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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Covid-19, épandages agricoles, association Respire, Conseil d'État, les Coquelicots... et le Monde

22 Avril 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Covid-19, #Activisme

Covid-19, épandages agricoles, association Respire, Conseil d'État, les Coquelicots... et le Monde

 

 

Vraiment, Mme Corinne Lepage ? (Source)

 

 

J'étais parti pour un billet d'information simple, avec bien sûr quelques sarcasmes, mais... il y eut aussi un article de M. Stéphane Mandard du Monde, « Coronavirus : le Conseil d’Etat demande une "vigilance particulière" avec les épandages agricoles » !

 

 

Tout se plaide, mais...

 

Le 7 avril 2020, l’Association Nationale pour la Préservation et l’Amélioration de la Qualité de l’Air (association « RESPIRE »), a fait valoir la nécessité de sauvegarder une liberté fondamentale, plus précisément le droit au respect de la vie et le droit à la protection de la santé.

 

Elle a demandé au juge des référés du Conseil d’Etat, d’une part, de constater la carence de l’État à réduire les épandages agricoles et les autres activités agricoles polluantes et, d’autre part, d’enjoindre au gouvernement de modifier les conditions d’application de l’arrêté du 7 avril 2016 relatif au déclenchement des procédures préfectorales en cas d’épisodes de pollution de l’air ambiant, pour rendre obligatoires et d’application immédiate jusqu’à la cessation de l’état d’urgence sanitaire, les recommandations et dispositions réglementaires fixées dans son annexe.

 

En bref, sur le fond, RESPIRE, représentée par Mme Corinne Lepage, a soutenu que la pollution de l'air par les particules PM10 et PM2,5 constituait un facteur aggravant de la propagation du Covid-19 ou, tout au moins, de ses conséquences, notamment sur les personnes souffrant par ailleurs de certaines affections respiratoires.

 

Selon le communiqué de presse (l'ordonnance est ici), le juge des référés a estimé que les dépassements du seuil d’information-recommandation avaient été moins importants qu’en 2019. En filigrane : il n'y a pas d'urgence.

 

Pour faire valoir que le dispositif mis en place par le gouvernement et mis en œuvre par les préfets serait insuffisant dans le contexte de l’épidémie de Covid-19, RESPIRE a produit des études scientifiques.

 

Selon le communiqué de presse (nous avons ajouté les liens) :

 

« Le juge des référés a estimé que les trois principales études sur lesquelles l'association requérante fondait sa requête et les éléments apportés lors de l’audience ne permettaient pas de conclure à la nécessité de prendre des mesures complémentaires. L’étude chinoise, publiée en 2003 et portant sur le SRAS, portait sur la pollution de l’air en général, notamment au dioxyde de carbone, qui est actuellement fortement réduite en raison de la diminution des transports, et pas seulement sur la pollution aux particules PM10 et PM2,5. L’étude américaine, datant d’avril 2020, porte bien sur l’exposition aux particules PM2,5, mais se fonde sur une exposition de long terme (plusieurs années minimum), ce qui ne permet pas d’apprécier les conséquences d’une exposition limitée à quelques semaines, délais correspondant aux mesures urgentes et provisoires que le juge des référés a le seul pouvoir d’ordonner. Enfin, l’étude italienne datant également d’avril 2020, qui s’intéresse à l’exposition aux particules PM10, porte sur des dépassements des seuils de pollution qui, lorsqu’ils surviennent en France, donnent lieu à des mesures de restriction des activités polluantes conformément à ce que prévoit l’arrêté du 7 avril 2016. »

 

Certes, « tout se plaide » comme on dit dans les milieux de la chicanerie. Mais l'Association RESPIRE est sans nul doute en lien avec des chercheurs qui, pour être militants, n'en sont pas moins capables d'évaluer la pertinence d'une étude scientifique (ou prétendument scientifique dans le cas du document italien). Et Mme Corinne Lepage est suffisamment aguerrie.

 

Le dossier était fort ténu, mais le Conseil d'État a quand même été saisi...

 

Fort logiquement, la demande a donc été rejetée le 20 avril 2020.

 

 

Communiquer sur l'accessoire en omettant l'essentiel, est-ce de la bonne communication, Conseil d'État ? (Source)

 

 

Un lot de consolation

 

Le juge des référés a cependant ajouté un codicille. Selon le communiqué de presse :

 

« Le juge des référés a toutefois rappelé qu’il incombe à l’administration de faire preuve d’une vigilance particulière dans le contexte actuel d’état d’urgence sanitaire, en veillant à prendre, au besoin de façon préventive, des mesures pour éviter la survenance de pic de pollution ou au minimum d’en limiter la durée. C’est sous la réserve que l’État assure strictement ses obligations, au besoin de manière préventive, que le juge des référés a rejeté la demande de l’association. »

 

Mais, à la lecture de l'ordonnance, on ne peut que conclure que le juge est sorti de son domaine de compétence... et qu'il s'est fourvoyé :

 

« 11. En outre, il incombe à l’administration, qui a confirmé lors de l’audience publique qu’elle assure une surveillance quotidienne des niveaux de pollution à la fois au plan central et au plan local, de faire preuve d’une vigilance particulière dans le contexte actuel d’état d’urgence sanitaire en veillant à ce que soit pris, au besoin préventivement en cas de menace avérée de franchissement des seuils, des mesures propres à éviter la survenue ou au moins à réduire la durée des épisodes de franchissement des seuils, notamment en limitant les pratiques agricoles polluantes, l’activité agricole demeurant, en raison de la très forte diminution des pollutions liées à l’industrie et aux transports, la principale source d’origine humaine d’émission de particules PM10 et PM2,5 avec celle provenant du secteur résidentiel, à plus forte raison dans la période actuelle d’épandage. »

 

Le lot de consolation n'est pas aussi gros que ne le laisse entendre le communiqué de presse.

 

Mais surtout, la principale source de pollution lors de l'épisode qui a servi de déclencheur à l'activisme a été... l'« importation » en provenance de nos voisins proches et un peu plus distants de l'Est.

 

 

Vite, communiquons...

 

Alors, pourquoi ce référé ?

 

Pourquoi, alors que l'ordonnance était attendue, RESPIRE et Mme Corinne Lepage se sont épanchées dans les médias, notamment sur FranceTVInfo le 18 avril 2020 dans « Le billet sciences. Épandages agricoles : une pollution atmosphérique qui fragilise les patients atteints par le Covid-19 » ?

 

Occuper le terrain... distiller des messages anxiogènes dont on savait qu'ils ne prospéreraient pas devant le Conseil d'État... préempter les annonces de l'échec de la manœuvre judiciaire...

 

« Il faut agir selon Corinne Lepage

 

"On ne demande pas la lune, souligne l'avocate de l'association Respire. On demande des choses qui existent déjà en considération du principe de précaution, et du fait qu’il y a des études qui montrent qu’il pourrait y avoir un lien entre les particules fines et une augmentation de l’exposition au Covid-19.»

 

Mme Corinne Lepage a sans doute choisi ses mots. « ...il pourrait y avoir un lien … », c'est avec ça qu'elle s'est présentée au Palais-Royal.

 

 

Une nouvelle gesticulation des « Coquelicots »

 

Le 18 avril 2020 également (date sur la toile), le Monde publiait une tribune d'un collectif constitué essentiellement de M. Fabrice Nicolino, président de l'association Nous voulons des coquelicots qui ne prévoit pas de possibilité d'adhésion mais a tout à coup des membres. Le titre est martial : « Coronavirus : "Un moratoire sur les épandages de pesticides près des habitations est une nécessité sanitaire et morale" » (texte complet ici). Outre les habituelles outrances, les mêmes éléments de langage que ceux de RESPIRE ont été déroulés... le monde des ONG et des « ONG » est décidément petit et connecté...

 

Il y a, notamment, la stratégie « submerger les tribunaux », et la stratégie « inonder les élus »...

 

 

(Source)

 

 

Le 21 avril 2020, donc le lendemain de la publication de l'ordonnance de référé, M. Fabrice Nicolino a lancé une nouvelle gesticulation.

 

 

 

 

Ah une étude... forcément indépendante... menée par l'INSERM et, bien sûr, « en attendant » (longtemps, très longtemps...) « un moratoire sur les épandages de pesticides en France » (le pôvre a oublié d'ajouter « de synthèse »...).

 

Forcément indépendante ? Mme Isabella Annesi-Maesano, directrice du département d’épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires de l’INSERM et a priori un choix possible pour diriger l'étude, est membre du collectif Air-Santé-Climat... militante...

 

Bien sûr, on aura soigneusement occulté chez les Coquelicots le fait – qu'on ne pouvait ignorer – que le Conseil d'État n'a pas fait droit à une demande de mesures bien moins contraignantes...

 

 

L'information selon le Monde

 

On apprend, certes, dans le texte de l'article – à condition d'y plonger – que le Conseil d'État a rejeté la demande de RESPIRE.

 

Mais quelle est l'impression qu'en tirera le lecteur du seul titre – « Coronavirus : le Conseil d’Etat demande une "vigilance particulière" avec les épandages agricoles » (précisons : dans une procédure en référé) – et du chapô – « Les épandages agricoles sont à l’origine de pollution aux particules fines dont des études montrent qu’elles aggravent la mortalité du Covid-19. »

 

C'est de l'« information » style Pravda.

 

 

Que voulait Respire (et Mme Corinne Lepage) ?

 

Respire (et Mme Corinne Lepage) était contrainte par les termes de l'arrêté du 7 avril 2016 relatif au déclenchement des procédures préfectorales en cas d’épisodes de pollution de l’air ambiant – enfin partiellement puisqu'elle demandait au juge d'enjoindre au gouvernement d'en modifier les conditions d’application.

 

L'association ne s'est attaquée qu'au secteur agricole et non aux secteurs industriel, des transports ou résidentiel et tertiaire. Ceux-ci ont certes réduit leurs émissions du fait du confinement ou fortuitement lors des épisodes de forte présence de particules fines dans l'air de fin mars 2020 ; mais rien ne garantit que cela se poursuivra après le déconfinement, pendant que l'urgence sanitaire reste déclarée.

 

Comment faut-il appeler ce ciblage de la seule agriculture ?

 

Pour le secteur agricole, les recommandations et dispositions prévues par l'arrêté – qui auraient été rendues obligatoires pendant toute la durée de l'état d'urgence sanitaire si le juge avait fait droit à la demande – sont :

 

« - recourir à des procédés d'épandage faiblement émetteurs d'ammoniac ;

- recourir à des enfouissements rapides des effluents ;

- suspendre la pratique de l'écobuage et les opérations de brûlage à l'air libre des sous-produits agricoles ;

- reporter les épandages de fertilisants minéraux et organiques en tenant compte des contraintes déjà prévues par les programmes d'actions pris au titre de la directive 91/676/CEE du Conseil du 12 décembre 1991 concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles ;

- reporter les travaux du sol. »

 

On imagine... les cultures françaises non fertilisées... les cultures de printemps non implantées... les blés biologiques non désherbés à la herse étrille... les fosses à lisier débordantes...

 

On imagine aussi le degré de déconnexion de l'activisme bien-pensant (ainsi que le mal-pensant ou mal intentionné) des réalités de l'activité économique qui remplit leurs assiettes.

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C
Un collègue agriculteur m'a dit avant-hier, alors que chez nous, manque de pluie oblige, nous arrosons le blé et certains le maïs à peine semé, donc, il m'a dit qu'on aurait du faire comme tout le monde, rester confinés chez nous, ne pas épandre, ne pas traiter, ne pas semer. Une chose est sûre, on sera beaucoup plus regardant quand il s'agira d'épandre les boues des stations d'épuration! Mais certaines communes menacent déjà les locataires des terres communales de rompre le bail s'ils refusent de prendre les boues.
Répondre
M
Si le COVID peut voyager sur les microparticules comme le proclame ce fil de discussion il devient urgent d'interdire la dispersion du pollen par le vent, mais que fait le gouvernement!
Répondre
M
Selon l'Anses, c'est entre 31 et 34% des adultes qui sont allergique au pollen.
( https://www.anses.fr/fr/system/files/AIR2011sa0151Ra.pdf page 5)
Sachant que l'allergie au pollen est responsable d'une bonne irritation du système respiratoire (rhinite allergique et asthme) (et j'en sais quelque chose je suis moi même concerner, et en ce moment je déguste), qui pourrait aggraver les effets ou la vulnérabilité au COVID 19 (en tout cas surement plus que les épandages agricole), on attend un moratoire sur le pollen de leur part.