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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La pandémie n'empêche pas l'activisme anti-pesticides de 25 députés

1 Mai 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Politique, #Activisme

La pandémie n'empêche pas l'activisme anti-pesticides de 25 députés

 

 

(Source)

 

 

Nous sommes le 17 mars 2020 : la France entre en confinement pour ralentir la circulation du SARS-CoV-2 et, dans toute la mesure du possible, l'engorgement des services de réanimation. Les Français découvrent, stupéfaits, que leur approvisionnement alimentaire ne va pas de soi... et que c'est l'agriculteur qui est en début de chaîne. On leur explique, parfois tant bien que mal, que grâce à notre production agricole et nos agriculteurs, ils n'ont pas à craindre de pénurie, les rayons de supermarchés vides étant le résultat combiné d'une réorganisation de la chaîne d'approvisionnement lente à se mettre en place, de problèmes de logistique, et d'achats de panique.

 

Le 22 avril 2020, le Président Emmanuel Macron a visité une serre de production de tomates et un supermarché dans le Finistère afin de « rendre hommage à toute la chaîne de "la ferme France", symbole de la "2e ligne" de la "guerre" contre le coronavirus et qui assure l’alimentation des Français » (le Télégramme).

 

Et la veille...

 

Mais commençons par un flashback.

 

À la fin de l'année 2019, le 27 décembre, le gouvernement a adopté un décret et un arrêté sur les « zones non traitées » (voir sur ce site la série « Zones non traitées aux abords des habitations : autopsie d'une chienlit », ici, ici, ici et ici)..

 

Le décret n° 2019-1500 relatif aux mesures de protection des personnes lors de l'utilisation de produits phytopharmaceutiques à proximité des zones d'habitation faisait suite aux travaux parlementaires sur la loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous – dite « loi Égalim ».

 

L'Arrêté du 27 décembre 2019 relatif aux mesures de protection des personnes lors de l'utilisation de produits phytopharmaceutiques et modifiant l'arrêté du 4 mai 2017 relatif à la mise sur le marché et à l'utilisation des produits phytopharmaceutiques et de leurs adjuvants visés à l'article L. 253-1 du code rural et de la pêche maritime faisait suite à un arrêt du Conseil d'État du 26 juin 2019.

 

Pour faire court, l'arrêté fixe des distances minimales entre la limite de parcelle d'une habitation ou d'autres bâtiments et la partie du champ voisin qui peut être traitée ; le décret prévoit l'établissement de chartes départementales de bonnes pratiques en matière de traitements phytosanitaires. Pris en combinaison, ils permettent notamment de réduire ces distances dans certaines conditions. À titre d'exemple, la « distance de sécurité » de 5 mètres applicable aux cultures basses peut être réduite à 3 mètres lors que le « Niveau de réduction de la dérive » est de 66 % ou plus.

 

Toujours en bref, pour les usages agricoles, les chartes d'engagements devaient être élaborées par les organisations syndicales représentatives opérant à l'échelle du département ou par la chambre départementale d'agriculture ; les projets de charte devaient être soumis « à une concertation publique permettant de recueillir par tout moyen les observations des personnes habitant à proximité des zones susceptibles d'être traitées avec des produits phytopharmaceutiques ou leurs représentants, ainsi que celles des associations dont l'objet statutaire comporte la défense des intérêts collectifs des habitants concernés et dont le périmètre d'action géographique correspond à celui du projet de charte », les maires des communes concernées, ainsi que l'association des maires du département, étant « associés à la concertation » ; et les chartes conformes à la réglementation devaient être approuvées par le préfet.

 

Le confinement a mis un grain de sable dans ce magnifique mécanisme d'horlogerie.

 

La page du site du Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation qui présente l'usine à gaz, « Distances de sécurité à proximité des habitations : comment s'applique le dispositif » – curieusement affichée sous « Alimentation » –, comporte un encadré intitulé « Information » :

 

« Information :

 

Compte-tenu de la difficulté à mener la concertation publique, dans le contexte en cours de la crise Covid-19, les utilisateurs engagés dans un projet de charte pour lequel les promoteurs s’engagent à mener la concertation dès que le contexte Covid19 le permettra, peuvent, dans l’attente de l’approbation de la charte et jusqu’au 30 juin 2020, appliquer les réductions de distance selon les modalités prévues par l’arrêté du 27 décembre 2019. Les promoteurs en informent le Préfet qui en accuse réception. »

 

Voilà une décision fort pragmatique, quoique... Internet n'est pas confiné, surtout pas pour les déclarations de revenus. Mais est-ce bien légal ? Curieusement, nous n'avons pas vu d'annonce tonitruante d'une action judiciaire engagée par une association – ou une « association » – se prévalant de la défense des « pesticidés » ou se saisissant tout simplement de la question pour faire du tapage. Additif de 18 heures : nous avons mal vu !

 

C'est dans ce contexte que 25 parlementaires, menés par Mme Sandrine Le Feur, députée LaREM du Finistère et agricultrice... bio, écrivent à M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation pour, en bref, poser une question au ministre (ou exposer leurs états d'âme), l'interpeller et lui faire part de leur « mécontentement ».

 

 

 

 

 

Quel a été l'objectif de cette bouse ? Le besoin d'exister ? Le besoin de se faire le porte-voix des associations qui se prétendent de défense de l'environnement, dont certaines sont des lobbyistes du biobusiness et d'autres ses idiots utiles, et de flatter un certain électorat (en ménageant tout de même l'électorat agricole, le retrait de la mesure provisoire n'étant pas réclamé) ? Une petite vengeance ?

 

Le même jour, le 21 avril 2020 donc, Reporterre publie une tribune, « Pesticides : honte au gouvernement qui fait fi de la santé des gens » signée – anonymement, donc prétendument – par « des enfants de paysans ». Le style et la rhétorique nous font penser à un certain Fabrice... Et il y a ceci :

 

« Et là, alors que nous vivons une période inédite dans notre histoire avec cette pandémie, alors que la santé est devenue une valeur centrale pour nous, nous découvrons que 25 préfets, pendant notre confinement, ont pris la décision indigne de réduire de moitié les distances d’épandage de pesticides décidées par le gouvernement fin 2019 ! Ils font fi des alertes des médecins et des scientifiques qui ont récemment établi les liens entre pollution de l’air et coronavirus (baisse de l’immunité, aggravation des détresses respiratoires). »

 

« ...réduire de moitié... » (une expression qui ne figure pas dans le texte antérieur mis en lien), comme dans la lettre de Mme Sandrine Le Feur et Cie ? Comme c'est bizarre...

 

Dès l'entrée en matière, il est évident que la lettre de Mme Sandrine Le Feur et Cie sonne aussi faux que la tribune des prétendus enfants de paysans qui ont « grandi au milieu des champs, entourés d’animaux que nous aimions, le contact étroit avec la nature et les saisons nous a émerveillé » : les préfets valident des chartes en application de la loi, les « distances de précaution » étant alors réduites – et non pas nécessairement divisées par deux – du fait, non pas du contenu des chartes, mais de leur simple existence.

 

Lorsque la crise du Covid-19 intervient, les préfets ne valident pas les chartes : les distances réduites s'appliquent automatiquement dès lors que les promoteurs des chartes informent le préfet de leur intention d'engager la concertation lorsque le contexte de la crise le permettra et que le préfet aura accusé réception de l'information.

 

La santé des riverains est évidemment mise en avant... fort maladroitement ! Ce qui serait dangereux en temps de confinement, ne le serait plus vraiment après...

 

« ...pourquoi se baser ainsi uniquement sur les chartes proposées par la FNSEA ou par certaines chambres d'agriculture, plutôt que de conserver les distances indiquées lors de l'arrêté, dans l'attente de la reprise des concertations ? C'est la question que nous, parlementaires, nous nous posons à ce jour. »

 

C'est sans doute la question qui a été posée à Mme Sandrine Le Feur, que celle-ci a reprise sans beaucoup réfléchir pour produire une lettre que 24 autres députés – bretons ou non – cosigneront, également sans beaucoup réfléchir. Certains signataires n'ont pas annoncé leur démarche sur leur compte Twitter... seraient-ils peu fiers de ce qu'ils ont fait ?

 

Revenons à la question de la santé.

 

Sur le fil Twitter de Mme Sandrine Le Feur, M. Olivier Lelu a proposé une explication utile.

 

 

(Source)

 

 

 

 

 

 

M. Bruno Cardot, agriculteur dans l'Aisne, a aussi produit un superbe fil Twitter pour montrer la réalité des traitements phytosanitaires. En voici le schéma explicatif :

 

 

 

 

Et la conclusion :

 

 

 

 

 

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