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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Rebâtir notre souveraineté alimentaire » ? Une tribune dans l'Opinion

15 Mai 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

« Rebâtir notre souveraineté alimentaire » ? Une tribune dans l'Opinion

 

Glané sur la toile 536

 

 

(Source)

 

 

L'Opinion a publié le 5 mai 2020 « Rebâtir notre souveraineté alimentaire»: l’appel de sept grandes organisations agricoles ».

 

Les sept auteurs sont la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs, la Confédération Nationale de la Mutualité, la Coopération et du Crédit Agricoles (CNMCCA), la Coopération Agricole, la Fédération Nationale du Crédit Agricole (FNCA), Groupama Assurances Mutuelles, la Mutualité Sociale Agricole (MSA) et l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (APCA).

 

Ils rebondissent évidemment sur les leçons de la crise du Covid-19 et la déclaration du 13 avril 2020 du Président Emmanuel Macron qui avait évoqué le besoin de « rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française ».

 

Les mots ont un sens ! Tant « souveraineté » qu'«indépendance » sont susceptibles d'une interprétation véhiculant des illusions et des ambitions peu louables de repli et de bunkérisation. Nous renvoyons à cet égard à la belle analyse de M. Jean-Marie Séronie, notamment :

 

« Alors souveraineté alimentaire de quoi es-tu le nom ? Nous n’allons pas inventer les phosphates que nous n’avons pas dans notre sous-sol ! Nous ne serons donc jamais autonomes. A l’idée de souveraineté, d’autonomie, d’autosuffisance, préférons l’idée de sécurité alimentaire. En plus ce concept ne présente pas d’ambiguïté d’arrière-pensée de fermeture, de repli sur soi mais ouvre plutôt sur l’anticipation, l’organisation. »

 

Sous cette réserve, on ne peut que souscrire au constat que font les auteurs : il s'agit d'un « enjeu stratégique » et cela « doit être une priorité ».

 

Bien des tribunes en resteraient à ce constat après y avoir ajouté quelques considérations lénifiantes. Ici aussi, on n'y échappe pas :

 

« La principale vertu de cette dramatique crise aura été de rappeler les grands fondamentaux qui permettent à notre nation de traverser les siècles. Parmi ceux-ci, le défi qui consiste à rebâtir notre souveraineté alimentaire est enfin reconnu à sa juste valeur. Il est immense, car il est à fois démographique, économique et environnemental. »

 

Êtes-vous sûrs que l'on ait reconnu le défi, au-delà des belles et bonnes paroles ?

 

« ...il est urgent de susciter des vocations chez les jeunes en promouvant les métiers de l’agriculture », « ...il est indispensable de conforter, structurer, développer et, lorsque cela est nécessaire, relocaliser nos filières de production », « ...il nous faut aussi savoir rester compétitifs », « ...il faut aussi disposer d’entreprises capables de traverser les crises », etc.

 

Tout cela débouche sur un « pacte de confiance » :

 

« Le monde agricole propose de sceller avec les Français un "pacte de confiance" qui s’appuie sur l’engagement des acteurs des filières agricoles et alimentaires et des territoires à contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique par le stockage du carbone, le développement de la biodiversité, l’utilisation raisonnée des intrants, la relocalisation de certaines productions et le développement de circuits de distribution plus courts.

 

En contrepartie, ce pacte nécessite des décideurs politiques, des citoyens et des consommateurs qu’ils permettent aux agriculteurs de vivre dignement de la vente de leurs productions afin de concilier activité économique et transition agroécologique. »

 

On peut rester sur sa faim si on ne se contente pas de belles paroles et de mots creux – quel alignement d'éléments de langage ! Le miracle n'est pas venu de la loi dite Egalim. Il ne viendra pas non plus – pour l'agriculture française et l'alimentation des Français, et aussi pour la vie économique et sociale de la France – d'un « pacte de confiance ».

 

Ainsi, quelles que soient ses motivations – au service de sa propre existence et pérennité, au service de causes sociopolitiques comme l'anticapitalisme ou au service d'intérêts économiques comme ceux du biobusiness – l'activisme et ses complices et idiots utiles ne se laisseront pas amadouer, et encore moins convaincre, par un pacte de confiance claironnant une « utilisation raisonnée des intrants », laquelle est déjà largement de règle. Ne demandez pas non plus aux consommateurs pour qui la fin du mois commence le 15 de payer autre chose que le prix le plus bas. Et soyons sérieux : incapable de promouvoir le pouvoir d'achat de ses citoyens par l'expansion de l'activité économique, notre État se voulant stratège voudra-t-il vraiment promouvoir une hausse des prix agricoles (et le pourrait-il) ?

 

Il faut sortir de la bien-pensance, et affronter les vrais problèmes.

 

« Les rendements sont de plus en plus incertains compte tenu des aléas climatiques qui s’accélèrent et la recherche peine à identifier de nouveaux systèmes de production plus adaptés. Parallèlement, nos importations, "low cost" principalement, augmentent plus vite que nos exportations. La situation de dépendance s’accroît dangereusement ! »

 

Vraiment ? Il faut faire l'effort d'expliquer, par exemple, l'intérêt des infrastructures d'irrigation en réponses à une partie des « aléas climatiques » ; des intrants « de synthèse » (engrais, produits de protection des plantes, médicaments vétérinaires...) et de la génétique moderne pour la sécurisation des productions tant en quantité qu'en qualité ; des structures d'exploitations aptes à assurer un revenu décent aux agriculteurs, à affronter la compétition et à permettre la pérennité de l'activité agricole.

 

De cette tribune on pourra cependant retenir l'ouverture sur la contribution à l'alimentation du monde, le rejet du « fantasme du repli commercial » et l'inscription du projet agricole et alimentaire français dans la dimension européenne. Et aussi :

 

« Rebâtir une souveraineté alimentaire sera le chantier d’une génération. »

 

C'est peut-être un brin exagéré, mais il est bon de rappeler que le pas de temps agricole n'est pas le pas de temps politique, et encore moins le pas de temps médiatique.

 

En résumé : peut mieux faire... doit mieux faire.

 

 

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B
Comme il est pénible de lire les sottises de cet auteur qui brode sans cesse sur un sujet dont elle ne connait strictement rien.
Répondre
I
Comme vous semblez savoir mieux qu'Emmanuelle Ducros formée au journalisme agricole, Bionel mon ami, et que vous aimez démonter les arguments en faveur de l'agriculture scientifique, je suis sûr que demain vous allez écrire un long mais passionnant texte pour étayer votre assetion.

Bisous.