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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Comment les anti-vax pourraient gagner la guerre de l'information sur le Covid

16 Mai 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Covid-19, #Article scientifique

Comment les anti-vax pourraient gagner la guerre de l'information sur le Covid

 

Mark Lynas*

 

 

Image : Sheridan-Raed Mansour

 

 

Nous sommes confrontés à deux scénarios cauchemardesques pour l'avenir de la pandémie du Covid-19.

 

Le premier est qu'aucun vaccin efficace n'est jamais mis au point et que, par conséquent, nous devons presque tous tenter notre chance avec le virus.

 

Le second est qu'un vaccin est mis au point avec succès, un vaccin qui fonctionne et confère une immunité à long terme contre le SRAS-CoV-2, mais qu'une proportion importante de personnes refuse de le prendre parce qu'elles ont été influencées par le mouvement anti-vaccination, ce qui permet au virus de continuer à se propager indéfiniment.

 

Ce deuxième scénario semble de plus en plus probable. Une nouvelle analyse vient d'être publiée dans la revue Nature, qui retrace ce que le résumé de l'article décrit comme « la récente croissance explosive des opinions anti-vaccination » sur la plate-forme de réseaux sociaux Facebook.

 

S'appuyant sur des données quantitatives exhaustives de l'année dernière, les auteurs tirent une conclusion effrayante : dans la bataille pour les cœurs et les esprits, les anti-vax gagnent, et dans une décennie seulement, leurs opinions deviendront dominantes en ligne.

 

 

Ce que montre le nouvel article

 

Les auteurs, dirigés par Neil Johnson de l'Institut des Données, de la Démocratie et de la Politique de l'Université George Washington à Washington, DC, ont examiné les réseaux impliquant près de 100 millions d'individus qui ont exprimé leur opinion sur la vaccination sur Facebook.

 

« Il y a une nouvelle guerre mondiale en ligne autour de la confiance dans l'expertise et la science de la santé, en particulier avec une désinformation sur le Covid-19, mais aussi une méfiance envers les grands groupes pharmaceutiques et les gouvernements », déclare Neil Johnson. « Mais personne ne savait à quoi ressemblait le champ de bataille, alors nous nous sommes employés à le découvrir. »

 

Dans le cadre de ses précédents travaux, M. Johnson a dirigé des équipes qui ont étudié la prolifération en ligne des discours de haine et le développement de réseaux de soutien au groupe terroriste islamique ISIS.

 

Dans cette étude, Johnson et ses co-auteurs détaillent les groupes de fans qui suivent les pages Facebook avec un contenu pro et anti-vaccins, comme les 40.000 membres de la page « RAGE Against the Vaccines », comparés au million de fans de la page « The Gates Foundation ».

 

En termes de nombre total d'individus engagés, les pages pro-vaccins surpassent toujours les antis – 6,9 millions contre 4,2 millions – les « indécis » constituant une part beaucoup plus importante avec un total de 74,1 millions.

 

Cependant, les anti-vax ont plus du double de groupes – 317 au total, contre 124 pour les partisans des vaccins. Cela signifie que les anti-vax sont plus dispersés, et donc en bien meilleure position pour gagner de nouveaux adeptes parmi la population indécise beaucoup plus importante.

 

Et c'est effectivement ce qui semble se produire.

 

 

Comment les anti-vax gagnent

 

La carte du réseau global montre un phénomène inquiétant. Alors que les anti-vax ont des positions idéologiques marginales, ils sont devenus experts dans l'art de se connecter à des groupes indécis.

 

Pendant ce temps, les groupes favorables à la vaccination « sont confinés aux deux plus petits des trois patchs du réseau » – ce qui signifie qu'ils « peuvent rester ignorants du conflit principal et avoir la fausse impression de gagner », constate l'analyse.

 

En d'autres termes, les partisans de la vaccination sont restés coincés dans la chambre d'écho tant redoutée par les communicateurs pro-science. Ils se parlent essentiellement entre eux, tandis que les anti-vax vont chercher de nouvelles recrues.

 

« Nous pensions voir les grandes entités de santé publique et les départements de santé gérés par l'État au centre de cette bataille en ligne, mais nous avons constaté le contraire. Ils se battaient d'un côté, au mauvais endroit », prévient Johnson.

 

Les anti-vax ont un autre gros avantage. Alors que ceux qui soutiennent et défendent les vaccins doivent s'en tenir à la science et étayer leur point de vue par des preuves authentiques, ceux qui refusent les vaccins peuvent inventer à peu près tout ce qu'ils veulent.

 

Et c'est ce qu'ils font. Comme le décrivent les auteurs, les groupes de militants anti-vaccination « offrent un large éventail de récits potentiellement attrayants qui mêlent des sujets tels que les préoccupations en matière de sécurité, les théories du complot et la médecine et la santé alternatives, et aussi maintenant la cause de Covid-19 et ses remèdes ».

 

Comme l'Alliance pour la Science l'a déjà signalé, les nouvelles théories de conspiration liées au Covid, initiées par les anti-vax, pourraient séduire toute personne sceptique à l'égard des réseaux de communication 5G, des OGM ou de Bill Gates.

 

Pire encore, les auteurs incluent une modélisation qui montre que les groupes anti-vax dépasseront les partisans des vaccins dans une décennie. C'est-à-dire, à moins que le contingent pro-science ne puisse proposer une stratégie d'organisation et de communication plus efficace.

 

 

Comment riposter

 

L'analyse montre clairement que les personnes et les institutions favorables aux vaccins doivent améliorer leurs performances, en particulier compte tenu du déluge de désinformation qui a accompagné la pandémie de Covid-19. Les données présentées dans le nouvel article de Nature datent d'avant la pandémie, d'entre février et octobre 2019, et il est probable que les choses n'ont fait qu'empirer depuis lors.

 

Par exemple, ce qui est actuellement la deuxième pétition la plus populaire sur le site de la Maison Blanche – ayant recueilli plus d'un demi-million de signatures – comporte un certain nombre de théories de conspiration médicale, notamment celle qui accuse à tort la Fondation Gates de « stériliser intentionnellement des enfants kenyans » avec un vaccin antitétanique.

 

Selon Johnson, « Au lieu de jouer au jeu de la taupe avec un réseau mondial de communautés qui consomment et produisent des (mauvaises) informations, les agences de santé publique, les plate-formes de réseaux sociaux et les gouvernements peuvent utiliser une carte comme la nôtre et un ensemble de stratégies entièrement nouvelles pour repérer les endroits où se trouvent les plus grands théâtres d'activité en ligne et pour engager un dialogue et neutraliser ces communautés qui colportent des informations erronées si préjudiciables au public ».

 

Comment pouvons-nous y parvenir ? Il est clair que les messages pro-science doivent être diversifiés, humoristiques, convaincants – et précis sur le plan des faits. Les personnes qui ne sont pas encore engagées doivent être convaincues de les partager avec leurs amis et leur famille, car les individus faisant partie d'un groupe de pairs seront toujours plus persuasifs que les institutions.

 

Il n'y a pas de temps à perdre. Il faut jeter les bases d'une conversation publique et d'un environnement politique favorables au moment même où les scientifiques des laboratoires se battent pour mettre au point un vaccin efficace.

 

Les enjeux ne pourraient pas être plus élevés. Si les anti-vax gagnent, le virus gagnera aussi – et des millions de personnes pourraient en mourir.

 

______________

 

* Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2020/05/how-the-anti-vaxxers-could-win-the-covid-information-war/

 

 

Ma note

 

L'Express a publié un excellent article de Mme Claire Hache, « "Le vaccin va vous tuer" : l'offensive numérique des antivax à l'heure du Covid-19 ». Le début :

 

« Il est 20 heures ce mardi 6 mai quand un drôle de quatuor confiné investit YouTube. Look aussi suranné que leur discours, un Belge, un Suisse et deux Français vont tenir pendant plus de deux heures une "conférence" sur le thème "Alerte à la santé, alerte à la liberté". »

 

Le Suisse, c'est M. Christian Tal Schaller,

 

« médecin suisse controversé, qui assure que le sésame attendu par le monde entier "va vous tuer tous par milliers". "Parce que le but de Bill Gates, c'est de réduire la population mondiale." »

 

Pourquoi le signaler ? Le site Planetaiire l'affiche en page d'accueil comme conférencier pour deux événements.

 

Et il affiche aussi... M. Henri Joyeux et Mme Michèle Rivasi... pour une conférence qui n'a pas pu avoir lieu et qui, seule dans ce cas, est annoncée comme « reportée ».

 

 

 

 

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Maître Folace 17/05/2020 10:48

L'autre jour j'ai vu un sondage qui disait que 33% des Français éprouvent de la méfiance envers les vaccins, pourcentage montant à plus de 40% pour les moins de 25 ans. Triste au pays de Pasteur, Calmette, Roux, Nicolle, Yersin (à moitié français pour ce dernier), triste aussi de l'inculture scientifique des jeunes Français, les mêmes croient à 84% que l'énergie nucléaire est l'un des contributeurs majeurs des émissions de GES.
Dans les commentaires quelqu'un disait que 100% des poilus de la guerre 14-18 avaient subi le BCG et 0% des soldats allemands, or les Français tombaient comme des mouches, dont le grand-père du rédacteur "mort dans d'atroces souffrances", alors que les Allemands étaient en pleine forme.
J'ai tout de même fait une réponse disant que les premiers essais du BCG sur l'humain dataient de 1921 mais que peut-être les livres d'histoire minimisaient la durée de la guerre de 14-18, allez savoir....

lescanne lucien 18/05/2020 21:24

Le gros problème c'est que l'on a utilisé la méthode autoritaire et pas la méthode de l'évidence!
On a eu le problème avec l’introduction de la pomme de terre.
De plus, l'utilisation de la vaccination pour des opérations militaires comme celle du pseudo Ben Laden.
Enfin l'OMS qui parle de régulation de la fertilité par vaccin n'est pas de nature à rétablir la confiance .
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https://apps.who.int/.../handle/10665/39653/924156170X.pdf
Voir page 18 de ce document
la solution serait de prouver que ces craintes sont infondés le vaccin (HPV) de papillomavirus humain .
Il serait facile de montrer qu'il n'y a pas de baisse de fécondité et qu'il y a baisse du cancer si on ne montre pas les résultats on s'expose à la méfiance (j'aimerai bien d'ailleurs trouver une telle étude )!
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Moi je parle de vaccination naturelle dangereuse contre vaccination artificielle infiniment moins dangereuse.
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La seule solution pour regagner la confiance est de retirer la sphère privé et le mercantilisme, d'autre part retirer les politiciens des instances de la santé mondiale . utiliser la démocratie directe parmi tous les acteurs de santé technique

Marc 17/05/2020 08:18

Bonjour, ce sont des criminels en puissance qui n'ont d'objectif que de faire parler d'eux, avec l'argent de pauvres donateurs et pire, parfois, avec l'argent du contribuable comme pour Mme Rivasi.

max 16/05/2020 16:05

On peut aussi rajouter au succès des anti-vaxx, la contribution des médias qui on générer une défiance envers la science en faisant la promotion de fausse médecine pourtant anti-vax revendiqué et de la désinformation sur la science ( en particulier les OGM, pesticides de synthèse et nucléaire). Ce n'est pas étonnant que les gens est ensuite peur des vaccins.

max 16/05/2020 16:23

On peut aussi rajouter les pubs. (petit échantillon, parce qu'il y en a encore d'autre)
https://www.youtube.com/watch?v=7jpvMl2iKNs
https://www.youtube.com/watch?v=TqlkBl91Hlc
https://www.youtube.com/watch?v=oNTkwr-CaxU
Le message en dessous de celle-ci se passe de commentaire (ou en nécessite beaucoup).
"De nombreux produits de synthèse consommés de manière régulière pour le confort articulaire sont responsables d’effets délétères graves sur les fonctions hépatiques, digestives ou cardiovasculaires."