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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Covid-19, particules fines, agriculture... et manipulation

4 Avril 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Covid-19, #Activisme, #Pesticides

Covid-19, particules fines, agriculture... et manipulation

 

 

(Source)

 

 

Nous avons vu dans un billet précédent, « Covid-19 et les "coquelicots" : crétinerie ou faux-culerie ? » que des liens sont faits entre le Covid-19 et la pollution aux particules fines.

 

De manière intuitive, et cela a été bien établi, le pronostic d'une atteinte des poumons par un virus dépend en partie de l'état des poumons, lequel dépend en partie de la pollution aux particules fines.

 

 

Propagation du virus par les particules fines ?

 

Les virus – en l'occurrence aujourd'hui le SARS-Cov-2 – peuvent-ils, en outre, être transportés par les particules fines, et ce, en quantités suffisantes pour assurer la propagation de la maladie (ce qui suppose qu'il « survit » suffisamment longtemps) ? Problème : absence de preuve (de la transmission par les particules) ne vaut pas preuve de l'absence. Cependant, le consensus penche pour la négative ou un rôle limité dans les milieux scientifiques qu'il faut qualifier ici : vraiment scientifiques, et non militants.

 

Pour le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP),

 

« il n’existe pas d’études prouvant une transmission interhumaine du virus par des aérosols sur de longues distances. Néanmoins, s’il existe, ce mode de transmission n’est pas le mode de transmission majoritaire ».

 

Pour l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS),

 

« Les études menées à ce jour semblent indiquer que le virus responsable de la COVID-19 est principalement transmissible par contact avec des gouttelettes respiratoires, plutôt que par voie aérienne. »

 

Mais pour Libération et Mme Aude Massiot, « Le virus pourrait être transporté par la pollution » (les guillemets sont dans le titre). Beaucoup de conditionnels dans cet article qui reproduit les propos de M. Vincent-Henri Peuch, directeur du Service Européen de Surveillance Atmosphérique Copernicus.

 

Il cite cependant une lettre à l'éditeur du NEJM, « Aerosol and Surface Stability of SARS-CoV-2 as Compared with SARS-CoV-1 » (stabilité du SARS-CoV-2 dans les aérosols et sur des surfaces comparée à celle du SARS-CoV-1). Neeltje van Doremalen et al. concluent à la plausibilité d'une propagation, mais font un lien avec les transmissions nosocomiales et des événements de super-transmission (on peut penser au rassemblement d'une Église évangélique à Mulhouse). Cela ne nous renseigne guère sur ce qui se passe dans un milieu « normal ».

 

 

 

 

Un document de position italien sous forme d'étude scientifique

 

Une équipe italienne a cependant produit un « document de position », militant, présenté comme une étude scientifique, « Evaluation of the potential relationship between Particulate Matter (PM) pollution and COVID-19 infection spread in Italy » (évaluation de la relation potentielle entre la pollutions aux particules et la propagation de l'infection Covid-19).

 

 

On a envie de dire : c'est trop beau pour être vrai.

 

 

Leur militantisme scriptural est fort prudent :

 

« En conclusion, la propagation rapide de l'infection au COVID-19 observée dans certaines régions du nord de l'Italie est supposée être liée à la pollution par les PM10 due à des particules en suspension dans l'air pouvant servir de vecteur d'agents pathogènes. Comme déjà souligné dans des études précédentes, il est recommandé de prendre en compte la contribution des PM10 et de sensibiliser les décideurs politiques à la nécessité de prendre des mesures directes pour lutter contre la pollution. »

 

Pour le militantisme oral, c'est une autre affaire. En témoigne par exemple la Croix avec « La pollution de l’air, une autoroute pour la propagation du coronavirus », qui cite abondamment les déclarations à la presse italienne d'un des auteurs, M. Gianluigi de Gennaro.

 

 

L'activisme en France

 

En France aussi, nous avons différents degrés de militantisme. Et l'agriculture est mise en cause.

 

Le 24 mars 2020 (ou peut-être le 21), le collectif Air-Santé-Climat a adressé une « tribune » à tous les préfets et aux Ministères de l’Intérieur, de la Santé, de l’Agriculture, de la Transition Écologique et Solidaire et au Premier Ministre. Prudemment intitulée « La pollution de l'air comme vecteur du Covid-19? », avec un point d'interrogation, elle se fait péremptoire dans le texte :

 

« La pollution de l’air, en plus de fragiliser notre système immunitaire et de nous rendre plus sensibles aux infections notamment virales, permet également une meilleure diffusion et donc une meilleure transmission des agents pathogènes tels que le coronavirus.

 

Cela est connu depuis longtemps pour le SARS et les virus de la bronchiolite mais a également été récemment démontré pour le coronavirus en Italie avec davantage de transmission et de propagation du virus en fonction des taux de particules fines. Les particules fines servent donc de vecteur, de transporteur au virus qui se déplace d’autant plus facilement lorsque l’air est chargé de particules fines. »

 

C'est dit par un collectif adepte de l'argument d'autorité – « composé de médecins, de chercheurs et de responsables associatifs » – et se revendiquant d'un « combat [qui] est celui de la vérité scientifique » !

 

Il y a aussi un coupable :

 

« ...comme on le voit actuellement dans de nombreux départements français le printemps est la période d’épandage agricole, grand pourvoyeur de particules fines.

 

[...]

 

Tous les ans, à la même période, les épandages agricoles sont responsables de pics de pollution printaniers durant les mois de mars à mai.

 

[...]

 

Ces particules peuvent voyager sur plusieurs kilomètres et donc transporter également le virus sur de longues distances! »

 

Ce texte qui relève de la litanie par ses répétitions se termine pas une demande :

 

« On ne choisit pas l’air que l’on respire, et il est possible dans chaque département de protéger les populations de ce risque supplémentaire de contamination au Covid-19 en limitant drastiquement les épandages agricoles, et en imposant des alternatives moins émettrices de NH3 dans l’air (technique d’enfouissement de l’engrais). »

 

Il appelle deux remarques. D'une part, ces gens ont joué la carte du concours de beauté entre préfets, tout en adressant leur missive aux ministères (pro forma ?). D'autre part, il faut être bien naïf pour croire que l'on peut limiter « drastiquement » les épandages d'engrais et les traitements phytosanitaires – au risque d'ajouter à la crise du coronavirus une crise agricole, alimentaire et économique –, ou que l'on peut imposer du jour au lendemain des « alternatives ».

 

Cela reste néanmoins modéré.

 

 

Sus aux engrais et pesticides* (*de synthèse)

 

 

(Source)

 

Les milieux militants savent simultanément faire alliance et se faire concurrence, notamment par une escalade des revendications. Le site la Relève et la Peste fournit un petit aperçu dans « Les épandages de pesticides et fertilisants aggravent la propagation du coronavirus ».

 

Citons donc, Eaux et Rivières de Bretagne :

 

« Aujourd’hui, vu la gravité de la situation sanitaire actuelle et en vertu du principe de précaution, nous nous mobilisons avec d'autres organisations associatives pour réclamer auprès des pouvoirs publics des mesures exceptionnelles de restriction de l’épandage.

 

Par ailleurs, les pesticides aggravent également la détresse respiratoire des malades. Nous demandons ainsi que les pulvérisations de pesticides de synthèse soient suspendues.

 

Ha ! Ha ! Ha ! Uniquement les pesticides de synthèse...

 

(Source)

 

 

Et, bien sûr, on aura agité le « principe de précaution ».

 

Un mini-collectif breton veut « Encadrer les épandages pour limiter la propagation du coronavirus », un texte daté du 31 mars 2020 :

 

« La gravité de la crise sanitaire que nous vivons va nous contraindre à relocaliser notre nourriture et à envisager la sortie d’une agriculture industrielle au profit d’une agriculture paysanne, biologique. Sans prise de mesures drastiques à l’encontre des cultures et de l’élevage industriels qui facilitent la propagation des épidémies, on peut redouter une nouvelle crise sanitaire chaque année.

 

Aujourd’hui, vu la gravité de la situation sanitaire actuelle et en vertu du principe de précaution, nous demandons que, d’une part, les épandages de lisiers et fumiers soient soumis à des conditions drastiques (interdiction d’épandage au-delà d’une température extérieure de 18 degrés, respect des pentes maximum autorisées, enfouissement immédiat) et, d’autre part, que les épandages de pesticides de synthèse soient suspendus comme étant non essentiels et aggravant la détresse respiratoire des malades du coronavirus. »

 

 

 

 

Manifestement, le Covid-19 sert de prétexte pour s'en prendre aux « cultures et [à] l'élevage industriels », seuls accusés de « facilite[r] la propagation des épidémies » (toutes les épidémies...) et aux (seuls) « pesticides de synthèse » déclarés « non essentiels »...

 

 

Des pics de pollution aux particules fines... quel bonheur !

 

Pour lutter contre le SARS-CoV-2 (en théorie), mettons en place des pénuries alimentaires... Novéthic fait observer dans « Coronavirus : les Parisiens découvrent l'odeur des champs... et ce n'est pas une bonne nouvelle » – auraient-ils le nez délicat, les Parisiens ? – que :

 

« Alors que l'on demande aux agriculteurs de nourrir la population, l'appel à limiter ces épandages paraît inenvisageable. »

 

Par une « heureuse » (ironie) coïncidence, il y a eu des pics de pollution aux particules fines à la fin du mois de mars.

 

Dans le Monde Planète du 30 mars 2020 (date sur la toile), M. Stéphane Mandard a produit : « Coronavirus : la pollution de l’air est un "facteur aggravant", alertent médecins et chercheurs ».

 

La Confédération Paysanne du Morbihan en a profité pour faire de l'agribashing (enfin... la promotion de « la terre qui ne ment pas » par le dénigrement de celle qui nous nourrit).

 

 

(Source)

 

 

L'article est plus équilibré que le titre, putaclics (ou le gazouillis ci-dessus exploité par la Conf56), mais, selon le chapô :

 

« Les épandages agricoles ont été à l’origine de pics de pollution en Ile-de-France et dans le Grand-Est ce week-end. Un collectif appelle l’Etat à les "limiter drastiquement". »

 

Dans le Point, Mme Géraldine Woessner a indiqué le 1er avril 2020 (mais ce n'est pas un poisson d'avril) une autre piste avec « Pic de pollution en France ? Condamnez vos cheminées ! »

 

Qui dit vrai ?

 

Certainement pas l'auteur du chapô du Monde. M. Stéphane Mandard écrit en effet :

 

« Outre le chauffage résidentiel au bois, cet épisode de pollution se caractérise par "une part importante de particules secondaires formées à partir d’ammoniac et d’oxydes d’azote, l’ammoniac étant issu majoritairement des épandages de fertilisants", rappelle Atmo Grand-Est, l’organisme chargé de la surveillance de la pollution de l’air dans la région. »

 

Mais quelle est cette part ?

 

M. Serge Zaka, de la société ITK (Intelligence Technology Knowledge, un éditeur d'OAD (outils d'aide à la décision) pour l'agriculture), cité dans l'article du Point, apporte une réponse détaillée dans « Pic de pollution en plein confinement le 28 mars à Paris : une analyse illustrée et vulgarisée ».

 

C'est clair et limpide, même si cela peut être ardu par moment. En conclusion, pour l'origine des particules :

 

« Les chiffres clefs :

 

  • 33 à 34% de la pollution était due à l’agriculture

  • 66 à 67% de la pollution était due aux chauffages, industries et particules de sable

  • 85% de cette pollution venait de l’étranger. »

 

 

(La carte de http://www2.prevair.org/ pour le 28 mars 2020 publiée par M. Jean-Marc Jancovici qui souligne aussi l'importance de la pollution venue de l'étranger.

 

 

Ancien de l'INRA, M. Serge Zaka est chercheur en agrométéorologie chez ITK et administrateur d'Infoclimat, et accessoirement chasseur d'orages.

 

Cet article – et cette conclusion – n'a pas été du goût de tout le monde. En témoigne cet échange :

 

 

 

 

 

 

Ce n'est qu'un exemple... il y en a d'autres du même tonneau du secrétaire général d'Agir pour l'Environnement. En voici encore un, à titre de bonus.

 

 

(Source)

 

 

Pour notre part, outre la clarté de l'exposé, nous avons apprécié dans ce texte de M. Serge Zaka une illustration de la qualité et de la quantité de matière grise qui est mise au service du développement de l'agriculture – celle qui nous nourrit et aussi, si elle veut être preneuse, celle qui ravit une clientèle attirée, selon les termes de M. Gil Rivière-Wekstein, par de fausses promesses et un vrai marketing.

 

 

Mais non, en France, le 28 mars 2020, la pollution aux particules fines était exclusivement due aux épandages d'engrais dans le Nord de la France. Dans le Sud, les agriculteurs sont restés confinés. Les nuages de particules en provenance de l'Est, notamment des centrales à charbon de Pologne et d'Allemagne (qui a renoncé au nucléaire), et de plus loin se sont arrêtés à la frontière (ironie – source).

 

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Marc 07/04/2020 08:35

Bonjour, il faudrait arrêter avec toutes ces co.….s ! Les épandages de lisier ne se font qu'avec des pandouillarts qui évite la dissémination de Nh4. Les épandages d'engrais, à cette période se font avec des engrais granulés contenant de l'ammonitrate et non de l'urée. S'il y a des pulvérisations de phytos, c'est uniquement des désherbages et par de fongicides sur céréales à cette période.
Maintenant, il y a une autre solution : on envoie tous ces bobos et journaleux à désherber avec une binette, épandre de l'engrais azoté à la main (il faut de l'azote pour assurer un rendement correct); il y aura, peut-être, moins de pollution par moteur, mais assurément, moins de quintaux à l'hectare, moins de marchandise, un prix plus élevé (?), mais surtout plus de malheur.

Justin 06/04/2020 09:07

Un doute m'habite: "l'enfouissement des engrais", ils ne parlent quand même pas du labour qui détruit les sols???

Seppi 06/04/2020 10:05

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il faut leur demander ! Mais il y a des systèmes d'épandage d'engrais et de lisier qui griffent le sol et déposent les matières sous une faible profondeur.

Michel 04/04/2020 09:41

Et le pollen, ce ne serait pas au printemps qu'on en aurait le plus ?
Michel