elle a également été soutenue par la croissance des grandes industries qui fabriquaient des machines et des produits chimiques et dont la motivation première était le profit plutôt que le bien-être humain.

 

Des augmentations considérables de la productivité ont été réalisées et ont contribué à soutenir un quadruplement de la population humaine mondiale depuis 1945. Aujourd'hui, la croissance démographique, l'aggravation des effets du changement climatique et les préoccupations concernant le rendement des cultures et la sécurité alimentaire continuent d'alimenter l'utilisation des pesticides, en particulier dans les pays du Sud. Cependant, les coûts réels des pesticides sont souvent supérieurs aux bénéfices, étant donné que leur utilisation a des implications de grande ampleur pour le bien-être humain et environnemental.

 

Augmenter la production agricole et alimentaire, c'est un objectif compréhensible... mais de préference sans pesticides car ceux-ci auraient souvent un rapport coût-bénéfice humain et environnemental défavorable. Le monde politique, les gestionnaires des différents systèmes de sécurité alimentaire, sanitaire et environnementale, et la société tout entière seraient-ils à ce point idiots ? Et où sont les preuves de ce rapport coûts-bénéfices « souvent » défavorable ?

 

L'anticapitalisme – primaire – surgit dès le titre... « l'irresponsabilité des entreprises »... Il revient à la fin du premier paragraphe... « le profit plutôt que le bien-être humain »...

 

Trop compliqué de comprendre que pour faire du profit, il faut des acheteurs convaincus que le produit leur profitera, leur apportera du... bien-être....

 

Et que vient faire ici « l'aggravation des effets du changement climatique » ? Il faut, en bon activiste, ratisser large... rassembler derrière soi toutes les tribus d'« anti »...

 

Dans cet esprit, ressortir les « maintenant célèbres » DDT et insecticides organophosphorés était incontournable. Mais, direz-vous, cela résulte aussi de l'évocation de Rachel Carson... sauf que M. Dave Goulson n'a pas pu s'empêcher de « préciser » que les organophosphorés « ont été développés à partir de substances initialement destinées à la guerre chimique ». C'est du même registre que Marie-Monique Robin ou Vandana Shiva...

 

Voici encore un argument de taille sur la partie « historique » :

 

« Rachel Carson a été personnellement attaquée par l'industrie agrochimique et ses lobbyistes, qui l'ont qualifiée, entre autres, de fanatique et de communiste. L'industrie a lancé une contre-offensive en publiant des tracts, en déposant des plaintes et en menaçant les éditeurs de Silent Spring de poursuites judiciaires. Malheureusement, cette dynamique se poursuit encore aujourd'hui. »

 

C'est du même registre.

 

Que les industriels et l'American Chemistry Council – qualifié de « lobbyistes » selon les usages constants de la littérature militante – se soient agités, rien de plus normal.

 

Du reste, à en croire Greenpeace, le soupçon d'affinités communistes aurait été formulé dans une lettre du Secrétaire à l'Agriculture Ezra Taft Benson au Président Dwight Eisenhower. L'activisme ne s'encombre pas de vérité historique...

 

Cela a plutôt bien profité à Rachel Carson et sa cause, qui ont reçu de nombreux soutiens de poids. Mais M. Dave Goulson omet de le signaler... une autre constante d'une littérature militante souvent en bisbille avec l'objectivité ; il se contente de : « L'histoire nous apprend que Rachel Carson a gagné sa bataille, mais la guerre avait juste commencé. »

 

On peut prendre cette phrase pour de la littérature, ou au premier degré : guerre aux pesticides !

 

Et à la guerre, comme à la guerre ! Dans sa figure 1, M. Dave Goulson prétend que chaque hectare de terre arable (cropped land) est traité en moyenne 17 fois, c'est-à-dire traité 17 fois avec le même pesticide, ou une fois avec 17 substances, ou une combinaison des deux. Admettons.

 

 

 

 

Mais dans la publication qu'il cite et dont il est l'un des co-auteurs, il est rapporté qu'entre 1990 et 2015, l'utilisation de pesticides a diminué de 48 % en masse, passant de 34,4 à 17,8 milliers de tonnes. Selon leurs calculs et leur méthodologie, en 1990, chaque hectare recevait 7,5 kg de substance active en 9,8 applications ; en 2015, c'étaient 3,9 kg en 17,4 applications. Des éléments passés sous silence dans ce commentaire qui s'attache à « démontrer » que tout est de la faute de l'irresponsable industrie agrochimique :

 

« Ainsi, un modèle s'est établi. L'industrie des pesticides essaie de maintenir ses produits sur le marché le plus longtemps possible en critiquant et en sapant les preuves de dommages environnementaux ou de risques pour la santé humaine. Si ces tactiques finissent par échouer et que les produits sont interdits dans le monde développé, l'industrie les remplace par un nouveau produit et continue à vendre les anciens dans les pays en développement. »

 

 

Une partie de l'histoire occultée dans l'article en discussion ici – source)

 

 

Pour sa « démonstration » de l'irresponsabilité alléguée de l'industrie, M. Dave Goulson utilise les exemples des néonicotinoïdes, du paraquat et du glyphosate. Là, on tombe dans le ridicule, bien plus bas que la saga des Monsanto Papers.

 

Pour les néonicotinoïdes, par exemple, il est rapporté qu'ils sont « très utilisés au Brésil, où un incident de 400 millions de morts d'abeilles a récemment été signalé ». Source ? Un article de la BBC qui fait état de 500 millions – le coup classique : donner un nombre d'abeilles plutôt que le nombre de colonies – mais ne fait pas de lien avec les néonicotinoïdes, se contentant d'un : « Les chercheurs ont mis en cause l'utilisation des pesticides ».

 

La partie sur le glyphosate est un monument de militantisme dans une revue en principe scientifique. La science et la rationalité doivent en quelque sorte s'incliner devant le CIRCgate, l'opinion d'un Charles Benbrook au service du biobusiness (voir ici, ici et ici), les procédures judiciaires, les jurys de tribunaux, les opinions des avocats prédateurs et l'opinion publique.

 

La dernière référence bibliographique est... Mme Carey Gillam de U.S. Right to Know ! En 2016, Monsanto aurait prévu un budget de 17 millions de dollars US spécifiquement pour promouvoir la sécurité du glyphosate. Lire : c'est bien une preuve d'irresponsabilité...

 

Pour le paraquat, M. Dave Goulson nous dit qu'il a été interdit en Suisse en 1989 et dans l'Union Européenne en 2007 (un écart chronologique de 18 ans qui suggère au rationaliste que les bases scientifiques des décisions de retrait ne sont pas des plus convaincantes). Mais comment faire prospérer l'argument de la vente – irresponsable – dans les pays en développement ? En occultant le fait que le paraquat est toujours autorisé dans des pays développés comme l'Australie, le Canada ou les États-Unis d'Amérique (un fait qui suggère... bis).

 

Au risque de nous répéter, si l'industrie vend, c'est qu'il y a des acheteurs qui y trouvent un intérêt ; et c'est aussi qu'il y a des autorités gouvernementales et administratives qui trouvent un intérêt à laisser les produits en cause sur le marché, avec les conditions d'emploi qu'elles estiment appropriées. Ces conditions sont certes souvent ignorées et on peut légitimement s'interroger sur certaines substances (comme le paraquat...), mais c'est une autre question et un autre débat.

 

En résumé, la revue One Earth annonce un article d'un Dr Jekyll de la science et livre un brûlot d'un Mr. Hyde du militantisme... d'un administrateur de Pesticide Action Network.

 

 

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Théo 14/06/2020 23:58

Mais qu'est que l'on peux trouver comme connerie sur ce blog?

"Argument massue, une fois un pesticide utilisé il faut attendre 10ans avant de pouvoir faire du bio"

Vous pouvez expliquer un petit peu vos idioties?

"Ils disent que c'est une transition et que si les nouveaux agriculteurs bio abandonnennt c'est parce que leur sol était corrompu par les pesticides donc impropre à une agriculture plus respectueuse de l'environnement et tout ça. On connaît els chansons desbiotausaurus."

Il est là, fils spirituel de Seppi 15/06/2020 20:02

Théo, mais bien sûr que je peux vous expliquer ce qui se dit

En gros Justin et moi ironisons sur le fait que, lorsqu'un paysan passe du conventionnel au bio et échoue, les biotausaurus (qualificatif que j'emploi pour qualifier les partisans du tout bio) affirment que le terrain était impropre car le sol est corrompu par les pesticides qui mettraient 10 ans avant de s'évanouir, plutôt que d'avouer que le 100% bio n'est pas possible partout. Voilà.

Justin 15/06/2020 13:11

La nature n'a pas attendu les pesticides* de synthèse pour être ravagée par l'agriculture:

Platon (400 ans av. J.-C.) dans le Critias :
« Notre terre est demeurée, par rapport à celle d’avant, comme le squelette d’un corps décharné par la maladie. Les parties molles et grasses de la terre ont coulé tout autour, et il ne reste plus que la carcasse nue de la région »
https://fr.wikipedia.org/wiki/Régression_et_dégradation_des_sols

justin 12/06/2020 12:08

" des acheteurs qui y trouvent un intérêt" si on parle à des militants ils nous disent que non, ils sont pieds et poings lié à Monsanto, qu'ils ne peuvent pas sortir de la spirale Monsanto...
Argument massue, une fois un pesticide utilisé il faut attendre 10ans avant de pouvoir faire du bio donc il n'est pas possible de changer... et là tu leur demandes comment se fait il qu'il y ai quand même des champs "bio"... silence...

Il est là, fils spirituel de Seppi 12/06/2020 20:36

Ils disent que c'est une transition et que si les nouveaux agriculteurs bio abandonnennt c'est parce que leur sol était corrompu par les pesticides donc impropre à une agriculture plus respectueuse de l'environnement et tout ça. On connaît els chansons desbiotausaurus.