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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

M. Sylvestre Huet répond à une tribune : « La science contre la planète ? L’erreur majeure »

18 Avril 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

M. Sylvestre Huet répond à une tribune : « La science contre la planète ? L’erreur majeure »

 

 

Le 11 mars 2020 (date sur la toile), le Monde a publié une tribune hallucinante d'un collectif de chercheurs, « La recherche publique ne doit plus servir à détruire la planète » (le titre est une citation du texte). En chapô :

 

« Dans une tribune au "Monde", des chercheurs expriment leurs craintes vis-à-vis de la prochaine loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Selon eux, celle-ci contribue à aggraver la crise écologique, et non à la réduire. »

 

Ce paragraphe est plus explicite :

 

« Il nous semble que, dans ce cadre, le seul appel à des moyens financiers supplémentaires risque fort de nourrir (encore et toujours ?) des applications problématiques des sciences. Nous appelons au contraire à clarifier le rôle de la recherche face à la destruction généralisée de la planète, pour la mettre au service des alternatives écologiques et démocratiques. »

 

« ...le seul appel... » ? Cette formulation est ambiguë mais a des relents d'homme de paille.

 

Car c'est une tribune en réponse à une autre tribune, ou plutôt une lettre ouverte, « La communauté scientifique attend un engagement financier fort et durable pour la recherche » (le titre est également une citation du texte), publiée le 20 février 2020 et signée par des noms prestigieux de la recherche française. Cette lettre fait l'objet d'une pétition. On pourra donc la lire en intégralité sans être abonné au Monde et consulter la liste des signataires... 8 Prix Nobel, 4 Médailles Fields, 10 Médailles d'Or du CNRS, 143 membres de l'Académie des Sciences, etc... excusez du peu...

 

M. Sylvestre Huet a procédé à une analyse – fort partielle – de la tribune-réponse sur son blog hébergé par le Monde, {Sciences2}, dans « La science contre la planète ? L’erreur majeure. »

 

Face à un tel titre, un résumé ne s'impose pas. Mais l'analyse est plus nuancée – ce qui ne la rend pas pour autant plus charitable :

 

« Tout n’est pas à jeter dans cette tribune mais l’erreur de diagnostic est majeure. Et, consécutivement, les propositions ne sont pas à la hauteur du problème soulevé par les auteurs de ce texte. »

 

Voici néanmoins trois paragraphes qui doivent nous faire réfléchir sur le « décroissantisme » à tout prix :

 

« Mais venons en aux solutions. Oui, réclamer uniquement "de l’argent" pour la recherche publique ne suffit pas. Encore faut-il ne pas débiner ceux qui se battent pour cela car la recherche publique n’est pas seulement une source "d’alertes" sur l’état de notre environnement. Nous avons un problème (plutôt, c’est l’un des problèmes que nous avons…) : à technologies constantes, nous sommes incapables de résoudre notre contradiction fondamentale. Notre volonté de vivre selon des standards proches de la vie d’un habitant moyen de l’Union Européenne avec un environnement sain, des espaces disponibles pour la nature non domestiquée et le tout de manière durable.

 

Ce problème surgit à tous les niveaux de technologies existantes. La consommation de matières premières, d’objets manufacturés, d’espaces naturels et les émissions de gaz à effet de serre des pays riches ne sont pas durables. Mais la stagnation des rendements à l’hectare des cultures vivrières des pays du Sahel – ce qui se traduit par une extension rapide des espaces cultivés depuis 50 ans en proportion de la croissance démographique et jusqu’aux limites géographiques – ne l’est pas plus.

 

Assurer des conditions de vie décentes aux plus de sept milliards d’êtres humains, dont plus de la moitié vivent en villes et par centaines de millions en mégapoles ne se fera pas sans un déploiement de technologies de pointe, visant une économie drastique de matières premières et d’espaces naturels, minimisant les émissions de polluants, ce qui est impossible à technologies constantes. »

 

Soyons réalistes : si la recherche visant ces objectifs ou contribuant à leur réalisation ne se fait pas en France, elle se fera ailleurs... Et pour en profiter – si nous le devons (et le voulons...) – nous paierons des droits de licence…

 

Pour autant que nous aurons encore des sous – après avoir payé les droits de licence et les produits d'importation – les signataires de la tribune se livreront à une recherche vertueuse « citoyenne », au service de « la stabilité des existences et de la Terre » ou encore « au service des alternatives écologiques et démocratiques », et contre « la compétitivité, la performance, la flexibilité, l’hypermobilité, la surenchère technologique et des sciences mises au service de la croissance du PIB ».

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U
Une bonne occasion pour moi d'exprimer mon admiration pour cette étonnante invention du "Monde" qu'est la tribune à péage.
Il est parfaitement légitime, pour un journal, de faire rémunérer le travail de ses journalistes. Monnayer l'accès à un texte qui ne lui a rien coûté, à part quelques clics, est une pratique assez étonnante.
Encore plus étonnante est l'attitude des auteurs qui prétendent vouloir s'adresser au plus grand nombre, mais s'arrangent pour ne pouvoir être lus que par une petite minorité.
Le mieux, à mon avis, est d'ignorer complètement ces textes.
Répondre
S
@ un physicien le samedi 18 avril 2020 à 11:32

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Les paradoxes sont bien notés. Surtout le deuxième.

Quant à ignorer ces textes, non ! Il en est qui alimentent à merveille les études sur la bêtise, même et surtout bardée de diplômes.